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Shanky : « Un manager esport doit toujours apprendre des autres ! »

Par Alexandre Hellin
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Connaissez-vous réellement le rôle d’un manager dans l’esport ?

La question vous paraît peut-être tirée par les cheveux tant la notion de « manager » est répandue aujourd’hui. Et pourtant, chacun y apporte une définition bien différente, surtout dans l’esport.

Laissez-moi vous raconter une anecdote.

Depuis près de 15 ans et le début de ma passion pour l’esport, j’adore lire et découvrir toutes sortes d’interviews. Elles me racontent des histoires que je ne retrouve nulle part ailleurs. J’en ai avalé des centaines, peut-être même des milliers. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Esport Insights existe aujourd’hui.

J’ai toujours été subjugué par la manière dont les managers dans l’esport racontent leur quotidien et l’impact qu’ils apportent à leurs équipes.

« Je m’occupe de faire à manger à mes joueurs »

« Je fais en sorte que tout se passe bien pour l’équipe »

« Je gère le planning pour qu’ils ne se couchent pas trop tard »

« Je m’occupe de l’administratif et gère les déplacements en LAN »

J’ai toujours eu l’impression qu’ils ne se prenaient pas au sérieux. Ces tâches sont importantes, mais j’osais espérer qu’ils apportaient bien plus. En regardant leurs différentes interviews, je pensais bêtement pouvoir me lancer et devenir champion de France. C’est sûrement ce que certains ont fait, j’imagine.

Je suis persuadé que c’est l’une des raisons pour laquelle autant d’équipes s’écroulent dans l’esport.

J’exagère à peine. Heureusement, cette mentalité change aujourd’hui. L’esport comprend enfin que l’encadrement des joueurs a besoin d’être plus profond pour instaurer des bases saines et propices aux résultats.

Les joueurs sont jeunes, impulsifs et se projettent difficilement dans leur avenir. Ils n’hésitent pas à sauter d’équipe en équipe dans l’espérance de trouver une herbe plus verte ailleurs. Ils recherchent le cadre idéal.

C’est dans cette logique que le manager esport doit être un maître à penser. Il doit jongler avec sa combinaison de pompiers et éteindre les premières étincelles avant qu’elles n’explosent, son costume de superhéros pour pousser les joueurs à devenir plus forts ou encore sa blouse de ménagère pour garder un environnement de vie quotidienne salubre.

Le manager esport a un rôle ingrat. Il se donne tout autant que ses joueurs, si ce n’est parfois plus. Son importance n’est plus à prouver pour emmener l’équipe au sacre final. Pourtant, c’est celui qu’on attache au pilori dans la défaite et qu’on efface dans la victoire.

J’avais envie de creuser cet aspect obscur.

Le 20 octobre 2018, un manager esport a rédigé ces mots dans un tweet :

« Pour utiliser complètement les forces d’une personne, apprenez avant tout à compenser ses faiblesses. Je l’applique souvent avec mes teams sur LoL et beaucoup d’équipes le font instinctivement. J’en parlerais plus prochainement lors d’une vidéo ou d’un podcast ».

Ce manager, c’est Rayane « Shanky » Kheroua. Il est à la baguette de l’équipe League of Legends de Vitality Academy (renommée depuis peu : Vitality Bee).

Champion de France l’année passée durant le LoL Open Tour, Shanky a prouvé qu’il était un excellent manager. Avec ses mots, j’ai eu l’envie de répondre à certaines questions légitimes.

Quel état d’esprit anime un bon manager dans l’esport ? Comment protéger le mental de ses joueurs tout en les poussant à se dépasser un peu plus chaque jour ? Que doit-on faire pour gagner le respect de son travail ?

À travers son histoire, son parcours et ses expériences (qu’il vous expliquera mieux que moi), Shanky nous offre sa vision précieuse du rôle de manager esport.

En découvrant notre entrevue, vous comprendrez quel message il est impératif de véhiculer à ses joueurs. Pour tous les managers en herbe, Shanky est aussi une inspiration très forte qui permet de savoir quelles compétences vous devez fleurir pour espérer vous améliorer.

Je le dis sans trop me tromper, cette interview avec Shanky est une véritable leçon humaine dont on a besoin dans l’esport pour grandir.

Bonne lecture !

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Bonjour Shanky, pour débuter cette interview, peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours pour devenir manager esport de l’équipe League of Legends de Team Vitality Academy ?

Bonjour, je m’appelle Rayane « Shanky » Kheroua. Mon parcours dans l’esport remonte à de nombreuses années. Il y a 6-7 ans, j’étais un joueur de Counter Strike avec un bon niveau. Je n’étais pas joueur professionnel, mais si je m’étais donné les moyens, j’en avais la possibilité. J’ai préféré me concentrer sur mes études. C’est ce que ma famille voulait, et je crois que c’était également mon objectif personnel.

J’ai obtenu un Bac science et technologie de laboratoire avec une spécialité en chimie. Finalement, je me suis orienté sur des études supérieures d’informatiques. J’espérais entrer dans une école d’ingénieur, mais j’ai fait le choix de me diriger en licence professionnelle pour des questions de planning et mon amour pour l’esport.

J’étais tiraillé entre mes études et ma carrière de manager qui se profilait à l’horizon. J’allais entamer un master, mais je m’en suis arrêté là pour mes diplômes.

Cette 3ème année d’études était une sorte de transition naturelle pour moi. Dès la fin de mon BTS (Bac +2, ndlr), j’ai commencé à trainer sur différents Teamspeak et jouais énormément à League of Legends. Durant cette période, j’ai rencontré des joueurs comme Trayton qui étaient déjà en équipe.

Ça n’allait pas du tout avec leur manager et du jour au lendemain, on m’a proposé de le remplacer. Ça ne s’est pas fait comme ça, je discutais beaucoup avec eux. J’avais réussi à créer des liens très forts.

J’ai pu accompagner les joueurs à la Gamers Assembly 2016. Tout s’est bien passé, malgré des résultats peu convaincants. On était jeunes, l’ensemble de l’équipe était encore en cours au lycée, pour la plupart ! Nous n’étions pas focus entièrement sur le jeu. Des joueurs comme Trayton ou Jean Didier Gnar, aujourd’hui, on les connait, mais à la période où je te parle, ils étaient inconnus. C’était la grande époque des équipes comme Melty, Indyspensable, etc.

L’aventure évolue doucement. Je retrouve cette passion que j’ai pour le sport à travers l’esport. J’ai beaucoup pratiqué le football, mais aussi et surtout le rugby ou le foot américain, en île de France.

D’ailleurs, j’ai accédé au top niveau français au foot américain. Ça m’a apporté beaucoup d’expériences sur l’esprit d’équipe, le travail en groupe ou l’aspect stratégique. J’étais joueur, mais j’ai observé attentivement la manière dont mon coach travaillait avec moi pour me rendre meilleur et régler mes soucis.

Mes premiers pas en tant que manager dans l’esport, je les ai faits avec E-corp Gaming. J’étais à la tête de 2 équipes. E-corp Glorious et E-corp Gentle. L’équipe Glorious était composée de Shemek, Tiger, Saken, Targamas et Marex. La Gentle était composée de Brosak, Trayton, Law, Terseras Choupa.

J’ai pu emmener ces deux équipes en Challenge France. C’est d’ailleurs, mon premier fait d’armes, car il n’y avait que 6 places à l’époque. C’était incroyable. Le problème, c’est que nous n’étions pas dans une structure professionnelle avec l’environnement nécessaire pour progresser. Il n’y avait pas de salaire, les joueurs devaient continuer leurs études et nous n’avons pas réussi à aller jusqu’au bout de la compétition, malgré la présence de nos 2 équipes.

Ça m’a laissé un manque après la saison. Le sport m’a donné cette envie de gagner. Quand je participe à une compétition, il n’y a que la première place qui m’importe. Je ne suis pas du genre à me satisfaire d’une seconde place. Même si sur le papier, mon équipe mérite top 5, si je ne suis pas 1er, ça me met hors de moi, quitte à faire d’énormes sacrifices.

Avec E-corp, nous avions de bons résultats. Mais j’avais un manque. C’est à ce moment où je commence à réfléchir sur mon avenir. Je décide de quitter la structure et à me poser plusieurs questions sur la meilleure manière de tout gagner sur la scène française. En janvier 2017, je remonte une équipe et décide de contacter une structure en particulier : Gamers Origin. À cette époque, ils n’avaient pas d’équipe sur League of Legends. Je rencontre Yann-Cédric Mainguy et il est chaud bouillant par le projet que je lui propose.

Gamers Origin nous aide à trouver un sponsor pour nous accompagner sur toute la saison et nous étions partis. L’équipe était composée de Targamas, Shemek, Tonerre, Bluerzor et Kitty au début d’année, mais l’AD Carry a changé avec l’arrivée de Toaster. À ce moment-là, je n’avais plus aucune excuse, car j’avais absolument toutes les cartes en main pour finir premier. Gamers Origin nous fournissait des locaux pour nos entrainements, un salaire pour que les joueurs soient à plein temps et tout l’accompagnement dont on avait besoin.

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Toute l’équipe League of Legends de Gamers Origin en 2017. Crédits : Gamers Origin.

Au final, sur 11 lans, on en gagne 9 et on finit 2x deuxième. Je m’en rappellerais toute ma vie. Sur cette année, j’ai appris énormément, que ce soit sur la façon de travailler ou gérer une équipe au quotidien. J’ai fait des erreurs, mais j’ai aussi appris à les corriger. J’étais constamment dans l’échange avec mes joueurs et me nourrissaient d’eux.

Finalement, on termine 2ème du Challenge France. Ça a été un véritable coup dur avec l’équipe, parce que tout le monde nous attendait en vainqueur. Ça a déstabilisé l’équipe. Quelque temps après viennent mon départ et celui de Shemek. C’est la séparation du roster Gamers Origin que tout le monde aimait.

Le jour de mon départ de Gamers Origin, je reçois une offre pour travailler chez Blackpills pour les accompagner sur leur département gaming. C’est une application, lancée en 2017, qui propose des contenus exclusivement sur mobile. Je me lance avec eux et, au départ, tout est génial. Ils ont de super locaux, ils me débloquent des budgets pour lancer des projets, mais malheureusement, ils n’étaient pas très ouverts au compétitif.

Blackpills voulait sonder le marché du gaming avant de s’y investir pleinement. J’ai eu l’idée de relancer le Lamasticrew. J’en parle à Corobizar et ça lui plait. J’ai pu devenir manager coach d’une équipe d’entertainer avec, entre autres, Kameto, Corobizar, Shlaya, Krorys et Fraid.

C’était une façon pour moi de rester sur cette casquette entertainment tout en prenant part aux compétitions. La vision business de l’entertainment me plait. C’était quelque chose que je voulais découvrir, que ça soit la gestion d’une opération commerciale, le sponsoring, etc.

Chez Blackpills, j’ai eu le meilleur professeur du nom de Guillaume Vidal. Il m’a énormément appris sur ces sujets. Mon rôle de manager pour cette équipe était différent. Il y a tout autant de travail, mais les responsabilités sont tout autres. Tu dois faire attention à ce qu’on ne vienne pas embêter Corobizar, tu dois gérer toute une communication complètement différente, etc. Cela dit, c’est plus fun et il y a moins de pression du résultat. J’ai pu me relâcher un peu, mais le fait de ne pas finir 1er me dérangeait encore.

Je voyais les autres gagner, et ça me motivait à tout donner pour être à leur place. Le temps fait son chemin. Je continue de discuter énormément avec Shemek, car nous sommes très proches. Notre aventure chez Gamers Origin a vraiment renforcé nos liens. Un jour, il me dit qu’il n’y avait pas de manager chez Vitality Academy et qu’il fallait quelqu’un pour les aider. Je rentre en contact avec Fabien « Neo » Devide pour envisager ce qui était possible. J’étais partagé entre l’idée de rester au sein de Blackpills et reprendre le compétitif.

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Je me suis remis en question, encore une fois. Pourquoi je voulais faire ça ? Qu’est-ce qui m’anime ? La victoire. Je n’ai que ça en tête. Après mes échanges avec Neo, j’étais motivé à rejoindre Vitality Academy en tant que manager.

Quatre petits mois après mon départ de Gamers Origin et un passage chez Blackpills, me voilà dans ma nouvelle maison. C’était en mars, je crois. Lors de mon arrivée, il y avait beaucoup de travail, car il existait de nombreuses inégalités entre les joueurs. Je reprends en main l’équipe, j’instaure mes règles et nous étions partis à l’aventure.

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Visuel d’annonce de l’arrivée de Shanky chez Team Vitality en 2018. Crédits : Team Vitality

Après l’année qui vient de se passer, avec nos hauts et nos bas, finir champion de France est libérateur, surtout pour moi et Shemek, car on l’avait loupé l’année dernière.

C’est une belle revanche et une superbe histoire que tu as vécues. On se rend compte que tout n’est pas tombé du ciel pour toi. Il y a eu énormément de travail, d’autant plus que vous ne partiez pas favori pour soulever la coupe cette année si on analyse vos résultats.

Oui, nous avons eu pas mal de choses à corriger avant d’atteindre notre niveau de jeu lors de la finale contre Gamers Origin.

Avec tout ça, j’ai envie de te poser une question difficile. Quelle est ta définition d’un bon manager dans l’esport Shanky ?

Pour moi, il n’existe pas de définition spécifique. Si on regarde le sport, un manager peut être bon de différentes manières. Énormément d’aspects rentrent dans l’équation.

Mais si je devais te répondre, dans l’esport, on gère avant tout une équipe, mais notre structure nous affecte d’autres responsabilités. Les plus communes consistent à gérer la vie à la Gaming House et faire en sorte que tout se passe bien. Tu dois gérer l’état psychologique de ton équipe et faire en sorte que les joueurs respectent les sponsors et la structure. Tu dois également les accompagner dans leur communication, que ça soit sur Twitter ou les photos qu’ils choisissent de publier. Tu dois créer un environnement propice à la performance.

Pour ça, tu essaies d’avoir une vue globale de ton roster, tout en travaillant avec ton head coach. Il faut toucher un peu à tout. Et c’est là qu’on reconnait un bon manager. Tu ne peux pas être le meilleur partout, mais tu dois pouvoir avoir un avis critique dans tous les domaines avec des connaissances justifiées. Si tu dis quelque chose à ton joueur, tu ne peux pas lui dire que ce qu’il fait est nul, alors qu’au fond, tu n’en sais rien. Il faut développer une culture nécessaire et discuter avec des personnes spécialisées dans différents domaines.

Tu veux avoir un avis sur le coaching ou le niveau de tes joueurs ? Tu ne peux pas les regarder bêtement. Il faut que tu ailles parler avec beaucoup de coaches et de joueurs externes. Ça permet de justifier tes informations et d’être pertinent. Tu peux avoir une valeur critique sur ton coaching staff parce que tu sais comment ça se passe ailleurs. Un manager esport doit toujours apprendre des autres. Je dirais même qu’il doit apprendre à apprendre.

Comment tu améliores les déplacements de ton équipe ? Comment tu améliores la santé mentale de tes joueurs ? Tu vas parler avec des psychologues, des coaches mentaux, etc. Bien sûr, tu ne peux pas être un professionnel diplômé dans chaque branche, mais au moins, tu es ouvert à la discussion et tu peux être un véritable support pour tes joueurs.

Cette vision est intéressante. J’ai l’impression que la majorité des managers se vendent mal. On entend souvent le discours un peu négatif lié à l’administratif et à la cuisine, en omettant tout ce que tu viens de dire.

Oui, j’entends souvent des phrases comme « Ah, t’es la nounou ? ». Je trouve ça complètement idiot de penser comme ça. C’est tuer le métier de manager. Si tu as besoin d’une nounou, on ne t’attribue pas le nom de manager, mais plutôt de majordome de la Gaming House de Team Vitality.

Un manager, que ce soit dans n’importe quel travail, il gère son effectif. Il fait tous les choix liés à l’effectif. Sortons de l’esport et allons dans l’informatique, puisque ce sont mes études. Quand tu es chef de projet dans l’informatique, tu n’es pas le meilleur développeur, mais tu dois avoir les connaissances suffisantes pour aider ton groupe et les guider. Quand tu parles à ton équipe, tu sais ce que tu dis. Elle est là la différence entre toi et ton développeur. Tu es le chef de projet. Tu prends les décisions que ton développeur ne saurait pas prendre. Il faut que le travail soit fait, mais à qui on demande des comptes à la fin ? Au manager.

Dans toutes les équipes où je suis passé, que ce soit chez Gamers Origin ou E-corp, quand on avait des mauvais résultats, c’était moi qu’on venait voir. Si tu es une nounou, comment tu sais ce qu’il se passe dans l’équipe ? Ça serait facile de dire que tu ne sais pas et qu’il faut demander au Head Coach. Dans ce cas, effectivement, tu n’es pas manager.

Cela dit, faire la cuisine ou le ménage, c’est une partie du travail que tu peux faire. Si tu peux faire à manger, c’est mieux pour tes joueurs. Pour moi, c’est une passion qui me vient de mon bac en chimie. C’est ressemblant dans le sens où tu mélanges tes aliments et selon ce que tu fais, ça donne un goût complètement différent. Le but, c’est que ton plat soit le plus qualitatif possible.

D’ailleurs Shanky, tu sais faire de bonnes crêpes [rires]

Je ne suis pas le meilleur, mais c’était drôle. On n’y pense jamais, mais la cuisine, c’est du team building gratuit. Tu ramènes tes joueurs, tu leur demandes de t’aider, tu passes un bon moment avec eux. Si le plat est bon, ils sont contents. C’est que du bonus.

Tout ça me fait dire que ce qu’on entend souvent sur le manager ne donne pas une bonne image. Chacun peut avoir sa propre définition d’un bon manager. On a tous une sensibilité différente. La seule chose qu’il faut respecter, ce sont les responsabilités que te donne ta structure. Ensuite, tu peux créer tes propres habitudes.

J’aime le sport, donc j’en fais avec mon équipe. J’aime étudier l’aspect mental d’un joueur, donc je vais beaucoup les aider sur ce point. J’aide mon équipe à utiliser ses forces pour compenser ses faiblesses. C’est ce qu’un bon manager doit faire.

Dans n’importe quel domaine, même le sport, quand tu travailles avec plusieurs personnes, chacune a des faiblesses et des forces en dehors de leurs connaissances, par exemple la timidité. Quand tu es chef de ton groupe, ton travail principal, c’est de faire en sorte que le public extérieur ne puisse voir que vos forces tout en effaçant les faiblesses. Mais c’est difficile, car une faiblesse ne disparait jamais vraiment. Au moindre coup dur, elle va remonter.

Tu aimes le chocolat et tu sais que c’est ta faiblesse ? Tu vas la compenser en allant faire du sport ou arrêter d’y penser. Demain, tu vis une galère, ton premier réflexe sera de te réfugier dans le chocolat, parce que tes faiblesses ressortent au moindre coup dur. Tu ne peux jamais l’effacer.

Pour moi, dans une équipe, tu dois compenser les faiblesses personnelles de tes joueurs avec la force des autres. C’est ce que j’essaie de faire en continu chez Vitality Academy. Je n’ai pas pu être à 100% sur ce point la saison dernière, mais sur la LFL, je vais tout faire pour y remédier.

On a vu ce qu’était, selon toi, un bon manager esport, mais comment reconnait-on un mauvais manager Shanky ?

Un mauvais manager, c’est quelqu’un qui va abandonner ses points faibles et ne pas les travailler pour, justement, essayer de les compenser. Comme je l’ai dit, il faut essayer d’être bon partout.

J’ai eu des soucis comme ça, je ne le cache pas. Je n’étais pas un bon manager avant, et je le sais. J’ai abandonné certaines tâches pour me focus sur celles que je préférais. C’est sûr que j’étais meilleur sur certains aspects de mon travail, mais complètement inexistant sur le reste. C’était l’erreur à ne pas faire. En faisant ça, finalement, tu te spécialises et t’éloignes du rôle de manager.

J’aimerais me focus sur toi et ton quotidien. Comment tu t’organises, quelles sont tes relations avec les joueurs et le staff, comment tu gères ton planning, etc. Quelle est la journée d’un manager chez Team Vitality ?

J’essaie d’organiser mes journées et celles de mes joueurs avec des horaires fixes. Je fais en sorte d’être strict. On se réveille à 10h. De 10h à 11h, les joueurs font ce qu’ils veulent, donc ils déjeunent, ils se préparent, ils jouent, etc. Dès 11h, on part faire du sport. À 12h, ils s’échauffent en SoloQ durant une heure. Ensuite on mange et de 14h à 15h, on prépare les scrims, on fait de la méditation et des exercices pour les poignets. De 15h à 20h, ils s’entraînent, on débriefe et jusqu’à ce qu’ils aillent dormir, ils font ce qu’ils veulent. En général, pour le repas du soir, les joueurs se débrouillent puisque certains veulent prendre leur temps pour stream ou se détendre. C’est leur moment de liberté.

Globalement, ça se passe comme ça, mais elle peut changer si on est dans une période soutenue avec les compétitions. On va être plus cool et leur permettre de se lever à 12h, par exemple. Ça peut choquer, mais le joueur esport a des conditions de vie très différentes d’une personne normale. On joue des play-offs qui terminent à 23h-00h. Ils ont leur cerveau en ébullition toute la journée et la pression des matchs le soir. Si le lendemain, je leur impose de se lever à 10h, ce n’est pas humain.

On peut dire qu’ils restent seulement sur un ordinateur, mais ça reste extrêmement épuisant. La fatigue mentale est sous-cotée dans tous les milieux, pourtant, elle peut causer des troubles plus dangereux que la fatigue physique.

Tu restes avec eux toute la journée Shanky ?

Je vis à la Gaming House. Je suis l’un des seuls à faire ça, je crois, en France. Je sais que Lounet a son propre appart, par exemple, mais ils ont leur copine donc c’est différent. Personnellement, je suis célibataire, donc ça me va. Je vis avec mes joueurs et je les accompagne tous les jours.

Justement, explique-nous plus en détail tes relations avec eux ? Quels genres d’obstacles tu rencontres ? Quels sont les hauts et les bas d’un manager esport ?

Le principal obstacle que tu vas rencontrer en étant manager, c’est de jauger la relation avec tes joueurs. Tu ne peux pas être trop proche d’eux au risque de perdre ton pouvoir de « decision-making » sur l’équipe.

Si ta relation est ambigüe, le jour où tu prends une décision pour eux, ils vont avoir un doute dessus et la remettre en question parce que tu as rigolé avec eux et que vous êtes amis. Ça te fait perdre ce rôle de décisionnaire. Il faut y faire très attention. Si ça t’arrive, il faut être plus dur avec tes joueurs et leur expliquer qu’on peut être proche, mais qu’ils ne doivent pas remettre en doute ta direction. Bien sûr, sans oublier de leur expliquer en quoi tes choix sont positifs pour eux.

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En ce qui concerne les hauts et les bas de la vie d’un manager esport, j’ai envie de te dire que tu dois régler les conflits internes le plus rapidement possible. Il faut être vif. On pourrait donner tous les conseils du monde, mais ça se joue sur l’expérience. Il faut vivre avec tes joueurs et les observer. C’est ce qui t’apporte cette connaissance pour déceler les signes qui montrent que ça peut s’aggraver. Il faut que tu analyses le problème avant qu’il n’arrive et le résoudre.

La facilité serait de dire qu’il faut kick un joueur si ça ne va pas. Pour moi, si tu en arrives là, c’est que tu as tout perdu. Si j’ai choisi d’avancer avec un joueur, c’est que je l’ai trouvé talentueux à un moment. Si je m’en sépare, c’est moi qui perds la partie. C’est une défaite. C’est parfois nécessaire. Quand la porte est bloquée, tu ne peux pas l’enfoncer, mais ce n’est jamais bon.

En ce qui concerne les hauts, c’est tout simplement de gagner tous tes matchs et être champion de France. Et encore, en réalité, pas forcément. Il y a aussi la vie interne des joueurs. Quand je sens que l’ambiance est parfaite à la Gaming House ou que les joueurs apprennent de leurs défaites sans se décourager, c’est aussi une victoire. Il faut que mes joueurs apprennent toujours et s’entraident. Je veux qu’ils compensent avec leurs forces, les faiblesses de leurs coéquipiers.

Justement ! Comment définit-on les points forts et les points faibles d’un joueur esport ?

Ça vient aussi avec l’expérience. J’ai acquis cette compétence avec le sport de haut niveau. Les coaches nous donnaient nos forces et nos faiblesses. Avec ça, ils jaugeaient notre évolution. Parfois, ils le font indirectement. Tu es en plein match, tu vois que ton côté droit est faible, tu fais rentrer un défenseur à droite, parce que c’est ta faiblesse.

Dans un groupe, c’est la même chose. Pour un joueur esport, ce n’est pas forcément physique, mais plutôt psychologique. Pour ces faiblesses, tu dois discuter avec eux et les écouter vraiment, tout simplement. Il faut prendre note de ce qu’ils te disent pour réfléchir aux meilleures façons de couvrir ses faiblesses avec ses forces. Parfois, tu vas essayer de comprendre comment sa faiblesse principale est née pour tenter de la combler, etc.

Quelle est la faiblesse principale que tu peux rencontrer le plus souvent chez un joueur esport Shanky ?

La faiblesse la plus récurrente réside dans la confiance en soi. On peut la rencontrer chez de nombreux joueurs. Il existe aussi des faiblesses individuelles, propres à la personne.

Chez Vitality Academy la saison dernière, il y avait un joueur que j’aime beaucoup et qui est très fort. Il a une faiblesse propre à lui. Quand ça ne se passait pas bien dans sa vie privée, ça impactait sensiblement son jeu. Il est plus facilement touché émotionnellement sur ses capacités physiques. Il y a des personnes comme ça… Si l’esprit ne va pas bien, ça le touche et il ne va pas être performant en jeu.

Pour travailler là-dessus, il faut faire en sorte que tout se passe bien dans sa vie privée et le mettre dans de bonnes conditions. Pour ça, on peut faire beaucoup de team building et créer un environnement familial avec l’équipe. Il faut que le joueur dispose d’un soutien moral et psychologique fort. J’ai travaillé sur ça avec le joueur en question chez Vitality Academy, et il a montré un très grand niveau.

Shanky, tu entretiens de bons rapports avec tes joueurs hors du jeu en les aidants dans leurs vies personnelles ? Ils se confient à toi ?

Oui, ils se confient à moi. J’ai toujours eu ce rôle de confident. La relation avec les joueurs est très difficile en réalité. Tu dois être en même temps proche d’eux, connaitre leurs faiblesses, leurs forces, mais aussi être leur confident tout en sachant quand être autoritaire et te faire respecter. C’est particulier.

L’exemple du grand frère est un bon exemple. Tu es la personne à qui on se confie en racontant des histoires, mais aussi celle qui doit élever la voix quand ça ne va pas.

Ça rejoint ce que tu disais sur la proximité à bien gérer avec les joueurs. Tu les aides beaucoup sur leur communication ou c’est plutôt WhiTe PenGoiN qui gère ça ?

J’essaie de les aider à faire des publications qui sortent de l’ordinaire pour communiquer, quand ça peut être fun. L’idée où on donne des gants de boxe à Shemek et que Pretty lui donne de l’eau avant qu’on rencontre Gamers Origin, c’est ce genre de contenu qui peut plaire. C’est important, c’est sûr. Comme le reste, c’est une partie de mon travail. Je ne peux pas être aussi fort que WhiTe PenGoin dans tout ça, mais je dois avoir le minimum.

Si avant un tournoi, on doit chauffer la communauté et envoyer des pics à nos adversaires pour mettre de la hype, on va se réunir et trouver la bonne formule de communication, sans que ce soit négatif. J’essaie toujours de guider mes joueurs là-dessus sans leur dire exactement quoi écrire, car ce n’est pas un tweet de Shanky, mais du joueur lui-même.

Shanky, j’aimerais changer de sujet très rapidement et m’intéresser quelques secondes à l’équipe première en LEC. Avez-vous des contacts avec eux ?

C’était un peu compliqué cette année. L’équipe 1 était dans son monde, et c’est compréhensible avec la saison incroyable qu’ils ont eue. En général, quand tu es une équipe non attendue et que tu performes, tu t’installes dans une bulle pour rester focus et rien lâcher jusqu’au bout. Ils ont réussi à aller aux Worlds donc c’est normal de ne pas pouvoir les contacter.

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Team Vitality aux Worlds 2018 de League of Legends. Crédits : Team Vitality

Pour cette saison, nous avons d’autres objectifs. On a prouvé que l’équipe Academy, mais aussi la scène française, était intéressante. On a montré de bonnes choses, donc on va essayer d’organiser plus d’événements avec l’équipe LEC. On ne pourra pas véritablement scrim avec eux puisqu’ils ont besoin de s’entraîner au plus haut niveau. Si on s’entraînait ensemble, ce serait l’équipe Academy qui apprendrait le plus, et c’est normal. Ils ont une macro supérieure en toute logique. Cela dit, nous allons essayer d’échanger nos expériences tout au long de l’année pour faire progresser tout le monde dans différents compartiments. On va sûrement organiser des bootcamps entre les deux équipes, ou ce genre de choses.

Ok super ! Comment on se sent après une saison pleine de rebondissements en Open Tour Shanky ?

On est contents à la fin, même très contents ! On a vécu des coups durs, mais on n’a pas lâché. Un moment, quand tu as un roster sur le papier qui est censé faire de très bons résultats, tu n’as pas le droit à l’erreur. Et pourtant, ce n’était pas forcément le cas. Tu peux avoir les meilleurs joueurs du monde, si ton travail sur l’effectif n’est pas bon, ça n’avance pas.

Tu peux avoir 5 Faker, si ton staff et l’encadrement ne suivent pas, ça ne sert rien. Tu ne vas pas performer. C’est ce qu’il s’est passé. On a eu des résultats très médiocres par rapport à nos attentes, donc c’était difficile. Mais on a su s’adapter et j’ai pu faire des changements nécessaires à certains moments clés.

À la fin de l’année, c’est que du bonheur de gagner et finir 1er. C’était une belle conclusion, avec des joueurs que j’apprécie. On a atteint l’objectif et ça a permis à tout le monde d’améliorer sa carrière et repartir avec un trophée important. Champion de France, ce n’est pas rien !

Un titre de champion de France qui a plus de saveurs que les précédentes années, car la route était plus longue qu’avec le Challenge France.

Oui ! Avec le Challenge France, tu jouais pendant 1 mois et demi, tu te qualifiais et tu pouvais finir champion. Avec l’Open Tour, ce titre met une conclusion sur une année entière de travail. On a peut-être pas tout gagné sur la route, mais au final, on a le titre de meilleure équipe de France, donc c’est une saveur différente bien sûr !

Justement, vous avez toujours réussi à vous placer dans le haut du classement sans jamais véritablement gagner d’étapes de l’Open Tour sauf à la fin. Comment on gère un tel parcours au quotidien avec les joueurs ? Surtout quand il y a de fortes attentes sur leurs épaules. J’imagine qu’il faut les aider à ne pas lâcher !

On a eu pas mal de soucis. Après l’été, c’était beaucoup mieux. J’ai pris un peu de temps avant de prendre véritablement la main sur l’équipe. Je suis arrivé en cours de route, donc je n’ai pas voulu m’imposer directement.

La Gamers Assembly était le déclic. On a complètement raté l’événement et je me suis dit que c’était le bon moment pour m’imposer. On a fait quelques changements. Un joueur nous a quittés de sa propre volonté et nous avons dû nous séparer d’un autre également. À ce moment-là, je récupère Bluerzor et Pretty. On repart pour la Dreamhack Tours où on termine 2ème. On est déçu, car nous faisions une excellente LAN. On avait le sentiment de mériter mieux. Ensuite, on s’écroule à l’Occitanie à cause de quelques soucis internes qu’on a dû régler, et arrive l’été.

Durant cette période, on recharge les batteries et on travaille sur le mental des joueurs. On peut et on va mieux faire. L’absence de Dreams a réveillé les faiblesses de l’équipe, moi compris. C’était un événement marquant. C’est à ce moment-là où on essaie de se ressaisir et nos points forts reviennent doucement. On ne fait pas d’excellents résultats, mais on encaisse. On se dit que le jour où Dreams revient, le groupe va redevenir fort. On concentre nos pensées là-dessus.

Dreams revient. On travaille très dur, on gagne la PGW et on devient champion de France. On a tenu malgré de nombreux soucis et à la fin, ça paie.

Dans quel état d’esprit tu es 24h avant la finale contre Gamers Origin ? Shanky, comment on se prépare à jouer la dernière partition d’une saison ?

Je suis calme. On est en finale. L’équipe est déjà au top niveau parce qu’on a montré notre valeur durant les play-offs, donc je suis content. Je suis le plus calme possible. Je dois montrer à mes joueurs que je suis confiant. Si je montre le moindre signe de stress, les joueurs le ressentent, et ce n’est pas ce que je veux. Je montre à tout le monde qu’on peut gagner, en leur disant qu’ils sont les meilleurs.

J’ai regardé Pretty et je lui ai dit « Si tu montres le même niveau qu’en play-offs, on a gagné ». C’était pareil pour Bluerzor. On est en finale, on n’a pas le droit de reculer et stresser. Dans notre tête, on avait la haine de tous les mauvais résultats de cette année. Aujourd’hui, on va montrer qu’on est les meilleurs et qu’on va tout effacer. À la fin, on se rappellera que c’est Vitality qui est champion de France.

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Ce n’était pas Gamers Origin notre ennemi, mais plutôt la défaite. Si on perdait, c’était la plus grosse défaite de l’année. On était venu pour « défoncer » la défaite et gagner. J’apportais cette rage aux joueurs, parce qu’elle compense la faiblesse apportée par le stress.

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Vitality Academy après leur victoire finale face à Gamers Origin en Open Tour. Crédits : Team Vitality

J’aimerais revenir avec toi sur le futur. Dans un tweet du 31 décembre, tu annonces viser la victoire en LFL et aux EU Masters. Tu penses quoi de la LFL Shanky ?

Je suis très content de l’arrivée de la LFL. On a enfin une compétition cadrée. Maintenant, on peut comparer ça a du sport dans le format. Quand j’en parle autour de moi, je peux enfin dire que je participe à une ligue française, que je joue toutes les semaines le mardi et le mercredi, qu’il y a des finales et que les gagnants vont dans l’équivalence d’une Ligue des Champions avec les European Masters. Avec ça, tout le monde sait de quoi tu parles.

Avec l’Open Tour, tu dois expliquer que tu joues dans des LAN une fois par mois, le gagnant obtient des points. Plus tu es haut dans ce classement, plus tu en gagnes, etc. Ce n’est pas lisible.

Sur le papier, la LFL est une excellente nouvelle. Peut-être qu’à la fin de l’année, on se dira que c’était mauvais ou au contraire magnifique, en tout cas, c’est ce qu’on attendait en tant qu’équipes. Nous avons enfin une ligue qui sépare l’amateur du professionnel en France.

Le cadre sera plus professionnel. Les conditions seront les mêmes pour toutes les équipes. On n’aura plus le cas où tu arrives en LAN pour jouer à 10h, mais en fait ton match est retardé à 15h à cause de problèmes techniques, etc. Ça équilibre le débat et c’est positif. On commence à passer à un niveau supérieur. On peut dire sans trop se tromper qu’on a enfin une vraie Ligue 2 pour les LEC. Ce n’était pas vrai de dire ça avec l’Open Tour.

C’est intéressant, parce que la base d’une ligue française, c’est de pouvoir former des joueurs pour qu’ils partent en LEC ou au moins gagner les EU Masters. Avant ça, il était très dur d’avoir une vue sur les joueurs français, parce qu’il y avait que des LAN. Avec une ligue, ça éclaircit l’analyse pour les coaches et managers des LEC ou des ligues internationales extérieures.

Justement, la LFL va permettre de structurer la scène française. Il y aura plus de visibilité, de moyens et de sponsors. Est-ce que Vitality investit plus d’argent que l’année passée dans son équipe Academy ?

Vitality investit beaucoup sur la scène française. C’est sûrement la structure qui investit le plus en France d’ailleurs. On veut développer des talents. On prend ça au sérieux. Notre objectif, c’est que nos joueurs puissent aller en LEC ou rejoindre l’équipe première s’ils ont le potentiel. Et pour ça, bien sûr, Vitality investit chaque année toujours un peu plus.

Shanky, comment avez-vous préparé cette saison en LFL ? Tu as eu un regard sur le choix des joueurs ? Allez-vous avoir plus de staff ?

Pour cette saison, j’étais pleinement impliqué dans la création du roster aux côtés de Clément « LeLfe » Laparra. J’ai aussi eu la chance que l’équipe première me donne son avis. On a beaucoup discuté pour réfléchir sur le choix des joueurs, mais effectivement, j’ai pu m’occuper principalement du recrutement.

J’ai demandé l’avis à pas mal de personnes, notamment Dannerlame, notre analyste et YamatoCannon, notre Head Coach de l’équipe LEC. Ils ont donné leur avis, et mon œil de la scène française, que je suis depuis longtemps, a fait le reste.

C’est intéressant que l’équipe première te donne des conseils sur ce genre de réflexions. Comment tu reçois les conseils d’un YamatoCannon, par exemple ?

Avec beaucoup de respect ! C’est un exemple, car ce qu’il a fait avec Vitality cette année était extraordinaire. J’apprends beaucoup de choses de lui. On travaille dans ce respect mutuel. Il m’apporte énormément sur sa vision de coach et son expérience sur la vision qu’il a des joueurs. De mon côté, je lui apporte mon vécu sur la scène française. Comme il n’a pas le temps de suivre tout ce qu’il s’y passe, ça permet un bon mélange.

Ça permet de découvrir de nouveaux talents capables de jouer en LEC un jour, car c’est l’objectif principal de l’équipe Academy. Je lui donne des noms, avec Clément « LeLfe » Laparra, notre nouveau head of scouting. Il m’a d’ailleurs énormément accompagné sur le choix des joueurs pour la LFL, comme je le disais. Nous sommes très contents du roster actuel.

Parait-il que l’équipe Academy va être mouvementée cette année. Tu peux nous en dire plus Shanky ?

Je peux difficilement en dire plus, mais oui, ça va être mouvementée positivement. Notre équipe 2018 était très forte, mais cette année, c’est encore différent. L’année dernière, nos joueurs étaient des gagnants qui étaient déjà très talentueux. Des joueurs comme Pretty, Bluerzor, Yuuki, Dreams, etc. ce sont des joueurs qui resteront à jamais gravés dans ma mémoire.

Le roster de 2019 est composé de joueurs talentueux, mais qui n’ont pas encore véritablement gagné de titre. Ils ont un potentiel incroyable sur lequel je crois très fort.

Aurais-tu des conseils à offrir aux personnes qui aimeraient savoir comment devenir un bon manager dans l’esport Shanky ?

Pour être un bon manager dans l’esport, il faut avoir un œil partout. Il faut tout de suite s’enlever de la tête l’envie de partir en vacances avant d’avoir un poste sécurisé, ça n’existe pas. Ce n’est pas de tout repos, car il faut se donner à fond, se renseigner et poser plein de questions. Je suis d’ailleurs disponible pour donner des conseils, mais le métier est encore très jeune.

Ce rôle nécessite des compétences empiriques qui s’obtiennent avec l’expérience. Il faut se faire remarquer. C’est très dur d’être manager aujourd’hui. Soit tu as l’expérience, donc tu as déjà fait quelques résultats sur la scène, soit tu as de fortes études et tu peux postuler directement, en ayant, bien sûr, une forte connaissance de la scène française et internationale.

Il faut se battre, la jouer intelligemment et faire les bons choix. Seulement, tu sais que tu fais de bons choix quand tu en as pris des mauvais par le passé, donc l’expérience joue un grand rôle. Certaines périodes  chez E-corp étaient remplies de mauvais choix, mais ça m’a apporté l’expérience nécessaire pour briller avec Gamers Origin.

Oui, avant de savoir si on fait les bons choix, il faut faire les mauvais. Les gens l’oublient souvent.

Oui, il faut y aller au culot aussi. Mon histoire avec Gamers Origin, elle est arrivée parce que j’ai été la chercher. J’ai envoyé ce petit message sur Twitter avec l’espoir que ça crée quelque chose. Derrière, on fait la meilleure année possible des LAN en France.

Mais attention, je ne dis pas qu’il faut y aller sans réfléchir. Il faut que le culot soit bien fait. Il faut constituer son message, essayer de comprendre ce que les gens que tu contactes veulent. Je voulais aller chez Gamers Origin, mais je ne suis pas venu en leur disant « coucou, je veux un poste de manager ». Je suis allé les voir en leur donnant un projet solide pour les emmener dans l’esport sur League of Legends. Tout était prêt.

En tant que manager, tu dois toujours penser aux besoins des autres avant le tien. Mais en réalité, ça se joue aussi comme ça dans tous les postes dans l’esport.

Shanky, Tu aurais un dernier mot à donner aux lecteurs ou aux gens qui vont s’intéresser à ton histoire ?

J’ai envie de dire : V For Victory. Team Vitality est une équipe magnifique pour ce qu’elle fait. On va me dire que je suis corporate, mais sans Vitality, la France n’existerait pas dans l’esport à l’international, surtout après le départ de Millenium.

Je remercie tous les fans de Vitality qui nous soutiennent. Ça fait plaisir. Si vous êtes sur le site à lire cette interview, c’est que vous aimez l’esport. Eh bien, continuez de l’aimer. Sans les supporters, il n’y a pas de Shanky, il n’y a de Vitality, mais surtout, il n’y a pas de compétitions, donc merci à vous tous.

Merci Shanky !

separateur rose esport insights

L’interview de Rayane « Shanky » Kheroua touche à sa fin. Je suis admiratif par sa vision et les mots qu’ils transposent pour nous parler de son rôle de manager esport.

J’espère que vous avez pris un énorme plaisir à découvrir notre entrevue avec Shanky pleine de richesse.

J’ai déjà eu l’occasion de parler du rôle de manager esport avec Fabien Bacquet, mais ma discussion avec Shanky offre de nouvelles leçons à retenir :

  • Il n’existe pas de définition précise d’un bon manager esport selon Shanky. Les résultats parlent pour vous. En ce sens, respectez les besoins de votre structure, mais créez vos propres habitudes de gagnants. Il n’y a pas de formule unique.
  • Sans être forcément le meilleur, vous devez essayer d’être bon dans tous les compartiments du rôle de manager esport, que ce soit dans la gestion du mental des joueurs, l’échange, l’analyse de votre staff, la gestion de la vie quotidienne, etc.
  • Compensez les faiblesses de vos joueurs avec la force des autres. Il faut créer un schéma de pensées orienté vers la performance collective, et non individuelle pour Shanky (en tout cas, sur des jeux comme League of Legends).
  • Les relations avec vos joueurs doivent être réfléchies. Comme le dit Shanky, vous devez faire attention à ne pas perdre votre leadership sous peine de perdre cette stabilité que vous cultivez au sein de l’équipe.
  • Vous devez rester attentif pour déceler les premiers signes de conflits internes et les corriger le plus rapidement possible.
  • Pour Shanky, il faut constamment échanger avec les joueurs et gagner leur confiance, sans vouloir vous imposer avec la force.
  • L’envie de gagner de Shanky est très importante dans son processus de travail. C’est en ça que l’esport est magnifique. Ne sous-estimez jamais la force de vos joueurs et aidez-les à devenir meilleurs.
  • Une organisation et un cadre « strict » permettent d’intégrer les joueurs dans un environnement sécuritaire et réconfortant. En leur créant des habitudes, vous les aidez à les maintenir dans un flot de concentration constant.
  • Il est important d’aider le joueur à se développer pleinement dans la compétition, mais aussi dans sa vie personnelle. Comme Shanky, devenez plus qu’un donneur d’ordres ou un guide pour eux !

Il y a encore tant à dire sur le rôle de manager esport, mais j’espère que cette entrevue avec Shanky vous permettra d’en ressortir grandi.

N’hésitez pas à suivre Shanky sur les réseaux sociaux et à partager l’interview ! Votre aide nous permet de grandir et pouvoir vous offrir toujours plus d’interviews comme celle-ci !

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Qu’avez-vous pensé de la vision de Shanky sur le métier de manager esport ?

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4 Commentaires

Pierre Bourillot 28 janvier 2019 - 13 h 56 min

C’est une vision très intéressante, bienveillant mais aussi extrêmement guidée par la victoire (en même temps normal pour une scène compétitive mais ça n’a parfois pas l’air d’être le moteur de certains), ça doit être sacrée expérience d’être encadré par Shanky !
Belle interview en tout cas merci alexandre pour l’article 🙂

Reply
Alexandre Hellin 28 janvier 2019 - 15 h 51 min

Bonjour Pierre !

Oui, Rayane est une personne extraordinaire ! Il ne fait aucun doute que les joueurs soient satisfaits par son soutien ! 😉

Reply
Jérémie Pieret 29 janvier 2019 - 13 h 12 min

Interview très intéressante, ça donne beaucoup de contexte sur le parcours de Vitality Academy en 2018 (la victoire finale, mais aussi et surtout le début d’année difficiles). Merci !

Reply
Alexandre Hellin 29 janvier 2019 - 15 h 48 min

Merci beaucoup Jérémie ! 😉

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