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Un conte de Noël du jeu vidéo

Par La rédaction

L’enchantement pour le jeu vidéo était mort, pour commencer. Là-dessus, pas l’ombre d’un doute. La scène était parsemée de traces laissées par des développeurs à bout de souffle, des concepts essorés par un marketing poussif et une marchandisation constante des biens et des corps. L’industrie du jeu vidéo l’avait constaté, sans réellement en prendre en conscience. L’industrie, savait-elle que cet enchantement avait disparu ? Après tant d’années à faire rêver petits et grands, comment pouvait-il en être autrement. 

Les joueurs pleins d’enthousiasme avaient interpellé l’industrie, pour un renouvellement des codes, des jeux porteurs de messages et de sens, avec des modes de productions qui soient tolérables pour les travailleurs. 

« Bah ! dit l’industrie, sottise !»

À la tête de ce puissant navire, cela faisait bien longtemps que l’on ne parlait plus du jeu vidéo comme d’un objet culturel, mais comme d’une industrie lucrative. Plus puissante que le cinéma et la musique ! En seulement quelques décennies, le triomphe était absolu ! 

Alors qu’elle s’apprêtait à se reposer sur ses lauriers, l’industrie fût visitée par un fantôme qu’elle ne pensait pas voir revenir de sitôt. 

« Que veut dire ceci? demanda l’industrie, caustique et froide comme toujours. Que désirez-vous de moi ?»

– Beaucoup de choses !» lui répondit l’esprit. 

« Ne croyez-vous pas à un autre jeu vidéo, qui soit respectueux de tous et porteur des espoirs d’une génération ?»

L’industrie n’en revenait pas. L’envie de voir un autre jeu vidéo, plus éthique et porteur de valeurs, en cette période de Noël, moment où les ventes explosent ? Il faudrait être marteau pour croire à ce genre de conte pour enfant.

L’esprit repris de plus belle : « Pourtant, les indépendants y arrivent, d’une certaine manière, pourquoi ne pas essayer ?»

– Mais enfin, qui paiera les salaires et les actionnaires ?» s’inquiéta l’industrie.

L’esprit traîna ses chaînes devant lui et dit à l’industrie : – « Soit, vous ne croyez pas à ma réalité, mais je suis ici ce soir pour vous avertir qu’il vous reste encore une chance et un espoir d’échapper à cette destinée. Vous allez être hanté par trois esprits, chacun vous parlera de ce que peut être le jeu vidéo si l’on s’attache à le voir autrement. Il est peut-être temps pour vous de voir autrement le Noël du jeu vidéo.

L’esprit disparut et laissa sa place…

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Le jeu vidéo pour lutter contre la solitude à Noël

« Tony est dans son monde et ne prête pas attention au cours »

Ces mots ont longtemps été inscrits dans mes bulletins de notes. Preuve de la facilité déconcertante avec laquelle je m’évadais de cours. Petit garçon, toujours tête en l’air, rêveur, j’ai toujours préféré être un observateur du monde.

A Noël, période où les familles se retrouvent pour partager quelques jours de festivités, c’était le moment idéal pour mes petites expériences sociales.

A cette période, malgré mon intérêt pour les discussions à table, mon attention s’égarait souvent sur la télé qui tournait en fond. Chaque année, le présentateur avait toujours un mot pour les personnes qui passaient leur réveillon seules. De par ma trajectoire familiale, ces attentions ont toujours résonné chez moi. Parce que je savais que certaines personnes de ma famille le passaient seules, chez elles, avec pour seule compagnie la télévision.

Catalyseur ultime de l’attention, objet par excellence de sociabilités, la télévision s’est aussi artificiellement substituée aux interactions sociales pour les personnes seules. Elle devient d’autant plus importante en période de fin d’année, où la solidarité et les retrouvailles prennent le plus de place dans les discussions.

Aujourd’hui, la télévision ne tient plus autant cette place pour une partie de la population, qui l’a délaissée au profit d’Internet.

La littérature est prolifique à ce sujet : Internet, et en l’occurrence le streaming, sont eux aussi des espaces de sociabilités, importants à la fois pour celles et ceux qui créent du contenu que pour celles et ceux qui le consomment.

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Je prends l’exemple du streaming, mais c’est aussi le cas des forums ou des réseaux sociaux. Et des jeux vidéo.

Je me souviens que les rares fois où j’ai dû passer Noël seul, les jeux vidéo m’ont été d’une aide précieuse. Évidemment, la plupart de mes copains le fêtaient en famille, souvent ailleurs. Mais les jeux vidéo en ligne m’avaient permis de me faire d’autres amis, avec lesquels j’avais pris l’habitude de passer des soirées voire des week-end à jouer et à discuter sur Skype.

A l’approche de Noël, je suis certain que les jeux vidéo, et par extension le streaming, seront d’une aide considérable pour les personnes qui les passeront seules. Que ce soit par le biais de streams en direct ou de VOD, les personnes esseulées auront l’occasion de passer les fêtes avec d’autres personnes. De partager des moments de vie et de chaleur malgré une absence d’interactions physiques.

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Ouverture de cadeaux et moments conviviaux lors du stream repas de Noël de Maxime Biaggi

D’ailleurs, les webtv et les streamers n’ont pas attendu le réveillon pour produire des émissions ou des streams dédiés à la magie de Noël. Par exemple, il y a quelques jours, le streamer Maxime Biaggi a organisé un repas à l’avant-goût de Noël où s’étaient rassemblé plusieurs de ses collègues. L’occasion de partager un moment convivial, s’offrir quelques cadeaux entre deux plats, et profiter d’un mini-concert improvisé.

On pense aussi à cette émission de LeStream, qui consistait à réaliser le meilleur apéro de Noël en stream. Ou à ce vieux live de Domingo et de la StreamTeam, qui consistait à enchaîner les parties de League of Legends.

Toute occasion est bonne à l’approche des fêtes de fin d’année pour produire du contenu. Même si on ne peut pas oublier le côté intéressé de ce genre de productions, cela n’empêche pas la magie d’advenir. 

Le soir du Réveillon, de nombreux streamers et streameuses vont organiser des streams ou des émissions justement dans ce cadre : faire en sorte de recréer de la solidarité et de la proximité avec leurs communautés. Finalement, le jeu vidéo ne sera qu’un outil pour partager de bons moments, et vaincre la solitude. Il ne fait sans aucun doute que certain·es s’appuieront sur la catégorie discussion ou feront des lives réactions de vieilles émissions.

Histoire de faire passer le temps pour celles et ceux qui passeront le Réveillon seuls, et apporter un peu de chaleur humaine, chacun à sa façon.

C’est aussi ça, ce que permet Internet. Ce que permettent les jeux vidéo.

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L’histoire partagée de Noël et du jeu vidéo

Très tôt dans l’histoire du jeu vidéo, Noël a fait sa place dans les œuvres vidéoludique à coup de références et d’easter eggs en tout genre. Aujourd’hui, pas un jeu en ligne ne vous réserve pas une attention spéciale pour la saison avec un relooking en jeu et son lot de cosmétiques thématiques en boutique.

En remontant un peu la courbe du temps, on se rend compte que Noël et le jeu vidéo, c’est une longue histoire. En 1989, l’Amstrad, la Commodore et le Spectrum accueillait The Official Father Christmas Game, le premier jeu nous plongeant dans la peau du célèbre homme en rouge. Chargé de délivrer les présents, ce jeu reprenait à la lettre l’esprit de Noël dans un plateforme typique de l’époque.

Le jeu pousse le phénomène a son maximum, mais bien d’autres se sont emparés du personnage et de la période pour apporter des éléments de scénarios supplémentaires.

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The Official Father Christmas Game est le jeu vidéo de noël par excellence, désormais disparu de la mémoire collective.

L’esprit de Noël est resté ancré dans le jeu vidéo. Encore aujourd’hui, quelques titres s’inscrivent dans l’esprit de Noël, comme Batman Arkham Origins en 2013. Die Hard est au cinéma de Noël ce qu’est Batman Arkham Origins au jeu vidéo. La narration de l’œuvre embrasse totalement la période et les codes de Noël pour sublimer son scénario. L’enjeu transcende le joueur, il ne s’agit pas de sauver Gotham des ennemis de Batman, il s’agit aussi de sauver Noël !

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Ça a beau être vu et revu, ça marche toujours autant. Partagé entre une atmosphère chaleureuse et les péripéties du chevalier noir, le jeu nous offre un des plus beaux exemples de réinterprétation des codes pour embellir son propos.

Pour autant, Batman Arkham Origins est l’une de ces exceptions qui confirme la règle. Dans la plus grande majorité des cas, Noël est devenu un simple événement temporaire dans le paysage vidéoludique. Depuis l’avènement du haut débit et des jeux en ligne, la saisonnalité est entrée dans nos habitudes de joueur.

Chaque année, les cartes sont couvertes de neige et des événements viennent marquer la période. On peut prendre des exemples minimalistes comme Grand Theft Auto V, qui accompagne son changement d’esthétique par une physique chaotique de conduite sur la neige. Une mécanique déjà présente dans le mode histoire du jeu, utilisé pour un segment très court de la narration, qui devient un outil de marketing pour le mode online qui fait de l’œil au joueur chaque année une fois venu le temps des fêtes.

Où est passé l’esprit des fêtes ?

Dans d’autres cas, principalement sur les MMORPG, Noël est une véritable célébration. Intégrée à l’univers du jeu, la fête de Noël change de nom d’un univers à un autre. Tantôt les Hivernels, tantôt la fête du Voile d’Hiver, la célébration est un moment unique pour apporter un contenu en jeu qui renouvelle l’expérience du joueur.

Année après année, celle-ci a tendance à proposer le même contenu, mais c’est aussi un peu ça Noël. On part faire des quêtes redondantes que l’on connaît déjà par cœur pour collecter des monnaies uniques afin de débloquer la monture spéciale de Noël, certes recolorée pour la 7ème fois depuis sa première apparition, mais après tout, elle manquait à la collection.

Ces événements, sympathiques de prime abord, ont petit à petit fait revenir Noël dans ses travers consuméristes. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que les jeux free to play et casinos déguisés sous couvert de lootbox s’emparent de ce bon vieux sapin pour en faire du petit bois revendu à l’unité.

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L’esprit de Noël revient chaque année dans les MMORPG sans être un rendez-vous incontournable.

Le cas des MMORPG mis à part, il existe très peu d’initiatives qui offrent autre chose qu’une boutique thématique lors de la période de Noël. Nous sommes désormais très habitués à retrouver chaque année des promotions de Noël, des soldes à ne plus quoi savoir en faire. Même les jeux se bradent lors des fêtes avec le calendrier de l’avent d’Epic Games. La société américaine fait son foie gras et n’hésite pas à enfourner l’entonnoir en balançant des jeux comme des goodies en pleine Paris Games Week. Une pratique controversée, qui contribue à dévaluer le travail des professionnels tout en nous éloignant de questionnements sur les modes de production des œuvres.

L’histoire de Noël et du jeu vidéo est pleine de revirements. Plus nous avançons et plus la magie de Noël se dilue dans des approches mercantiles et souvent néfastes pour les joueurs. Pouvait-il en être autrement dans l’industrie culturelle la plus prolifique du XXIème siècle ?

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Noël, la période parfaite pour vendre des skins ?

On le sait, dans le commerce, la période de Noël est très propice à l’acte d’achat. De nombreux commerçants profitent de cette période pour faire une bonne partie de leur chiffre d’affaires. Pour vous donner un ordre d’idée, Noël à lui seul représente 20% des ventes annuelles en ligne !

Alors, immanquablement, l’industrie du jeu vidéo a voulu prendre une part de ce gros gâteau. Nombreux sont les éditeurs à prévoir une sortie proche de Noël pour atterrir sous le sapin. Mais un nouveau type de jeu s’est démocratisé ces dernières années.

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Ce sont les jeux en ligne qui proposent un suivi complet avec des mises à jour qui arrivent à intervalles réguliers. Ces jeux, pour pouvoir continuer à être développés, ont repensé leur modèle économique. L’un des exemples les plus frappants, c’est Fortnite.

Dans un précédent article, on vous parlait de la mine d’or qu’était le système économique, malgré un jeu qui est gratuit. Dès lors, pour le financer, il vendent des skins et autres éléments cosmétiques dans une boutique.

Vous vous doutez bien qu’à l’approche de Noël, cette boutique a tendance à se revêtir de blanc et de rouge. Toutes les occasions sont bonnes pour se faire de l’argent et vendre des skins de Noël en fait partie.

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Chaque année, les jeux en ligne sortent une série de skins en lien avec Noël, un passage obligatoire ! (Crédit : Riot Game)

La générosité pour mieux vous pigeonner

Mais les joueurs de Fortnite me diront que c’est un mauvais exemple et que le jeu offre chaque année plus d’une dizaine de cosmétiques gratuits, dont des skins ! C’est vrai et d’ailleurs l’Epic Games Store fait de même avec son calendrier de l’avent des jeux.

Mais vous croyez vraiment que c’est désintéressé ? Si c’est le cas, posez-vous une question. Pourquoi ne pas offrir tous ces jeux et skins d’un coup, le 25 par exemple, plutôt que de vous demander de revenir chaque jour ?

La raison est simple, c’est qu’outre l’offre gratuite, on veut que vous regardiez les autres offres et nouveautés, payantes elles. Or, si on offre quelque chose aux joueurs, ils vont avoir l’impression de passer à côté s’ils n’en profitent pas. Chaque jour, ils viendront donc chercher leur récompense.

Et puis, pour reprendre l’exemple de Fortnite, en vous connectant, on vous affiche les nouveautés de la boutique. Une boutique dont le contenu change tous les jours. Dès lors, ce skin qui vous semble joli, peut être que demain, il ne sera plus là !

En vous pressant de cette manière, on va chercher à déclencher un achat impulsif. On veut que vous n’ayez pas le temps de réfléchir au bien-fondé de l’achat. On attend juste que vous craquiez en vous disant que ce skin ne reviendra peut-être pas avant des années ! C’est une technique bien connue et rodée en marketing.

D’ailleurs, on vous voit vous au fond avec votre “de toute façon le marketing ça marche pas sur moi”. Vous croyez vraiment que les entreprises continuent à dépenser des milliers voire des millions pour quelque chose qui ne fonctionne pas ? L’idée c’est justement que ça marche, tout en vous faisant croire que ce n’est pas le cas !

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Chaque jour venez chercher votre cadeau sur Fortnite, et n’oubliez pas de jeter un oeil à la boutique ! (Crédit : Epic Games)

Achète l’esprit de Noël en promotion à 9.99€ !

Tout ça, c’est ce qu’est devenu Noël dans le jeu vidéo aujourd’hui, un prétexte pour soutirer encore plus d’argent. Tout est pensé jusque dans les moindres détails pour faire en sorte que, sous couvert de cadeaux, ce soit vous qui finissiez par dépenser plus d’argent via des techniques de marketing.

Vous vous en doutez, offrir des jeux et des skins n’est pas rentable pour une grosse entreprise. Dès lors, on peut douter de la démarche philantrope de ces derniers lors des offres spéciales de Noël.

C’est encore plus vrai quand on sait qu’Epic va devoir verser 500 millions de dollars à la Federal Trade Comission aux USA. En effet, ils se sont fait épingler pour des pratiques de ventes « obscures ».

J’ai pointé du doigt Fortnite et Epic Games, mais ce ne sont pas les seuls à utiliser ces méthodes, loin de là ! On est aujourd’hui bien loin de l’esprit de Noël dont on nous parle tant à longueur de journée.

Cet esprit de Noël, il a été vidé de sa substance par des entreprises avides de votre argent qui n’y ont vu qu’un prétexte pour vous faire consommer encore plus. Alors, on ne va pas vous en vouloir d’avoir acheté un skin de Noël.

Ça serait d’ailleurs complètement injuste étant donné qu’on vient de vous montrer que tout est fait pour vous faire craquer. Par contre, on peut regretter que chaque fête soit devenue une excuse pour nous faire consommer le plus possible.

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