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Bertrand Amar : La LFL est passée dans une nouvelle dimension

Par Lenaic Leroy
Bertrand Amar LFL

Quel retournement de situation pour ce lancement de saison en LFL !

Quelle était la probabilité il y a un an ou deux de voir une telle explosion : le niveau de jeu, l’audimat, l’engouement l’investissement des fans, tout est là pour créer l’événement. Nous avons même vu les plus grandes équipes françaises se faire destituer par l’outsider de cette saison : la Karmine Corp.

Nous sommes face à un cas unique, qui m’a beaucoup interrogé tant par son incrédibilité, mais aussi par son potentiel développement sur la scène esportive française et internationale.

Le projet de la LFL débute en 2019 d’une collaboration entre Webedia et Riot Games pour proposer comme dans plusieurs autres pays européens une ligue structurée permettant de faire la passerelle entre les futurs talents et les joueurs professionnels déjà intégrés au LEC.

Cependant, tout change avec une saison 2020 en LFL qui apporte de nouvelles structures et des résultats de plus en plus probants. Le plus important dans tout ça, c’est sûrement la professionnalisation des clubs qui sont désormais porteurs d’une identité forte. La transition existe depuis un moment, je vous en ai déjà parler concernant le circuit des LAN françaises et c’était il y a 3 ans. Pour faire parler de soi, il ne faut pas toujours être le meilleur compétiteur, il faut parfois être le meilleur communicant.

Le second modèle a été consacré cette année en LFL avec la victoire sur tous les fronts de la Karmine Corp. Issue de la Division 2, l’équipe a très vite dominé la LFL, les Europeans Masters, mais aussi les réseaux sociaux en réunissant tous les fans français derrière un même étendard. À la sortie de ce premier split, il est difficile de déterminer quelle est la grande victoire de l’équipe, tandis que son joueur phare, Adam, a été recruté chez Fnatic.

Mais pour la ligue, cette période d’attrait exceptionnelle représente aussi un enjeu majeur pour sa pérennisation. La LFL attire plus que jamais une nouvelle manne de spectateurs et d’investisseurs en tout genre. Les retombées pour l’évolution du secteur sont conséquentes. Je pense plus particulièrement aux nouvelles générations de joueurs qui cherchent une place dans les clubs, et qui se voient désormais capables d’atteindre le plus haut niveau en passant par la Division 2 puis la LFL.

Quel avenir pour la LFL après une telle ascension ? Sommes nous toujours face à une simple ligue intermédiaire du LEC et va-t-elle s’imposer comme le principal événement pour les fans français ? 

Pour obtenir des réponses à mes nombreuses interrogations, je suis parti rencontrer Bertrand Amar, l’homme derrière l’organisation de la LFL. Le succès du dernier split, les idées pour recréer l’événement au second, les ambitions pour la saison 2022, tout est expliqué par Bertrand Amar dans cet échange exclusif.

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Bonjour Bertrand, avant toute chose, j’aimerais avoir ton avis sur le premier split de cette saison de la LFL, sur vos attentes et les résultats déjà visibles.

Très clairement nous sommes au dessus de nos espérances ! Au lancement de la LFL en 2019, nous avions préparé un plan sur 3 ans. L’objectif était d’avoir en 2021 quelque chose de solide. Il fallait au moins ça pour laisser le temps de développer la stabilité de la ligue ainsi que sa notoriété /attractivité pour les équipes. 2021 était l’année de vérité. On ne pensait pas aller si haut lors de ce split.

Jusqu’ici, la référence des ligues nationales était la Superliga, première ligue nationale en Europe. On espérait atteindre son niveau audience même si elle possède l’avantage de la langue, parlée au-delà des frontières du pays. Néanmoins, nous avons réussi à faire la différence, particulièrement ces derniers mois et le succès est au rendez-vous.

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Comment l’organisation de la LFL s’articule autour de l’évolution des équipes ? On voit du changement depuis l’arrivée d’une équipe comme la Karmine Corp.

De notre point de vue, en tant qu’organisateur, il ne peut pas y avoir de différence de traitement entre les clubs malgré leurs différences. La Karmine Corp est un club issu de personnalités (Kameto, Kotei, Prime), contrairement à des clubs esport plus traditionnels comme LDLC OL ou Gamers Origin mais ils ont tous le même traitement. Ce qui diffère, c’est leur manière de traiter la communication qu’ils font autour de la LFL ou bien même l’utilisation des droits de co-streaming que nous leur donnons pour leurs matchs. 

C’est intéressant de voir les différences dans la manière de communiquer des clubs. Après une communication très propre, presque corporate pendant la première saison, les clubs ont compris qu’il fallait se démarquer sur les réseaux sociaux pour percer et même si certains sont plus forts que d’autres à ce jeu, tous jouent le jeu et c’est vraiment cool. 

L’autre mouvement de fond, c’est l’engagement des fans des teams, les supporters, les ultras. Vitality avait lancé le mouvement avec les Golden Hornet, son club d’Ultras, mais cette année les Ultras de Karmine ont clairement tout secoué et franchement, bravo à eux. 

Après un lancement aussi explosif, va-t-il y avoir des changements pour s’assurer de maintenir le momentum et rééditer l’exploit sur le summer split ?

Oui et non. Le changement de split ne signifie pas un changement de saison, nous n’allons donc pas faire de modifications majeures. La diffusion sera toujours sur OTP, les casters seront les mêmes ainsi que la direction artistique ou les jours de diffusions. Pas de changement majeur donc d’autant plus que cette année, il y a eu beaucoup de nouveautés en janvier, l’arrivée de deux nouvelles équipes, la Karmine Corp et BDS, le choix d’OTP comme diffuseur et aussi la création de la Samsung Fantasy League. Cette dernière a été un succès colossal qui revient pour le summer split, les équipes sont mises à jour et de nouvelles dotations sont prévues.

Le succès de la LFL ne nous oblige pas à nous réinventer à chaque split, au contraire ce qui fait aussi le succès de la LFL, c’est sa stabilité. Notre boulot est donc plus d’animer la ligue en créant des surprises comme le partenariat récent avec le film Fast & Furious 9 qui nous a permis de faire des vidéos avec Vin Diesel et John Cena ce qui montre que la LFL est passée dans une nouvelle dimension.

On travaille beaucoup pour avoir la possibilité de faire à nouveau des événements en offline, au moins sur les playoffs. En mars nous avons été contraints par la pandémie, car les joueurs basés à l’étranger ne pouvaient pas se déplacer. On aimerait absolument faire du offline sur ce split, idéalement avec des mesures qui nous permettent d’accueillir du public.

De plus, le système de montée et descente avec la Division 2 qui fait son arrivée pour la première fois cette année va apporter un nouvel intérêt pour la compétition, plus seulement en haut mais aussi en bas de tableau. On va d’ailleurs pouvoir suivre le classement général tout au long du split. En effet les matchs de barrage ne se joueront pas avec les deux dernières équipes du split d’été mais les deux dernières du classement général de cette saison (split 1 et 2) . Il va être possible de suivre en simultané l’évolution des équipes vers ce système de relégation, mais aussi celui des équipes capables d’accéder à la finale de Monaco le 4 octobre.

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Le mercato du LEC a bousculé certaines équipes qui voient leurs égéries partir pour la ligue européenne. Voir ces stars partir à l’étranger c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la LFL ?

Pour un organisateur, c’est hyper important d’avoir des stars dans sa ligue. Notre rôle n’est pas seulement d’accueillir mais de faire des stars. Beaucoup de joueurs ont explosé en LFL et se sont fait un nom grâce à la ligue. On doit réussir à maintenir ce statut de révélateur de talent.

Par le passé, nous avons déjà vu des joueurs venant du LEC comme Djoko, Steelback et ce split Cabochard. Inversement, beaucoup de joueurs de LFL peu ou moins connus comme Toucouille, Salut à tous et Adam, se sont faits connaître chez nous. Notre boulot c’est de les révéler. S’ils partent, cela prouve que la ligue fait un super boulot. Cela permet aussi de faire de la place et nous devons repérer les futures pépites. Il faut des joueurs bons en terrain et en communication, capables d’aider des équipes qui vont les mettre en avant puis les faire exploser.

J’ai toujours un peu de peine de les voir partir mais je suis ravi de les voir évoluer. Pour la ligue, c’est surtout le moment de voir de nouvelles figures émerger, d’autant plus que le niveau global ne cesse d’augmenter. Si on gardait toujours les mêmes joueurs, on aurait moins de surprises ou d’enjeux. La Karmine Corp a fait un excellent split, assurément tout le monde va observer les matchs de Cabochard pour voir s’il s’intègre bien. Cela ajoute beaucoup d’intérêt à la compétition et ces changements sont plus positifs que négatifs.

La LFL est-elle toujours une ligue intermédiaire du LEC ou a-t-elle évolué vers plus d’indépendance ?

Le niveau de la LFL a évolué tellement vite et tellement fort, c’était inattendu. Les équipes ont très vite performé : depuis le lancement de la ligue, nous avons remporté trois fois les European Masters alors que la compétition comprend plus de 15 ligues nationales. Cela prouve aisément la supériorité de la LFL du point de vue esportif.

Steelback et Djoko arrivent en LFL en 2019, c’est parce qu’ils n’avaient pas trouvé mieux et voulaient repartir en LEC. Depuis les choses ont beaucoup évolué et aujourd’hui la LFL, par son niveau et les moyens mis en œuvre, est une ligue attractive même au plus haut niveau. La LFL permet aux joueurs de se faire voir plus que dans n’importe quelle ligue nationale mais aussi  sur la scène européenne avec nos 3 places qualificatives pour les  European Masters.

Ce n’est plus pour les joueurs internationaux une simple ligue de second choix. En arrivant chez Karmine Corp, Cabochard va peut-être avoir encore plus de soutien des supporters français que durant sa période en LEC car en LFL il y a une proximité, une accessibilité plus forte qu’en LEC. 

Peut-on s’attendre à une nouvelle évolution, de nouveaux investisseurs majeurs suite à une année qui a dû ravir ceux déjà en place ?

On a reçu beaucoup d’appels de structures, d’équipes et d’investisseurs intéressés par la LFL. La LFL est une ligue ouverte où l’on n’achète pas sa place. Elle se gagne. Seules les 8 places de départ étaient à prendre. Elles valent désormais cher, car il est plus difficile d’accéder à la LFL. Jusqu’ici toutes les équipes rentraient sur dossier ou gagnaient leur place.

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Pour la première fois, on va avoir des situations de barrage entre les deux moins bonnes équipes de LFL et les deux élites de la Division 2. Ce sont potentiellement deux nouveaux clubs qui entrent en LFL avec ce système. C’est hyper important pour le développement de la Division 2 car c’est l’antichambre du monde professionnel. Ce sont des joueurs qui ont moins de pression, qui se permettent de faire plus de paris, d’oser plus pour être remarqués. Cet enjeu change tout et les équipes de Division 2 vont attirer les investisseurs avec le pari de la montée.

LFL offline

Dès son lancement, la LFL avait pour ambition de réunir les joueurs pour jouer les matchs en offline, mais la crise du Covid a mis un terme à la pratique. Source : LFL

En termes de nouveautés, on sort d’une année et demie uniquement en online. Auparavant la LFL avait plus de sessions en offline. La première finale avait eu lieu durant la Paris Games Week, les débuts et fins de split étaient en offline dans l’Arena Webedia, la finale de l’année passée et celle à venir se tiennent à Monaco. On espère voir revenir ces possibilités dans les prochains mois, et pour 2022 mettre l’accent dessus afin de pouvoir envisager un événement réunissant les équipes et le public.

La LFL devait se lancer en 3 ans, maintenant que c’est fait, la LFL c’est pour combien de temps ?

La LFL c’était 3 ans pour savoir si l’on pouvait s’insérer dans ce projet plus longtemps. On voulait savoir si on trouvait une audience, une réalité économique. Désormais, on veut s’inscrire de longues années sur la LFL et sur la Division 2 qu’on gère aussi depuis cette année. Pour la Division 2, on a augmenté sa diffusion sur OTP afin d’assurer sa continuité avec la LFL. On a beaucoup d’ambitions pour cette Division 2 et clairement, la LFL est un projet à très long terme dont on n’envisage pas la fin tant que le partenariat continue avec Riot Games.

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La LFL 2021, c’est l’événement inattendu avec des renversements du classement, des codes transformés et le sacre de la Karmine Corp comme nouveau modèle de réussite. L’opération est particulièrement bonne pour l’organisation qui voit son travail être propulsé à l’échelle internationale grâce aux joueurs mais aussi au titre de champion d’Europe.

Au-delà de l’émotion suscitée, il reste encore du travail pour les équipes de la LFL pour que la ligue continue sa croissance. Ce dont nous avons été témoins durant ce premier split, c’est probablement l’émergence du modèle de l’esport qui se viabilise en s’appuyant sur des savoir-faire, des joueurs conscients de leur statut, mais aussi des structures qui comprennent que la performance a besoin d’une bonne communication pour être impactante.

Depuis plusieurs années maintenant, les départs de joueurs professionnels de la scène pour le streaming et l’entertainment sont devenus monnaie courante. Pour les plus anglophones d’entre vous, je ne peux que vous recommander la lecture de cet article sur le sujet. La tendance s’inverse lentement, les personnalités du streaming français investissent désormais dans l’esport et nous avons un exemple de réussite avec la Karmine Corp.

Encore merci à Bertrand Amar pour ses réponses lors de cette interview, j’espère que vous êtes impatients de retrouver la LFL le 8 juin et découvrir ensemble si la ligue va être capable de combler les attentes de ses fans.

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