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Progresser aux échecs, c’est compliqué ! Checkmate #3

Par Dimitry Bigot
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Il y a maintenant un peu plus de trois mois, je me suis lancé dans un défi un peu fou, celui de progresser aux échecs jusqu’à devenir joueur professionnel. Comme ce défi était en lui-même trop facile, j’ai compliqué la tâche. Je devais y arriver en seulement six mois !

Trois mois ont déjà passé et l’heure est donc au bilan de mi-parcours avant d’entamer la dernière ligne droite. Est-ce que je suis devenu un concurrent sérieux pour le titre de champion du monde ou est-ce que j’offre ma reine en présent à chaque partie ?

C’est ce que je vous invite à découvrir plus en détail dans ce résumé qui va retracer ma progression et les difficultés rencontrées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que durant ces trois mois, j’ai eu un bel échantillon des différentes expériences que peut rencontrer un joueur se lançant à fond pour devenir joueur professionnel. Mais trêve de blabla parce que j’ai pas mal de choses à vous raconter !

Apprendre les règles et progresser aux échecs !

Nous sommes le 2 septembre quand commence officiellement cette expérience de mon côté et que je prends ma première leçon sur le déplacement des pièces. Car oui, je le rappelle, mais à ce moment-là, je ne connais même pas les règles du jeu. Dans les jours qui suivent, je suis religieusement les leçons. 

J’apprends le déplacement des pièces, les bases et je commence en parallèle à me lancer quelques parties contre des bots à bas élo sur le site. Globalement, à mesure que les jours passent, ça va plutôt bien, même si je me rends compte que je n’arrive pas à prévoir plus loin que le coup que je joue. 

Se pose alors aussi la question du format de parties que je vais utiliser pour jouer. Je veux que les parties s’enchaînent un minimum, mais le 10 minutes est trop court et me force à jouer vite et donc à faire des erreurs vu que j’ai une vision de jeu de débutant. 

Le format 30 min laisse bien plus de temps, mais le fait qu’une partie qui traîne un peu puisse durer jusqu’à une heure me refroidit dans le sens où cela signifierait faire très peu de parties par jour. Je finis par me diriger vers le 15/10 qui donne 5 minutes de plus que le 10 minutes et rend 10 secondes à chaque coup.

Septembre : Un calendrier compliqué et un élo qui s’effondre 

Et là arrive le drame. Pour vous redonner un peu de contexte, nous sommes en septembre et je suis rédacteur en freelance dans le jeu vidéo. En septembre, c’est le mois des sorties de jeu et je me retrouve à faire trois semaines consécutives à 70h de travail. Autant vous dire que dans ces conditions, j’ai suivi un peu moins religieusement les cours et que progresser aux échecs devient compliqué. 

Après ces trois semaines, nous sommes quasiment à la sortie du premier article de cette série. Je me dis alors que tant pis, j’ai assez perdu de temps et qu’il est l’heure de se lancer contre des vrais joueurs. Les premières parties commencent bien vu que les joueurs en face ont quasiment tous des problèmes de connexion. Je me retrouve à 472 d’élo (promis j’ai DDoS personne). 

Sauf que, quand en face ça ne se déconnecte pas, c’est tout de suite plus compliqué. S’ensuit alors une chute vertigineuse jusqu’à 217 d’élo ! J’arrive un peu à rattraper le coup pour la sortie de l’article, mais bon, au bout d’un mois on est à 240 d’élo et à part en ajoutant un zéro via Photoshop je suis plus Magnul Carsen que Magnus Carlsen.

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Un mois de septembre… un peu compliqué

Progresser aux échecs, c’est facile ! 

L’avantage d’atteindre le fin fond du classement, c’est qu’il devient difficile de tomber plus bas ! D’ailleurs, dans les semaines qui vont suivre, les horaires de travail vont s’alléger, ce qui me laisse enfin le temps de me lancer à fond sur cet objectif de progresser aux échecs. 

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Mis à part le week-end, je joue en moyenne une dizaine de parties par jour dans les deux semaines qui suivent. En plus de cela, je commence à regarder des parties pédagogiques et à apprendre des ouvertures quand je joue en noir ou bien en blanc. Je pars donc sur une ouverture pour chaque cas de figure. 

Ce sera donc l’ouverture Italienne pour les blancs et la Caro-kann avec laquelle je me sens particulièrement à l’aise avec les noirs. Je vis échecs, je dors échecs et je mange échecs pendant 15 jours et ça fonctionne.La montée est vertigineuse et dans la semaine qui va suivre la sortie de mon article, je vais prendre 143 d’élo pour grimper à 395.

La semaine suivante la montée n’est pas aussi fulgurante, mais on reste quand même sur un solide +55 pour atteindre la barre des 450 d’élo. Finalement, quelques jours plus tard, la barre symbolique des 500 d’élo est atteinte. A ce moment-là, la progression est grande et continue. 

Le mieux, c’est qu’il n’y a pas seulement le élo qui progresse. Je sens aussi dans mon jeu que j’ai progressé aux échecs. Je fais moins d’erreurs de placement, je vois de mieux en mieux les coups qui se préparent et je commence moi-même à préparer les miens. En bref, progresser aux échecs, c’est facile !

500 d’élo, le premier stop de cette expérience

Je viens d’atteindre les 500 d’élo et surtout la progression semble facile ces dernières semaines. Je pourrais alors m’emporter, mais je me doute bien qu’à un moment, le premier mur va arriver et qu’il risque de faire mal, notamment à la motivation en voyant que je ne progresse plus. 

Finalement, ce mur va arriver à partir des 500 d’élo. Je reste toujours dans les alentours, mais je n’arrive plus à monter comme avant. Je fais par exemple une journée à -1 d’élo le 17 octobre. Perdre 1 d’élo, sur 15 parties, qui plus est, ce n’est pas catastrophique, mais c’est la première fois depuis le début de la remontée que je fais une journée qui finit en négatif.

Pire que cela, malgré que j’ai essayé de m’y préparer, je sens que le fait de commencer à perdre modifie ma façon de jouer. Quand je perds, je rumine mes erreurs et je reste concentré sur ces dernières alors que je relance, ce qui fait que bien évidemment je refais des erreurs stupides qui me coûtent des parties.

En parallèle, j’ai de nouveau une semaine qui s’étoffe, mais je veux jouer, alors je lance des parties en ayant trop peu dormi et trop travaillé. Le résultat, un -50 d’élo dans la journée du 20 octobre, ça pique ! Mais pourquoi je n’ai pas arrêté de jouer quand je voyais que ça n’allait pas ? Eh bien durant cette session se produit un effet « casino ».

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A chaque fois que je perd je relance, espérant retrouver ma mise. Sauf que je ne suis pas en état de jouer et donc je perds, ce qui m’enferme encore plus dans la spirale, d’où la perte abrupte de -50. On peut aussi indiquer que sur 20 parties, je joue 18 fois les blancs. Or, j’ai un bien meilleur winrate avec les noirs et ça n’a pas aidé non plus.

Dans les jours qui suivent, je remonte peu à peu, mais je connais mon premier vrai pallier d’une dizaine de jours où je stagne aux alentours des 500 d’élo. Je me replonge alors dans des cours et des problèmes pour tenter de passer ce premier cap. J’essaye aussi de trouver des solutions pour être plus à l’aise avec les blancs avec qui mon winrate est seulement de 38% (contre 64% avec les noirs) sur cette semaine.

Fin du palier, on continue de progresser aux échecs ! 

Après une dizaine de jours a stagner aux alentours des 500 d’élo, les premiers résultats de la reprise intensive de l’apprentissage semblent faire leurs effets avec une courbe d’élo qui remonte. Alors, ce n’est pas aussi impressionnant qu’au début, c’est sûr. 

Mais un nouveau record de winstreak à 9 lance parfaitement la progression qui va suivre dans les jours suivants et qui va me faire passer un nouveau cap, celui des 600 d’élo. Cela va bientôt faire deux mois que je me suis lancé dans cette aventure et j’ai tout de même progressé de quasiment 400 points d’élo depuis. La progression est là et ça fait plaisir. 

La preuve, c’est notamment avec les blancs où je suis remonté à 47% de victoire sur la semaine. Par rapport aux 38% de la semaine passée, il y a du mieux ! Mais ce n’est pas encore suffisant, alors je regarde des parties pédagogiques et des cours pour progresser encore plus. 

Clairement, pendant une semaine, je ne joue que très peu et je me concentre sur ce point. Je passe en moyenne 3h/jour sur du théorique pur et j’apprend quelques petits pièges en opening, notamment pour les blancs, qui me serviront plus tard à gagner quelques parties. 

Tout cela finit par porter ses fruits et j’atteins les 700 d’élo quelques jours plus tard. Puis, suite à une improbable win streak de 13 games, mon élo s’envole, pour atteindre les 800 et même les 850 à la fin de la première semaine de novembre. Alors je continue sur ce rythme d’apprentissage, quitte à moins jouer.

Maudit Minecraft !

A la mi-novembre, je suis à 900 d’élo et la route vers les saints 1000 semble s’ouvrir pour moi ! Sauf qu’un événement imprévu va arriver, Minecraft ! J’avais résisté à l’idée de me replonger dedans corps et âme durant l’écriture de mon article sur Notch. Mais voir la team du lundi soir s’y lancer sur Twitch a fini par me faire replonger.

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Et puis, Minecraft, c’est pas du tout chronophage ! Alors j’ai joué et puis arrivé le 28 novembre je vois un onglet chess.com d’ouvert et là je me rends compte que ça fait 15 jours que je n’ai pas fait une partie. Difficile de progresser aux échecs dans ces conditions et je décide donc de m’y remettre. Les premières games sont un peu compliquées et je sens que je suis rouillé, mais comme le vélo ça revient vite !

Ça y est, nous sommes le 2 décembre au moment où j’écris ces lignes. Ça fait tout pile trois mois que je me suis lancé dans ce défi et le résultat est plutôt positif. De 217 d’élo, je suis passé à 979. Par dessus le marché, je me suis trouvé une vraie passion pour les échecs.

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De 217 à 979 d’élo en 3 mois pour ce début de Checkmate

Que penser de ces trois premiers mois ?

En regardant par-dessus mon épaule, je suis très satisfait de ces premiers mois d’expérience. J’ai un peu vécu tout ce que j’attendais. C’est-à-dire un début où l’aventure est encore toute neuve et où je me lance à fond dedans. Mais j’ai aussi connu quelques arrêts.

Ces stops sont cruciaux, car quand on se donne a fond pour le jeu, ils peuvent signer la fin de l’aventure. Je me suis préparé au mieux pour ne pas trop les subir et globalement, je trouve que j’ai plutôt eu les bons réflexes, même si je n’ai pas encore vécu d’arrêt de progression qui dure dans le temps.

Mais pour ça je ne m’inquiète pas, il reste encore trois mois d’expérience. Non, ce qui est peut être le plus étonnant, c’est que je me suis désintéressé du jeu, au moment même où au contraire j’étais en pleine progression. Quoi qu’il en soit, je garde pas mal de positif de ces premiers mois.

Il y a eu des difficultés, il a fallu que je sacrifie du temps pour m’améliorer, mais les résultats sont là. J’ai hâte d’aborder les trois mois suivants et de voir comment je vais réagir quand le classement va fatalement s’arrêter de grimper à un moment. J’ai aussi hâte de voir si je vais tenir dans le temps.

Est-ce que je ne vais pas finir par m’ennuyer un peu de cette expérience ou au contraire est-ce que je vais tenir ? Est-ce que cette pause de 15 jours était un « accident de parcours » ou annonciateur d’une deuxième partie d’expérience compliquée ? Je vous donne rendez-vous dans trois mois pour voir ça ensemble.

 

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