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Chips : « La franchise en LCS EU est le meilleur moyen de nous faire grandir ! »

Par Alexandre Hellin
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Crédits photo : Timo Verdeil

Samedi 3 Novembre sur Twitter, la branche esport d’ESPN jette un froid sur la planète League of Legends.

Movistar Riders, North, Rogue et SK Gaming… Ces noms vous disent forcément quelque chose si vous suivez, ne serait-ce que de loin, la scène Counter Strike : Global Offensive.

Si ce n’est pas le cas, vous allez apprendre à les connaître. Ces équipes seraient sur le point de se joindre à Fnatic, G2, Misfits, Schalke 04, Vitality et Astralis pour la prochaine saison des LCS EU.

Ces annonces ne restent que suppositions. Riot Games, éditeur du jeu, n’ayant toujours pas souhaité communiquer officiellement sur leurs choix. Mais quoiqu’il en soit, l’information semble crédible.

Bonne nouvelle ? Probablement.

Mais qui sont réellement ces équipes ? A quoi peut-on s’attendre pour notre première année en franchise ? Qu’est-ce qu’elle peut apporter aux LCS EU ? Est-ce une bonne chose pour notre écosystème ? Pourquoi aucune grande marque internationale du sport traditionnel ne s’est manifestée ?

Autant de questions que je me suis posées lors de l’affichage de l’annonce d’ESPN sur mon fil d’actualité. Et s’il y a bien un moment où il est important d’y répondre, c’est maintenant. Ni une, ni deux, j’ai décidé d’approcher Chips, caster et figure emblématique d’O’Gaming pour nous éclairer. Merci à lui pour sa réactivité, sa bienveillance et ses réponses ô combien enrichissantes !

Bonne lecture à tous !

Bonjour Chips ! ESPN a dévoilé récemment le nom des dernières équipes potentielles à rejoindre la franchise des LCS EU. On y trouve de grands noms de la scène Counter Strike comme Movistar Riders, North, Astralis, SK Gaming et Rogue. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

Pour commencer, ça m’aurait détruit de ne pas voir certaines équipes déjà présentes en LCS EU. Elles ont réussi à construire une marque solide avec des projets sportifs intéressants. À côté de ça, avec certaines équipes, tu avais l’impression qu’elles étaient là justes pour être là. Leur croissance était stoppée depuis longtemps.

Pour l’annonce d’ESPN, je suis très content de voir de telles écuries arriver avec leurs ambitions. Tous les profils sont différents. J’aime beaucoup Astralis pour leur travail sur Counter Strike. En 2 ans, ils ont réussi à devenir une équipe ultra compétitive et une marque forte. C’est juste impressionnant (Astralis est née en 2016, ndlr).

C’est vrai que leurs choix stratégiques sont pertinents. Cette arrivée probable en LCS EU s’inscrit dans cette ambition.

Bien sûr ! C’est une marque que je respecte beaucoup pour ça. A côté, tu as SK Gaming. Je suis plus sceptique avec eux. Ils sont sortis de la scène League of Legends par la petite porte. On leur offre une seconde chance. Pourquoi pas. Mais à l’époque, leur management n’avait pas une bonne réputation. On dit d’eux qu’ils étaient exécrables sur LoL. Ce n’est pas une équipe que je souhaitais absolument revoir mais ils ont réussi à faire de belles choses sur CS, donc à voir pour ce deuxième épisode.

C’est quand même un nom historique dans l’esport.

Je suis d’accord avec toi. J’ai pu parler à de nombreuses personnes qui travaillent avec eux à propos de leur candidature et ils me disent que ça a bien changé. On verra s’ils ont appris de leurs erreurs pour la saison prochaine.

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SK Gaming, nom historique rattaché à l’histoire des LCS EU de 2013 à 2015. Crédits : Lol esports

Ensuite on a North. C’est un peu identique à Astralis. Ils sont sortis de nulle part il y a moins de 2 ans sur CS et arrivent aussi à faire de belles choses (North est née en Janvier 2017, ndlr).

En fait, de manière générale, je vois l’arrivée de toutes ces équipes d’un très bon œil. Et surtout, elles remplacent des équipes qui n’ont pas montré suffisamment de choses pour étendre leur marque…

Justement, j’aimerais y revenir plus en détail. Contrairement aux LCS NA, nous ne connaissons pas d’emballements autour de grands clubs de sport excepté pour Schalke 04 et Copenhague à travers North. Comment tu expliques ce phénomène ? Riot aurait pu manquer de propositions ?

Ce n’est pas évident à dire. Il y a plusieurs rumeurs concernant des clubs de foot. Je ne sais pas combien de dossiers ont été refusés. Il y en a peut-être dont je n’ai même pas entendu parler. Dans le tas, il y avait des noms comme Arsenal

Crystal Palace aussi !

Peut-être que ces clubs n’ont pas assez poussé leurs offres.

Justement, j’ai pu en parler avec Romain Bigeard. Il m’expliquait que la dynamique européenne et américaine n’était pas identique. Le marché est fragmenté en Europe et entrer en franchise pour ces clubs de sport n’est peut-être pas si intéressant sur le papier.

Pour le coup, je ne suis pas forcément d’accord. Justement, les clubs de football européens ont l’habitude d’avoir des ancrages locaux et s’adaptent parfaitement avec l’écosystème en place.

Ils peuvent s’étendre sur d’autres pays et avoir un positionnement transversal. C’est ce qu’a tenté de faire le PSG en s’alliant avec H2K (proposition apparemment refusée par Riot Games, ndlr). Franchement, même après ces annonces, je ne m’explique pas pourquoi il n’y a pas plus de clubs de football sur les rangs.

Est-ce qu’il n’y a pas eu d’autres candidatures ? Étaient-elles intéressantes ? Sont-elles refusées pour une raison interne ? Les clubs annoncés, qui sont principalement sur Counter Strike, ont fait de bonnes choses par le passé. Ce sont des marques solides. Peut-être que Riot a privilégié cet aspect-là pour éviter certaines mauvaises surprises.

Tu expliques qu’il y a eu des équipes en LCS EU qui étaient là juste pour être là. Pour rappel, celles qui ne resteront pas seront, à priori, Splyce, Roccat, Unicorns of Love, Giants et H2K. Elles ont peut-être manqué de points forts dans leur candidature. Je pense surtout à Giants et H2K qui ont toujours eu du mal à prouver leur capacité à construire une marque viable en Europe. Tu penses que ça a joué contre eux ?

Je pense que oui, notamment pour H2K. Avec leur passif, je ne vois pas comment ils auraient pu rester en LCS EU. C’est l’équipe qui a le plus communiqué sur leur difficulté à tenir économiquement. Forcément, ça joue contre eux.

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A mon avis, ils faisaient partie des premières équipes que Riot voulait faire sauter. L’attitude des dirigeants d’H2K n’a pas dû plaire en interne.

Cette tendance venait d’abord de Reginald, fondateur de Team Solomid, qui dénonçait les difficultés des équipes à rester compétitives sur leurs investissements. Depuis, on a l’impression qu’ils n’ont plus les faveurs de Riot.

Je le pense aussi. Ils se sont tiré une balle dans le pied à être aussi agressif. Ils sont même allés jusqu’à intervenir publiquement et ce n’est jamais bon. Même en privé, il y a eu des faits un peu limites.

Ils avaient leurs raisons mais, obligatoirement, ça ne passe pas auprès de Riot. Honnêtement, sur les équipes sortantes, certaines ne faisaient pas d’efforts, ou peut-être, pas assez. Alors que d’autres, ça aurait pu jouer en leur faveur.

Unicorns of Love peut-être ?

Ils s’étaient créé une belle image de marque et une fanbase mais la structure ne décollait pas. Ils sont restés bloqués dans leur registre de structure familiale avec peu de moyens.

Ça plait aux gens, mais pour créer une marque forte, ça reste léger, surtout quand il faut aller chercher des sponsors. A ce niveau, ils ne sont pas très efficaces malheureusement.

Sur cette problématique d’image, les équipes annoncées sont déjà établies à l’international et disposent d’un rayonnement très intéressant. Est-ce que tu penses que ce système de franchise va permettre aux équipes de mieux capter l’attention des fans ? On le sait, les gens préfèrent de loin s’attacher aux joueurs plutôt qu’aux structures dans l’esport.

Je ne suis pas sûr que la franchise aide vraiment à développer une fanbase. Dans toutes les équipes sortantes, par exemple, certaines faisaient des efforts même si ça grimpait lentement. Peut-être un peu trop au goût de Riot.

Avec l’ancien format, une équipe pouvait disparaitre du jour au lendemain, ça n’aide pas.

Oui, c’est le problème, mais ce n’était pas un frein pour moi. Regarde Unicorns of Love, ils n’avaient pas beaucoup de moyens mais ont su faire quelque chose de leur marque. Le franchising va surtout aider les équipes à se pérenniser économiquement. Effectivement, ça peut aider par la suite pour investir dans ton marketing et ta visibilité. Maintenant, toutes les équipes avaient moyen de faire des plans de communication malins. Il ne faut pas se cacher derrière ça.

UOL avait un nom sur lequel surfer plus facilement.

Ils avaient le nom et les personnes surtout. Romain Bigeard, par exemple. Je pense qu’il a fait beaucoup pour que la marque soit ce qu’elle est aujourd’hui.

J’ai moins suivi l’équipe cette année. UOL a beaucoup souffert du départ de Romain. J’ai eu l’impression qu’ils avaient plus de mal à se démarquer ?

Ils ont souffert de deux problèmes. Effectivement, Romain Bigeard était l’atout numéro 1 de l’équipe. Mais surtout, ils ont perdu tous leurs joueurs emblématiques. Avec de mauvais résultats, forcément, quand tu combines tout ça, la marque chute et perd son prestige.

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Romain Bigeard, durant son passage chez Unicorns of Love, a été un véritable moteur pour créer la marque. Crédits : Unicorns of Love / Romain Bigeard.

Même si les grosses équipes qui arrivent ont une marque rayonnante, elles vont avoir fort à faire pour se créer une fanbase sur LoL. Le jeu dispose encore d’une très bonne audience. Preuve en est, vous avez battu votre record de vue sur O’Gaming durant ces Worlds 2018. Cela dit, récemment, on a pu voir l’apparition d’influenceurs durant des compétitions comme le showmatch Imaqtpie et Tyler1 en LCS NA. Faut-il passer par là pour maintenir une hype sur les compétitions dans le futur ?

Je ne pense pas que ce soit un problème. C’est une nouvelle arme pour les équipes et leur permettre de rendre leur marque visible et proposer des animations sympathiques pour les fans.

Ça n’existe pas vraiment dans le sport traditionnel. Parfois, tu vas avoir des stars qui vont se prononcer pour telle ou telle équipe mais il n’y a pas d’associations aussi fortes que dans l’esport. C’est un phénomène propre à notre secteur, et surtout, novateur. Si les activations et la façon de communiquer sont de qualités, il n’y a rien de gênant. Ça plait à beaucoup de fans et surtout, ça nous en apporte de nouveau. Je trouve ça bien.

Je sais que c’est un problème souvent soulevé dans notre milieu. Parfois, l’aspect esport est éclipsé au détriment des influenceurs, mais bénéficier de leur aura, c’est aussi une excellente force.

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L’apparition multiple des influenceurs lors de compétitions majeures, une option crédible pour améliorer l’engagement de l’esport. Crédits : Lol esports

Les équipes entrantes vont devoir s’adapter pour créer un engouement autour d’eux et améliorer, en passant, l’écosystème LoL en Europe. A côté de ça, il y a des rumeurs qui annoncent la vente du spot d’Optic Gaming en LCS NA seulement 1 an après le début de l’aventure. C’est peut-être un cas isolé, mais ne serait-ce pas trop risqué d’investir dans une franchise en LCS EU avec de telles suppositions et faire valoir ses investissements ?

Les influenceurs sont importants pour ramener du monde mais je pense que les équipes peuvent le faire seules. Ce sont de grands noms et si elles peuvent recruter des joueurs charismatiques et visibles, ça sera un vrai plus pour démarrer. Fnatic a un gros avantage à ce niveau.

Pour le cas d’Optic Gaming ou d’autres structures, il y a des investisseurs qui ont sûrement tenté d’avoir un retour un peu trop spéculatif sur l’esport. Ce n’est pas la bonne démarche quand tu montes un club ou que tu rejoins un nouveau système de ligue qui doit tout prouver. Tu ne peux pas t’attendre à avoir des revenus colossaux dès la première année. C’est une histoire qui se construit sur le temps.

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Ces rumeurs sont très gênantes. Ça ne devrait pas se passer comme ça. C’est peut-être pour cette raison qu’en Europe, on voit principalement des équipes ancrées depuis des années dans l’esport. Ils savent qu’ils peuvent leur faire confiance. Elles n’ont peut-être pas les milliards des autres candidats mais possèdent des projets solides qui durent depuis des années. C’est peut-être aussi un apprentissage de l’année passée à observer les LCS NA en Amérique du Nord. Attention, je ne dis pas que c’est le cas, mais peut-être.

Surtout quand on sait que l’Europe est un marché plus difficile à apprivoiser que les États-Unis.

Oui complètement. Vouloir faire une plus-value spéculative sur un club en Europe, c’est bizarre. Après, notre grande force, c’est qu’on est de grands passionnés. Tu peux avoir un ancrage local très fort si tu t’y prends bien (cf. Vitality en France, ndlr). La façon de diriger un club esport est très différente entre l’Europe et les États-Unis.

On a l’habitude de voir nos joueurs partir un peu partout dans le monde. L’Europe est connue pour se faire piller ses talents. Cette année, avec les franchises, on peut s’attendre à une tendance inverse et, pourquoi pas, importer de très bons talents ? Ou au contraire, tu penses que l’Europe va avoir encore un train de retard ?

Le budget et les moyens des équipes européennes vont augmenter. Maintenant, de combien parle-t-on ? Est-ce que ça va vraiment être beaucoup plus ? Je ne sais pas vraiment. Quoiqu’il en soit, on peut toujours importer, et on l’a toujours fait. Notamment sur des coréens en devenir ou des joueurs avec un potentiel monstrueux. Ensuite, on a tellement de bons joueurs en Europe mais aussi un vivier de talents en soloQ… Je pense qu’on se suffit à nous-mêmes.

Avec la franchise, je ne souhaite pas qu’on importe, mais plutôt qu’on développe nos structures à former nos très jeunes joueurs. Il y aura forcément des imports. Certaines équipes pourraient penser qu’il n’y a pas assez de joueurs tiers 1 dans notre circuit. Mais quand tu regardes cette année, on a eu très peu d’arrivées.

D’autant plus qu’avec le système de franchise, les équipes peuvent investir sur des joueurs sur la durée sans craindre la menace d’une relégation. Ils pourront tenter certains paris pour créer la surprise instantanément. Peut-être que ça marchera 6 mois plus tard ou la saison d’après. En tout cas, il n’y aura plus la même peur d’investir. Avant, ils pouvaient être relégués 2 fois par an, tu imagines ? La franchise est vraiment positive sur ce point.

Ça va permettre aux équipes de se dire « ok, on n’a pas forcément besoin de faire de gros résultats dès le départ. On peut parier sur un ou deux ans ! ». Cette vision va grandement bénéficier aux jeunes talents européens.

Je suis d’accord avec toi mais, la seule équipe qui a pris ce parti en LCS NA, c’est Optic Gaming, et on voit que ça ne se passe pas très bien…

Et Cloud 9 aussi !

Oui c’est vrai. Mais la tendance globale, c’est quand même d’aligner les billets, de créer une synergie avec de gros joueurs et découvrir comment ça se passe. L’Europe peut devenir une région aussi puissante que la LCK ou la LPL ?

Oui, sans aucun doute. Encore une fois, je pense que la pérennité apportée par la franchise va permettre aux managements de construire des projets plus solides. Après tu évoques les LCS NA, c’est vrai qu’ils ont injecté beaucoup d’argent pour leur ligue 1 mais ils ont été obligés de construire des équipes académiques avec des joueurs américains. Pour Cloud 9, ça s’est très vite retrouvé en LCS NA et on a pu voir l’effet bénéfique.

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Cloud 9 lance ses joueurs academy dans le grand bain des LCS NA et crée la surprise en se qualifiant aux Worlds 2018. Crédits : Lol esports

Je pense qu’en Europe, tout ça sera différent. Notamment car nos équipes vont probablement partir avec moins de budgets qu’aux USA. Et puis, il y a eu Team Liquid. Ils ont mené la danse en mettant la barre haute sur les investissements. Ça crée une dynamique de surenchère. Nous n’aurons probablement pas ça chez nous.

Forcément, certaines équipes auront plus de moyens que d’autres, et je ne sais pas vraiment laquelle, mais notre système sera plus sain, que ce soit sur le volume de transferts ou la hausse des salaires.

J’ai envie de rebondir sur ta phrase « L’Europe peut se suffire à elle-même ». Parmi les clubs qui ne sont pas gardés en LCS EU, quels joueurs mériteraient le plus de retrouver une place dans la compétition ?

Je dirais un joueur comme Kold, le jungler des Unicorns of Love. Son profil est très apprécié en général. Un joueur comme Sheriff chez H2K également. C’est un jeune talent assez côté en Europe. Je te parle de ces deux joueurs-là, mais en réalité, il y en a beaucoup d’autres.

Nisqy ?

Oui, bien sûr, et tous les joueurs de Splyce sauf Kasing peut-être. Memento et Blanc chez Roccat aussi. Finalement, il y a assez peu de joueurs qui ne mériteraient pas de revenir.

Il y a beaucoup de joueurs qui arrivent sur le marché, ceux aussi présents en European Masters… Ça peut venir de partout. Je me demandais si les joueurs LCS EU étaient en sécurité pour rebondir justement.

Un joueur comme Odoamne chez Splyce, ou même encore Nisqy, je ne vois pas pourquoi ils ne trouveraient pas d’équipe l’année prochaine. Certains seront plus prisés que d’autres, mais sur le papier, ils ont tous leur chance.

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Odoamne, talent que l’on reverra probablement durant la première saison des LCS EU en franchise. Crédits : Lol esports.

Quelles sont tes attentes autour de cette première année de franchise concernant le niveau des équipes et l’encadrement ? Le niveau de spectacle peut-il baisser ? Les équipes auront une équipe plus complète ? Duke me disait justement en interview que le rythme est assez intensif.

Je ne vois pas pourquoi les équipes se reposeraient sur leurs lauriers. Elles ont fait un énorme investissement pour être dans la ligue. Les mecs sont des compétiteurs. Aucun n’ira se dire qu’il va passer une année tranquille à se faire défoncer pendant une année sur LoL.

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Et puis les dirigeants ne laisseraient pas faire. Ils ont acheté un slot de franchise à plusieurs millions. La meilleure façon de se créer une marque solide, c’est encore de gagner tes matchs.  

Ça peut être inconscient.

Oui, peut-être en fin de saison, mais tant qu’ils peuvent attraper une place en play-off, je ne vois pas pourquoi les équipes seraient découragées. Quand tu regardes les saisons passées, les joueurs qui n’avaient plus rien à gagner, ils voulaient finir sur une bonne note. Ils ne veulent pas passer pour des blaireaux auprès des fans et se faire critiquer parce qu’ils ne font pas d’efforts. Être condamnée à ne pas te qualifier ne fait pas de toi une équipe gratuite sur le papier.

Donc tu n’as pas peur pour le spectacle ?

Absolument pas. Toute la sérénité et l’aspect long terme apportés par les franchises vont permettre d’avoir de meilleurs staffs et un spectacle encore plus dynamique. Ce sont des craintes infondées.

Mais ce sont des craintes que l’on peut lire régulièrement sur les réseaux sociaux.

Ce sont souvent les fans qui racontent ça, mais ils ne poussent pas le raisonnement jusqu’au bout. Quand tu es une nouvelle équipe et que tu paies 10 millions, il faut faire des résultats…

Je ne vois pas en quoi une équipe pourrait se dire « On est là et on attend que ça se passe ». C’est quoi le retour sur investissement ? Aucun… Ou alors, une équipe va réussir à faire ça tout en arrivant à monter une marque incroyable ? Imaginons le pire scénario, et je vais exagérer. Ton équipe est tout le temps derrière, elle ne gagne rien. Tu fais comment pour créer une hype ? Ça risque d’être compliqué.

En plus, je crois que Riot ne parle même pas de franchise. Si tu es 9-10ème pendant 8 split d’affilé, tu peux être exclu de la ligue.

Oui tu es sorti ! Mais bon, pour arriver à une telle performance, il faut avoir envie de le faire exprès [rires].

Dans notre précédente interview, que tu as pu réaliser avec Torréfacteur, tu expliquais être hostile auprès des franchises mais qu’elles pouvaient être positives pour structurer la scène League of Legends en Europe. Avec la première saison en LCS NA sous ce format et la tournure que prennent les événements en Europe, quel est ton avis aujourd’hui ?

La franchise ou le système de relégation… Honnêtement, j’en avais parlé avec Tony (Torréfacteur, ndlr) en lui expliquant qu’avec les franchises, nous n’aurions plus de surprises comme Griffin en LCK. Mais en réalité, quand tu regardes depuis la saison 3 des LCS, combien tu as d’exemples comme ça ? Trop peu.

Il parait que l’une des équipes qui va monter en LCK, DAMWON gaming, est extrêmement forte aussi. On verra s’il y aura une nouvelle surprise. J’attends de voir ça car pour l’instant, ce ne sont que des « on-dit ».

Avec le système de relégation, combien d’équipes nous ont vraiment impressionnées en montant en première division ? L’exemple qui aurait pu être intéressant, ce sont les anciens Giants. Mais 4 de leurs joueurs ont été rachetés par Team Vitality cette année et ont fini aux Worlds.

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Représentés comme des rookies en début de saison, les anciens Giants ont démontré un fort potentiel sous les couleurs de Vitality et se sont qualifiés aux Worlds 2018 ! Crédits : Lol esports

C’est vrai que de telles performances, c’est super. Mais pour avoir ce genre de phénomène, qui arrive très peu, tu dois payer l’instabilité de toutes les structures. Le prix est trop élevé. Les marques ne peuvent pas se pérenniser. Au final, quelques-unes arrivent à tirer leur épingle du jeu, et d’autres, où, mes mots vont être forts, c’est un peu poubelle.

Je suis un grand fan du système de relégation. Le foot a eu 100 ans pour se construire et se créer un ancrage local solide pour favoriser leur marque. Notre esport n’a pas ce temps-là.

Au départ, j’étais contre la franchise. J’ai fini par m’y résoudre, et attention, je ne dis pas « m’y résigner », le mot est bien choisi. La franchise est le meilleur moyen de faire grandir les LCS EU.

Le fait de pouvoir prendre des risques, de faire des investissements sur des joueurs de SoloQ très jeunes, c’est génial. Sans cette solution, tu vas avoir des situations comme H2K en permanence, et ce n’est pas bon. Ce n’est pas ce que tu veux voir en tant que fan ou professionnel. Tu ne veux pas entendre qu’une équipe n’est pas rentable et qu’elle va mourir financièrement. Même pour Riot Games, ce n’est pas une histoire que tu veux raconter aux gens.

Pour monter un écosystème fort, la franchise est une bonne solution.

On perd l’effet de surprise d’une équipe qui peut arriver de nulle part mais finalement on permet à un écosystème de se maintenir dans un grand niveau de spectacle.

Et de grossir ! Peut-être que League of Legends réussira encore à vivre longtemps. Dans 5 ans, les choses changeront et peut-être que tu pourras repasser sur un système de relégation car l’écosystème aura mûri. Tout est possible. Ce qui est sûr, c’est qu’en ce moment, la franchise reste la meilleure solution.

Un dernier mot pour conclure cette interview ?

J’ai vraiment hâte de débuter la saison prochaine et que tout soit officialisé. En tant que média chez O’gaming, on a envie de parler aux dirigeants des structures pour faire du contenu et expliquer à notre audience qui sont ces nouveaux arrivants.

Il y a eu un long processus pour définir les équipes sélectionnées. Elles se sont engagées et Riot leur fait confiance. Ils auront tous l’envie de prouver. D’une façon ou d’une autre, tous les projets vont essayer d’avoir le plus grand succès. Nous aurons de nouvelles histoires à raconter aux fans et j’espère que l’écosystème européen, qui est riche en joueurs, pourra bénéficier de cette sérénité et se construire un futur solide.

Merci à toi Chips !

La prochaine saison des LCS EU risque bien d’être l’une des toutes meilleures.

Nouvelles équipes, meilleur encadrement, une sérénité qui permet d’évoluer dans le bon sens. Chips le répète. La franchise va nous permettre d’assister à la maturité profonde que l’on attend tous depuis des années.

L’écosystème va enfin franchir une nouvelle étape et puiser sa force dans chacun des acteurs pour écrire une magnifique histoire. Le spectacle sera au rendez-vous.

J’espère que cette interview vous aura permis d’appréhender les échéances qui arrivent, car elles s’annoncent palpitantes !

N’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez dans les commentaires ou sur notre Twitter.

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A bientôt !

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