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NOI – O’Gaming : « Commenter, c’est la partie facile du travail ! »

Par Alexandre Hellin
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Nous nous sommes tous déjà retrouvés face à quelqu’un qui nous impressionne par son charisme ou la manière dont il a de faire les choses.

Un pianiste dont les doigts glissent parfaitement sur le clavier pour reproduire les symphonies de Beethoven, un Lebron James qui claque des Dunks comme s’il était né juste pour faire ça, un écrivain maniant parfaitement les mots pour te faire ressentir toutes les émotions imaginables ou encore un humoriste sachant te faire rire au bon moment…

Peu importe ce qu’ils disent ou ce qu’ils font, toutes ces personnes ont un point commun : elles réalisent des exploits avec une telle simplicité que ça en devient déconcertant. 

On reste souvent stupéfait par ce « talent » sans réellement se demander les sacrifices et les efforts qu’elles vivent au quotidien pour parvenir à un tel niveau de maîtrise.  

Selon un psychologue suédois du nom de K. Anders Ericsson, atteindre l’excellence dans une discipline, une technique ou un art requiert 10.000 heures de pratique.

C’est une théorie bien discutable. Mais elle a le mérite de poser un repère loin d’être idiot. On ne devient pas maître dans un domaine du jour au lendemain. C’est la seule leçon à retenir de cette étude.

Quelqu’un qui prendrait au pied de la lettre une telle affirmation pourrait répéter machinalement les mêmes erreurs durant plusieurs années sans évoluer, tout en espérant devenir bon un jour. Il faut voir plus loin et comprendre comment les individus qu’on juge incroyables arrivent à s’adapter aux changements, à résoudre de nombreux problèmes en chemin, mais surtout, à se remettre en question.

C’est quelque chose qui m’intéresse profondément.

Personnellement, j’adore comparer les débuts d’un artiste ou d’un sportif avec ce qu’il est aujourd’hui pour me rendre compte du chemin parcouru (c’est aussi une excellente piqure de rappel pour éviter de se comparer aux personnes qu’on juge meilleures que soi).

Quel a été la vitesse d’évolution ? Y’a-t-il des changements notables d’une période à l’autre ? Par quelles étapes visibles cette personne est-elle passée ?

L’exemple le plus simple et grand public pour comprendre ça serait de prendre un grand YouTuber comme Cyprien et de comparer sa première et sa dernière vidéo.

La différence est flagrante. Ses premiers essais ont un cadrage pas très flatteur, la construction des sketchs n’est pas aussi remarquable qu’aujourd’hui, et surtout, il est nettement moins à l’aise devant la caméra.

Qu’on aime son contenu ou pas, il est impossible de nier son évolution.  

C’est précisément ce que je ressens avec certaines personnalités de l’esport comme le duo de commentateurs LoL, Chips & Noi, co-fondateur d’O’Gaming.

Ils trouvent toujours le mot juste pour te plonger dans l’action. Ils connaissent la scène professionnelle sur le bout des doigts, ils comprennent précisément quand il faut faire monter la pression ou donner l’information juste.

Bref, ils ont réussi à devenir les bons potes que tu retrouves régulièrement pour regarder les plus belles parties de League of Legends.

Mais si une telle aisance semble naturelle, elle cache cependant un investissement et un don de soi faramineux que peu seraient capables d’imaginer.

Je me suis récemment amusé à redécouvrir les premières vidéos publiées sur la chaine YouTube de Chips & Noi. Ils ne donnaient quasiment aucun nom de compétences, le rythme était inégal, les deux compères offraient peu de contextes (en même temps, difficile sur un jeu si jeune à l’époque), on ressent quelques maladresses… Bien loin du spectacle qu’ils nous offrent aujourd’hui.  

C’est pour cette raison que je suis tout particulièrement heureux de vous offrir cette interview de Noi pour vous faire découvrir en profondeur le métier de commentateur esport à travers son parcours incroyable.

Moi qui ai foulé durant des milliers d’heures la faille de l’invocateur, cette interview a une saveur toute particulière puisque je suis son aventure depuis le tout début avec Chips (ou presque) à l’époque où Warwick était le meilleur choix dans la jungle.

Ensemble, nous sommes revenus en détails sur son activité de caster au sein d’O’Gaming, mais aussi comment ça a changé sa vie.  

Vous le verrez, ses mots transpirent la passion, élément essentiel selon lui pour envisager de suivre ses pas. Il revient également sur les meilleurs moments de sa carrière, mais aussi les pires… sans oublier quelques éloges plutôt fortes sur son compagnon de route, Chips, que nous avons eu le plaisir d’interviewer pour comprendre le système de franchising ici.

Bonne lecture à tous !

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Bonjour Noi, pour cette première question, j’ai envie de revenir un peu en arrière. Il faut le dire, depuis tes débuts de caster, tu en as fait du chemin. Qu’est-ce que tu dirais au Noi de 2011 qui décide de lancer une chaîne YouTube juste comme ça pour commenter des parties de League of Legends ?

La première chose que je lui dirais, c’est : « tu vas en chier, mais ça va t’emmener plus loin que tu ne le penses ». On se dit encore parfois que c’est la blague qui est allée trop loin. À la base, c’est surtout un délire entre copains. C’était peut-être une petite bouffée d’air frais dans l’évolution de mes études qui ne me plaisaient pas. Je faisais une double licence droit/gestion et ce projet était peut-être une porte de sortie.

J’ai voulu me rediriger vers l’audiovisuel avec les vacances de fac qui durent 4/5 mois. C’est un peu l’époque où il y avait les copains qui faisaient des tournages de fin d’études ou qui se lançaient dans des productions audiovisuelles. J’ai dépanné Pomf et BigB sur des tournages en tant que petites mains, mais aussi en régie en « portefion ». J’ai même eu ce titre dans un générique de fin [rires] !

Je devais servir de tabouret à Eric Pochez, directeur artistique, pour qu’il ne tremble pas quand il cadrait. Du coup, j’étais là simplement pour qu’il puisse s’asseoir sur mon dos. Mais c’était super sympa comme ambiance et j’avais adoré.

Je me disais « tiens, c’est quelque chose qui m’intéresse ». Quand O’Gaming s’est lancé, c’était un peu l’idée. Comme il y avait un peu tous les corps de métier présents, je m’étais dit que je me laissais un an pour voir si c’est vraiment quelque chose qui me plaisait.

C’était l’occasion d’apprendre auprès de personnes qui ont de l’expérience et qui sortent d’école. J’ai eu la chance d’avoir avec moi des gens comme benoît Goncalves qui bossait beaucoup avec nous, Webedia, etc. Ils m’ont fait comprendre que l’audiovisuel, j’adorais ça et que, finalement, ce qui était censé être une petite bouffée d’air frais le temps de me réorienter dans mes études, ça a tenu plus longtemps.

D’ailleurs, récemment je regardais une de tes premières vidéos avec Chips où vous commentiez une partie de Doublelift sur Blitzcrank à l’époque de la saison 1. J’imagine qu’à ce moment vous ne vous doutiez pas de ce que vous alliez parcourir comme chemin. Doublelift était récemment en finale du MSI 2019, et toi, tu as monté un des plus beaux projets de l’esports Français. Ça te fait quoi aujourd’hui de te dire ça ?

Le temps passe tellement vite.  C’est arrivé plus ou moins par palier, donc je ne me dis pas grand-chose. Peut-être que je ne réalise pas. On est un peu dans notre bulle chez O’Gaming. C’est un microcosme à part entière qui ne ressemble à rien, apparemment en tout cas, car je ne suis passé que dans une seule expérience professionnelle avant O’Gaming.

J’ai un regard un peu fermé sur le monde du travail. C’est une bulle qui te protège un peu de tout ce qu’il y a à l’extérieur. Tu ne vois pas le temps passer chez O’Gaming.

Tu te réveilles un jour et tu te dis « putain ça fait 10 ans ! ». D’ailleurs, avec Chips, on a 30 ans cette année, déjà !

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En 2011, Chips & Noi ne s’attendaient probablement à l’expérience unique qu’ils s’apprêtent à vivre. Crédits : Chips & Noi

Tu faisais une double licence, tu t’imaginais faire quoi à la place ?

Je me disais qu’il fallait garder le plus de portes ouvertes. Je ne savais pas trop quoi faire, alors j’ai choisi du droit parce que ça couvre énormément de choses. Même idée pour la gestion. Ce sont deux matières qui s’appliquent partout, à tous les métiers et tous les niveaux. Je voulais voir si un truc me plairait en cours de route. Mais il n’y a pas grand-chose qui s’est présenté.

Au-delà de l’aspect purement pratique, c’est quoi pour toi le métier de caster à part « commenter une partie de LoL » ?

Pour bien commenter, il faut aimer ça. C’est la première question qu’on demande chez O’Gaming : « est-ce que tu aimes VRAIMENT ça ? Est-ce que tu aimes ça au point d’y passer la totalité de ton temps ? »

Il y a une différence « importantissime » entre un mec qui fait ça pour passer le temps et celui qui aime ça profondément et, du coup, qui va aller se renseigner, voir les gens du milieu, lire des interviews, regarder des parties supplémentaires et apprécier ça, qui va en parler avec ses collègues, ses amis, confronter son avis en permanence…

C’est ça pour moi qui fera qu’un caster est un bon caster. Commenter des actions qui vont vites, ça s’apprend. Mais commenter en « play by play », c’est différent. D’ailleurs, Chips est sans doute le meilleur de France, peut-être même du monde ! Il n’y en a pas beaucoup des commentateurs comme lui ! Il sait mettre de la tension et retenir l’attention des spectateurs, et pour ça, ça reste un monstre.

Ce qui est important c’est le background, ta culture du jeu et de son écosystème. Il faut comprendre comment il fonctionne. Le joueur que t’es en train de commenter, c’est quoi son histoire ? Quelles sont ses difficultés ? Par quoi il est passé ? Comment il interagit avec son équipe et le jeu ? C’est ça qui va te permettre de commenter.

C’est facile de le faire quand il y a beaucoup de contextes. Ce qui est dur, c’est de commenter tous les jours, même quand, parfois, il n’y a pas grand intérêt. Quand tu es dans le ventre mou de la saison, en 5e semaine et que tu regardes les deux dernières équipes du classement, tu dois garder ton audience captive ! C’est là où ça va être dur et où le bon caster va avancer.

C’est dans le meublage des problèmes techniques que tu reconnais les mecs qui ont de l’expérience et, surtout, qui connaissent leur sujet pour réussir à te raconter l’histoire du jeu/joueur le temps que les problèmes passent.

 

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Au fil des années, Chips & Noi ont acquis une connaissance gigantesque de la scène League of Legends leur permettant d’assurer toutes les situations de commentateurs. Crédits : Chips & Noi

Durant toutes ces années, tu as pu construire une véritable connaissance du milieu et du cast. Quelles sont les qualités nécessaires au-delà de la passion, de l’éthique du travail, de la connaissance du jeu, etc. ?

De la passion et de l’envie va découler tout le reste. Ça va être une étude méticuleuse de ce qui se passe sur le jeu. Aller chercher les interviews, les témoignages de joueurs/coachs, l’état du jeu, de la meta, l’économie, etc.

Il faut se renseigner sur où tu mets les pieds, avant même de comment se joue le jeu. Tout ce qui est autour et qui te permettra de comprendre comment fonctionnent les joueurs. Ensuite évidemment l’étude du jeu, les patchs, la meta, etc.

Après il y a une notion un peu floue qu’on appelle le charisme. L’humour, c’est très important, mais il faut aussi bien sentir son public et leur donner ton énergie etc.

Ensuite, chaque personne prépare ses casts de façon différente. Tu peux être studieux comme Krok ou Gardoum qui auront plein de notes, ou faire comme Chips, qui arrive presque les mains dans les poches, car il a déjà dévoré tout ce qu’il y avait sur le sujet. Je ne dirais pas qu’il y a des processus particuliers, mais commenter, c’est la partie facile du travail.

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Quand tu mets les pieds sous la table pour le live, tu dois être comme un poisson dans l’eau. Quand la draft se lance, c’est le plus facile, car on sait faire et il n’y a plus de pression. Tout ce qui est avant : travail de présentation, de connaissances, du conducteur, du show et sa préparation, c’est là où c’est plus compliqué.

On imagine rarement tout le travail qu’il y a en amont en effet. C’est un sujet qu’on a pu voir avec Karnage, notamment sur la partie production audiovisuelle. Il faut être au point sur tout ce qui se dit, d’autant plus qu’O’Gaming retransmet une grande partie des compétitions (Grosse Ligue, LFL, LEC, LCS, etc.). Tu arrives à suivre tout ça comme tu le voudrais ou tu dois faire des concessions avec un focus particulier sur une ou deux scènes précises et laisser tes autres compères dessus ?

Effectivement, il y a tout un travail de préparation, et d’ailleurs, Karnage nous aide énormément.  Avec Chips, on travaille principalement sur l’édito. Les storylines sont parfois évidentes, mais parfois, il faut aller les chercher et se poser la question : « qu’est-ce qu’on va dire » ?

La construction du preshow se fait ainsi et il faut bien le prévoir en avance en vérifiant les éléments à produire pour le preshow. On le faisait beaucoup plus avant, mais on a réussi à l’automatiser plus ou moins. L’automate étant Karnage. Des fois, je vais même arriver en preshow et dire à Karnage « c’est quoi le déroulé ? ».

Pour le reste, notamment la LCK, je la suis à 80/90%. Je suis un lève tôt, donc dès le matin, je mets ça sur un écran avec les copains qui commentent, quand ce n’est pas moi, mais quoi qu’il arrive, j’ai toujours un œil dessus même si je fais autre chose à côté comme travailler, regarder une série ou jouer aux jeux vidéo.

Je connais les résultats. Je sais si une équipe a bien joué ou non. J’écoute un peu ça comme de la radio, finalement. Ça permet de regarder beaucoup de parties. Bien sûr, s’il y a des matchs importants je me concentre dessus quitte à la revoir une seconde fois.

Au contraire, je n’ai quasiment pas regardé la LPL cette l’année. Cela dit, juste avant les MSI, je regarde des morceaux de jeu ou les playoffs, quitte à ne pas regarder les fins de parties quand il y a 15k gold d’avance.

Désormais, on travaille avec Riot Games. On reçoit de la part de leurs services des éléments géniaux avec énormément d’informations sur les différentes équipes (storyline, descriptions, stats, contextualisation du gameplay, etc.).

En termes de meublage, si tout se passe bien, il faut compter 15 minutes maximum. Ce n’est pas énorme pour donner toutes les infos, donc il faut arriver à distiller tout ça durant les parties et aux moments opportuns.

Karnage me disait justement que Chips et toi sont les plus gros escrocs en termes de meublage. Ça t’est arrivé de te dire « mince, je n’ai plus de balles, qu’est-ce que je fais ? »

Bien sûr ! C’est plus facile de meubler suivant la situation. Chips s’est pris un « triple meublage » de 30-45 minutes pendant le MSI. Ça allait parce c’est du G2-IG et ce sont des équipes qu’on connaît par cœur.

Tu as tellement de storylines que le meublage en devient facile. C’est bien plus dur en LAN avec aucun lien entre deux équipes que tu ne connais même pas. Il n’y a pas 36000 solutions. Soit tu discutes avec le chat, soit tu lances une pub parce qu’il n’y a rien à dire. L’autre solution, c’est de parler complètement d’autre chose, mais on sort du commentaire pour aller sur du streaming.

J’ai envie de rebondir là-dessus. Quel est ton meilleur souvenir de caster aujourd’hui ?

Il y en a pas mal. Forcément, il y a les All-Stars au Zenith où c’était notre première grosse salle de manière officielle pour Riot Games. C’était très difficile de travailler comme ça, mais c’était aussi nouveau pour nous d’être autant guidé.

On devait absolument se caler sur le conducteur des américains qui, parfois, est sur prompteur. Les commentateurs arrivaient vers 7 heures du matin, répétaient leur script, nous, on regardait, on traduisait les textes et on s’entraînait jusqu’à 11 heures parce que tu as seulement 8 secondes de battement !

Tout est chronométré. Si tu es en décalage, t’as un blanc qui est inacceptable ! Tu es sur un rythme où tu n’as pas le droit de te tromper et c’est la première fois que tu travailles comme ça sur des journées de 15 heures. Tu sors de là, tu prends une expérience phénoménale.

Tu comprends comment on doit vraiment travailler et ça te met une énorme claque. Mais on s’en est bien tiré. Les shows de cette taille, c’est un tout autre niveau.

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Le All Star de 2014 au Zénith de Paris, l’un des premiers gros défis de Chips & Noi ! Crédits : Chips & Noi

Beaucoup plus tard, et après beaucoup plus d’expérience, les deux semaines au Dock Pullman pour les « group stages » des Worlds. L’immersion était absolue. Quand tu es là-bas, le monde cesse d’exister. Tout le monde se réunit tous les soirs.

Tu te lèves, tu castes toute la journée, le soir tu te mets une caisse, tu dors 3 heures et tu recommences pendant deux semaines ! Physiquement et mentalement, j’étais au bout à la fin de l’événement. J’ai perdu 7-8 kilos à ce moment-là et suis tombé malade ensuite [rires].

Tu ne t’arrêtes jamais. Mais l’expérience était incroyable, et en plus, on avait une super équipe avec Shaunz, Domingo, Nono… bref toute la famille O’Gaming.

Riot Games nous laissait plus de liberté. On commençait à installer une réalisation à la française avec un public et des moments incroyables. C’était fabuleux, mais la descente était dure !

Et je peux te dire que c’est difficile de se remotiver après ça. Ça nous a bien pris 6 mois, avec Chips, pour revenir aux conditions normales de travail, même si tout est moins sympa voire blasant. Il y a du regret, presque.

J’imagine ! Du coup, quel a été le pire moment de ta carrière ?

Sans hésiter la finale des Worlds 2017 à la Paris Games Week. Je le mets peut-être dans le top 3 des pires moments de ma vie. On peut jeter la pierre à beaucoup de personnes, mais d’abord à nous-mêmes.

On était sous-préparé. C’était un projet avec beaucoup de risques et on n’avait peut-être pas la bonne équipe. Vincent Brazier, directeur de la TV LOL à l’époque, était sur le départ. C’est moi qui récupérais ses fonctions. Karnage n’avait pas encore pris l’importance qu’il a aujourd’hui.

Quand tu es sur scène et que tu dois assumer un massacre technique, c’est très difficile quand tu t’es autant investi et que tu foires le truc. Je peux te dire que tu es profondément dégoûté. Tu commentes un écran noir pendant 5 minutes et tu sens la régie brûler derrière. On était quand même là pour une finale des championnats du monde, et tu ne peux rien commenter.

Pour te dire à quel point c’était risqué, on avait un plan de secours avec des casters et une réalisation prête à reprendre si ça ne marchait pas. Mais elle aussi a foiré ! A la fin de la première partie, rien ne marchait, que ce soit le micro, les casques, l’écran, le stream… la colère était intense.  

C’était une claque. Un enseignement. Maintenant, je sais qu’on ne met pas en danger la qualité d’un projet pour une quelconque opération financière. À aucun prix, point final. C’est peut-être aussi ce qui fait que parfois, Karnage pète autant les boulons quand il a une galère.

Quand on crée un projet et que l’on voit les critiques, que ce soit de notre faute ou pas, on prend vraiment tout à cœur. La première chose qui se passe dans notre tête, c’est qu’on a mal fait notre travail.

Si une erreur est survenue, c’est parce qu’on n’a pas été assez vigilant. C’est de très loin le pire moment que j’ai passé dans l’esports.

C’est une erreur collective, mais il t’arrive d’avoir des craintes ou des doutes personnels qui te font dire que tu n’as pas été bon ?

Oui ça arrive. Mais c’est surtout mon caractère qui fait ça. Sur le 1er preshow de la LFL en Aréna, je trouve que j’ai été médiocre. J’en suis sorti énervé, en me disant que j’ai été nul. Je n’ai pas de problème avec ça, quand j’ai été mauvais, je le dis. Moi je m’en veux toujours beaucoup. Mais ça fonctionne aussi dans l’autre sens quand je sens que j’ai été bon.

C’est important que tu dises ça je pense. Tu as quand même une grande expérience de cast. On pourrait se dire que tout est facile pour toi aujourd’hui.

League of Legends est un jeu compliqué. Parfois, tu analyses mal la partie. Tu te dis que tu n’as pas vu ce qui allait se passer et donc tu retransmets mal ce qu’il se passe. Je peux me dire que je n’ai pas été dynamique, j’ai bafouillé, j’ai bégayé, j’étais stressé, j’ai eu du mal à rebondir sur ce qu’a dit mon co-caster… Il y a plein de facteurs différents et ça peut arriver à n’importe quel moment. C’est la vie. Il ne faut pas se formaliser là-dessus.

Est-ce que tu as de petites habitudes ou des rituels avant chaque session de cast ?

Ca dépend un peu des casts. Est-ce qu’on est sur de la saison régulière ? De l’offline ? Il y a différentes façons de se préparer. Typiquement, pour les Worlds et la finale à Bercy, il y a toute une farandole de choses que je vais faire et que je ne ferais peut-être pas en temps normal.

Je suis fumeur. Pour l’occasion, je vais peut-être arrêter pendant deux semaines ou réduire ma consommation et essayer de sauvegarder ma voix en faisant aussi des vocalises. Généralement de façon systématique, je bois une boisson chaude pour la gorge. C’est purement de la préparation physique. Et bien sûr, j’essaie d’avoir un rythme de vie sain.

C’est très physique de commenter 4-5-6 heures à pleine puissance dans le cadre du offline. Tu sues sous les projecteurs, tu as une dynamique à exercer, notamment les postures de corps, etc. Il te faut une bonne hygiène de vie, c’est primordial. Ce sont des choses basiques qui doivent s’appliquer à tous les métiers existants.

Sinon pour les Worlds, on va aussi revoir toutes les parties en groupe. Là où pour le match lambda, généralement tu es bien dans ta routine et il suffit de savoir ce qu’ont fait les équipes dans leur saison. Sinon il y a trop de volume à cast pour être parfait en saison régulière. Sur les grands rendez-vous, tu as plus ou moins une seule compétition sur laquelle te concentrer donc tu dois connaître parfaitement les matchs.

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Force tranquille en apparence, l’équipe de cast, et particulièrement Noi, se prépare profondément pour assurer la qualité de l’événement. Crédits : Chips & Noi

On voit l’envergure du travail et tu le disais, il faut « vivre » le cast. Comment tu gères ton quotidien et notamment ta vie personnelle avec tout ça ?

Ce n’est pas toujours facile. Moi ça fait 8 ans que je suis en couple, donc je dirais que ma copine a eu le temps de s’adapter à mon rythme, un peu chaotique. Je travaille le soir et les weekends. Mes jours de congé sont le lundi/jeudi avec la LFL maintenant. Mais à l’époque, ce rythme était un peu à contre sens, mais ça s’accordait bien avec sa vie d’étudiante.

Aujourd’hui, on peut dire qu’elle a des horaires « normaux », mais moi, ma journée de travail commence parfois à 15-16h. Quand il faut se caler sur l’Amérique du nord, je dois démarrer à 23h et me coucher à 8h du matin. Forcément, tu es décalé.

Certains prennent le pli, d’autres non. Il n’y pas de formule secrète. C’est la vie qu’on a choisi de mener. On ne va pas se plaindre. Ce n’est pas le travail le plus horrible du monde, mais tu oublies un peu la notion de temps.

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Les jours fériés, je n’en ai jamais fait. C’est pareil pour les vacances scolaires. Juin-Juillet, on est en pleine saison. Donc tu pars en novembre ou décembre, quand personne ne l’est. C’est limite si tu pars en vacances entre commentateurs [rires] !

Le plus dur, c’est quand il y a beaucoup de changements d’horaires. Tu dois commencer la Corée à 8h du matin, le mardi et le mercredi, tu vas aller à la LFL pour 18h et puis samedi, tu dois faire l’Amérique à 3 heures du matin.

Tu es sur tous les créneaux horaires à la fois. C’est compliqué de se recaler en permanence. Je ne suis pas un gros dormeur donc je m’en sors, mais t’es souvent entre deux eaux.

Je voulais justement t’emmener sur le côté ingrat du métier de caster. J’imagine que cette notion-là peut y être amenée. Vous avez créé votre propre écosystème sur O’gaming, mais pour des casters qui font le tour du monde, j’imagine que cette notion d’horaires est encore plus renforcée.

Quand tu voyages, tu es plus ou moins dans le créneau horaire des autres. Tu es dans le bain, même avec le jetlag. Là on ne voyage pas. Les autres bougent, mais toi non. Tu vas devoir te décaler par rapport aux autres et non l’inverse.

Un des problèmes, c’est le samedi et dimanche où tu travailles ton cast. Si tu veux faire d’autres choses, comme répondre à des mails ou faire de la production, personne ne te répond… À l’inverse, tu ne réponds pas le lundi, parce que c’est ton jour de repos ! Tu es même décalé par rapport à tes propres collègues ! De la même manière que tu ne me verras pas aux locaux avant midi, sauf cas exceptionnel.

Est-ce que c’est, ingrat ? Je ne sais pas… Ce qui doit l’être, c’est plutôt le métier de technicien. En tant que caster, tu as un public qui te donne immédiatement de la reconnaissance. Le vrai boulot ingrat, c’est celui des personnes derrière qui se tapent 6 heures de travail avant le show et 3 heures de plus après. Ce sont les premiers arrivés et les derniers partis et en plus, ils n’ont aucune reconnaissance. Personne ne va dire « elle est très bien posée cette lumière ». Les gens ne voient pas tout le travail qu’il y a en amont. Les horaires sont encore plus « schlagues » en plus !

Certes, mais en tant que caster, tu es sous les projecteurs donc tu es plus critiquable sur ce que tu fais toi ou mes techniciens. Ça t’est déjà arrivé de te dire que tu te prenais trop de critiques alors que tu ne pensais pas forcément le mériter ?

Oui, il faut s’y habituer. Parfois, tu prends des choses très personnellement. C’est toi qui assume publiquement tout ce qui se passe mal et qui doit temporiser et expliquer le pourquoi du comment. On sait que ce n’est pas de ta faute directe. C’est pour ça que je suis beaucoup plus détente quand je commente des tournois qu’on ne produit pas. Quand tu as des problèmes qui viennent de chez nous, là je prends tout pour moi. Mais ça, c’est parce que je suis impliqué donc c’est en partie de ma faute.

En tant qu’O’gaming, on assume les problèmes d’O’gaming. Mais il y a déjà eu des événements où on intervenait que sur le cast avec un « shitstorm » gigantesque. Rien ne marche et le tournoi prend 6-7 heures de retard. Les mecs courent partout en nous disant qu’ils étaient désolés. De mon côté, j’étais plutôt « c’est chiant pour vous, nous on est là, s’il y a besoin de reprendre n’importe quand, on ne bouge pas, on reste là ». Au final, je passais mon temps à lire des mangas sur mon téléphone [rires] !

Que ce soit moi qui ai fait l’erreur ou non, j’ai quand même autorisé à ce que l’erreur se produise quand c’est une production O’Gaming. Là je le prends pour moi personnellement. Si un projet est un échec sur la chaîne LoL, c’est sur moi qu’on viendra taper et j’en aurais la responsabilité.

En plus, les spectateurs sur le chat ou les réseaux sociaux assimilent ces problèmes à la personne qu’ils ont en face d’eux et c’est normal. Donc je prends les balles.

Est-ce qu’à un moment tu t’es senti un peu trop dans ta zone de confort, notamment au début de ta carrière ? As-tu senti ce besoin d’en sortir pour faire évoluer ton métier de caster ?

On est dans notre zone de confort en ce moment. Avant, elle variait, surtout dans nos anciens locaux où l’équipement bougeait tous les jours. Maintenant on est installé confortablement. Je peux te promette que le plateau de LoL, en période de MSI, le premier qui touche à une caméra, il a une très bonne raison de le faire.

Il sait que tout doit être remis à sa place aussi sec. La dernière fois que c’est arrivé, sans qu’on soit prévenu, il y a eu du sang dans les mails [rires]. C’est rarissime que ça arrive. Karnage aura très bien fait le travail, et si quelque chose arrive, souvent, c’est parce que c’est hors de notre contrôle.

Comme par exemple, un transformateur qui grille sur scène ou l’électricité qui saute sur l’ensemble du quartier ! Là tu ne peux même pas t’en vouloir, c’est un cas de force majeure.

Une fois, les trois fibres ont sauté en même temps ! A part ce genre de problème il ne peut pas y avoir de choses gravissimes… Le reste, ce sont des soucis mineurs facilement gérables. Là où tu sors de ta zone de confort, c’est quand tu dois bouger de setup.

C’est des montages très compliqués où tu as beaucoup de paramètres que tu ne maîtrises pas forcément.

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L’arrivée des nouveaux locaux O’Gaming a fait du bien à l’équipe de production. Crédits : O’Gaming

Pour le reste, chaque public est différent. Il faut arriver à le « conquérir » à chaque fois en le mettant en confiance pour qu’il passe un bon moment. Même lors du MSI, l’an passé au Zenith, je ne dirais pas que je suis sorti de ma zone de confort ! On l’avait déjà fait donc on avait une très bonne équipe et l’accompagnement était super.

Là où ça va être le cas, ce sera certainement pour les Worlds à Bercy. C’est un autre niveau de pression. D’ailleurs, je me fais encore charrier par mes collègues qui me rappellent mon intro à Bercy lors de la finale du summer split en 2017.

J’ai envie de m’arracher les oreilles en la réécoutant ! Je me suis détesté pendant deux mois pour ça. Maintenant, quand on veut me la fermer, on rigole en disant « hey ! 4 fois champion du monde !» et ça marche [rires].

Là, je suis sorti de ma zone de confort et je l’ai mal fait. Maintenant, ça reste rare avec notre expérience. On commence à avoir tout fait. J’aurai dû en garder un bon souvenir, mais finalement, je me souviens uniquement que j’ai été nul. J’ai tendance à m’en vouloir.

Est-ce qu’il t’arrive de regarder ce que les autres casters font et de t’en inspirer ? Que ce soit du LoL ou un autre jeu, du cast français ou international, etc. ? Je pense aussi à d’autres univers en dehors de l’esports.

Je regarde pas mal ce qui se fait ailleurs effectivement. Est-ce que je pourrais dire qu’on s’en inspire ? Pas vraiment. Après j’aime bien écouter d’autres casts parce que j’aime l’esports, tout simplement.

La dernière fois que j’ai apprécié un événement et ses commentaires, c’était celui d’Overwatch en France pour la coupe du monde à La Défense. Tout était impeccable. Ce que je vais chercher là-dessus, c’est des insights que je n’ai pas.

Notamment pour LoL, des personnes comme Papa Smithy en Corée, car il est sur place et connait parfaitement la scène et ses « potins ». Ça me permet de comprendre toujours mieux l’écosystème.

Pour d’autres casts, dans d’autres langues, je ne vais pas dire que c’est mieux ou non, mais ils sont différents. D’ailleurs, le cast anglais, il est très bien sur plein d’aspects, mais je n’aurai pas envie de faire le même.

Ils sont obligés d’être plus lisses et consensuels. Ils sont obligés de dire du bien des matchs, alors que parfois, à mon avis, ils ne le pensent pas. Certains surjouent un peu trop.

Cela dit, il y a un truc qui ressort, notamment avec les casters Riot Games LCS ou LEC, c’est qu’ils font des cours de diction voire de théâtre. D’ailleurs, c’est scandaleux qu’on ne l’ait pas encore fait.

Par nous-même, au fil du temps, on s’est pas si mal dépatouillés, mais on est peut-être arrivés au maximum de ce qu’on pouvait apprendre seuls. Si on voulait progresser, on aurait besoin d’un professionnel qui nous explique à quel moment on ne place pas bien notre souffle, comment mieux gérer notre posture, etc.

C’est le genre de conseils que j’irais chercher et que font beaucoup mieux des broadcasts officiels. Ça fait plus propre et tu sens que, derrière, ils ont travaillé et appris à faire ça. Je pense que c’est ce qu’il nous manque pour progresser. Avec Chips, on veut s’améliorer sur toutes ces choses.

La notion de progression est hyper importante, surtout quand on sait que vous êtes là depuis le début. En 2015, vous avez commencé à séparer le duo chips/Noi. Vous souhaitiez créer plus de combinaisons possibles avec d’autres casters. On peut penser à des personnes qui vous ont rejointes dans le crew O’Gaming. Comment vous gérez cette gestion et les choix des duos pour chaque match ? Surtout, comment peut-on faire cohabiter différents profils ?

À chaque rendez-vous important, c’est le seul moment où on n’est pas d’accords avec Chips. Ce n’est pas une dispute, mais il y a des discussions [rires].

La question est « qui doit cast les gros matchs ? ». Qui fera la demi-finale IG contre G2 ? Qui fera la finale ?

Pour la saison régulière, tout le monde est polyvalent chez O’gaming. A cause des emplois du temps et de la masse de compétitions, tu dois savoir tout faire. Dans ces cas-là, tu prends ceux qui sont disponibles. On n’a pas de vrais « analystes » chez O’Gaming, comme Duke par exemple. Pour l’être, il faut bosser avec une équipe au jour le jour et ça doit être ton boulot, même si Duke est coach principalement.

Il faut avoir vécu avec des équipes et être allé très loin dans la compréhension du jeu. Même nous, on ne passe pas assez de temps et ce n’est pas notre vocation d’être aussi précis. C’est là où un Duke, pendant le MSI, va apporter une expertise inatteignable pour nous, même si on le voulait !

Comment on répartit les gros matchs ? Plus tu avances dans les grosses compétitions, plus tu as de casters par match. Il faut faire la part des choses entre ce qui est le mieux pour le public et pour le show ainsi que la partie « récompense ».

Nos casters ne sont pas payés rubis sur ongle. On ne paie pas comme Bill Gates et un commentateur qui a travaillé dur toute l’année comme un Gardoum, qui est l’exemple parfait, qu’est-ce que tu fais ? Le gars est toujours disponible, il est sympa, dynamique, toujours à l’heure et en plus, il n’a pas peur de faire 15 heures de suite. Tu sais que tu peux compter sur lui. En d’autres mots, c’est le mec fiable. Forcément, tu as envie de le récompenser.

Est-ce que c’est le meilleur des commentateurs ? Il est très bon, mais va-t-il hyper un match G2-IG aussi bien que le ferait Chips ? Non.

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Sera-t-il aussi analytique que Duke ? Non plus. Donc sur quoi tu veux mettre l’accent ? Tu veux mettre de l’émotion avec une intro de game de finale à Bercy ? Du coup, je pense que je la commenterais avec Chips, car on est là-dedans. On sait qu’ensemble, on est très bons. Dans ce cas, tu prends la place de qui ? Est-ce qu’en analyste, tu peux prendre la place de Duke ? Non plus.

Si tu veux mettre le meilleur cast pour ce match, même si Gardoum est bon, tu ne le mets pas forcément. Est-ce que c’est juste pour autant ? Bien sûr que non, car il a bossé toute l’année comme un malade. Au moment où tu as le truc le plus sympa qui arrive, tu lui dis « non, ce n’est pas pour toi ».

C’est toujours un arbitrage au mérite. C’est précisément là où avec Chips, on n’est pas d’accords. C’est très dur chaque année, mais on le sait, il y a toujours des déçus.

Tu ne vas pas faire passer huit commentateurs en 3 parties. Alors, tu passes sur 4, donc, qui tu mets ? C’est ça la question.

Il te faut un analyste, mais Duke le dit lui-même, il ne commente pas de l’année car il est coach chez Splyce. Du coup, il prend le rôle d’externe qui arrive et qui prend la place d’un Gardoum qui a tout donné sur l’année.  

Il faut que la personne mise de côté comprenne que ce n’est pas contre lui, mais plus pour le show. Chips et Duke, c’est un duo accompli. Ils apportent l’analyse et la hype. Tu couvres absolument tous les aspects d’une partie.

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L’organisation des casts sur O’Gaming peut s’avérer complexe, notamment lors de grands événements. Crédits : O’Gaming

Que penses-tu aujourd’hui du renouvellement des casters, notamment sur LoL ? Que ce soit toi, Chips, Tweekz ou même Nono. Ça ne bouge pas énormément depuis ces nombreuses années. A quoi est-ce dû ? Manque de compétences ? L’offre ? Le marché ?

C’est un peu tout ça en même temps. Le jeu est vieillissant. En termes d’acquisition de nouvelle fanbase, ce n’est pas le numéro 1. Les nouveaux joueurs iront plus vers Fortnite. En terme de sang neuf, il n’y a donc pas un renouvellement fabuleux de la scène.

Après tu peux toujours trouver une pépite, mais de nos jours, qui quitterait son travail ou sa situation pour aller commenter du LoL de façon précaire pour une paye qui n’est pas incroyable dans des conditions où tu sais que t’as ton trou à faire pour percer ? Qui a envie de faire ça ? Ca réduit beaucoup de candidats…

Ensuite qui peut le faire vraiment ? Des commentateurs, on en cast assez régulièrement et parfois, ils partent de trop loin en termes de connaissances de jeu. Si tu n’as pas suivi la scène de façon active, tu as déjà 10 ans d’histoires à rattraper et ça se sent très profondément !

Si tu ne connais pas tes matchs-up ou les enjeux de la partie, tu as du mal à commenter l’action. Ce n’est pas fabuleux. L’apprentissage est long et douloureux. Tu vas te prendre toutes les pires parties, ou presque. On est déjà pas mal de commentateurs, et certains essaient déjà d’avoir plus de piges et récupérer tout ce qui passe.

Quand tu es en dernier et qu’il ne te reste pas grand-chose, ça ne te permet pas d’en vivre. Il faut faire autre chose en supplément. Ca réduit encore les candidats. Il y a pas mal de barrières à l’entrée. C’est dur de trouver de nouvelles têtes. Aujourd’hui, on chercherait des analystes par exemple, c’est ce qui nous manque un peu. Mais ça reste beaucoup d’investissement pour un avenir très incertain.

Tu l’as dit, le public de LoL est vieillissant. Avec le rebranding de la LEC ou des LCS, vous continuez toujours à battre vos records d’audience. Pourtant, ça t’est déjà arrivé de te dire « je vais devoir changer de jeu ? » ?

Oui, mais je n’ai pas la réponse ! Imaginons que LoL s’éteigne paisiblement comme le fait actuellement SC2 [rires], commentateur, c’est 50% de mon temps de travail. Le reste c’est de la gestion, de l’édito, de l’accompagnement ou de la production.

Je pourrais toujours rester derrière la caméra. Mais est-ce que j’aurais envie de me réinvestir sur un autre jeu ? Je ne vais pas me forcer à commenter pour commenter. Avec un peu d’adaptation, je pense que je pourrais commenter à peu près n’importe quoi.

Ce qu’il faudrait, c’est réapprendre l’histoire du jeu. Je ne sais pas si j’en aurais envie et, aujourd’hui, je ne sais pas vers quoi m’orienter. Il parait que le Talk Show, ça marche bien en ce moment [rires].

Être Noi t’offre un passe-droit, tu penses ?

On a l’expérience et la légitimité sur du League of Legends. On connait bien le milieu et on s’entend très bien, donc oui. Si on annonçait qu’on arrête de commenter du LoL pour commenter du Overwatch, on serait les bienvenus.

Après c’est toujours pareil. Tu prends la place de qui, si place à prendre il y a ? Typiquement, je ne vois pas ce que j’irais y faire même si ça me plairait. Ils n’ont pas besoin de moi. Même chose pour SC2.

Actuellement, dans les jeux esports que l’on connaît, il n’y a pas beaucoup de trous à faire, sauf si un jeu majeur arrive dans les prochaines années. Si LoL meurt demain, j’en profiterais pour faire de la production pendant 6 mois et souffler un peu.

C’est difficile de prédire l’avenir, mais en début d’interview, tu as parlé à ton Noi du passé. Si tu devais parler à ton Noi du futur, tu lui dirais quoi ?

Est-ce que tu en as chié ? Est-ce que c’est encore aussi dur ?

Le Noi amélioré du futur, il serait comment ?

Je lui dirais de bosser plus quand même. Aujourd’hui, il se la coule douce donc il doit remettre les mains dans le charbon [rires]. On est en rythme de croisière là, même si on arrive dans les Worlds. Après je dis ça, mais si ça se trouve dans deux semaines, je vais vomir du sang ! [rires].

On vient quand même de passer le Spring Split le plus cool depuis que j’ai commencé à caster. On est rôdé en interne et il y a beaucoup de choses qu’on ne gère plus, comme les plateaux ou certains problèmes de fonctionnement.

En réalité, Karnage, c’est un peu le messie. Il abat une charge de travail incroyablement fabuleuse. Il m’a permis de retrouver une vie sociale ! Tu mets les pieds sous la table et le repas est servi.

De temps en temps, tu as un petit coup de rush et tu te retrousses les manches pour une grosse semaine. Le reste, c’est plus de la détente. Avant c’était le rush 300j/an.

Donc, je lui dirais d’arrêter de se la couler douce. On sait que Bercy arrive depuis un an et dans deux mois, toutes les marques vont se réveiller pour les Worlds. Tout d’un coup, tu as 25 trucs qui vont tomber en plus du rythme de la compétition. C’est sûr, on va en chier. C’est quasiment mathématique.

Le Noi du futur a intérêt de se préparer ! Pour conclure aurais-tu un dernier mot pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans le cast ?

Ceux qui veulent se lancer dans l’esport en partant de 0 sans connexion, ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Continuez votre cursus et commencez à bosser dans l’esports.

L’esports recrute de tous les métiers du monde mais l’inverse n’est pas vrai. Tous les métiers du monde ne recrutent pas de l’esports.

Vous aurez plus de valeur dans l’esports avec des compétences en plus, qui ne sont pas celles que tu veux appliquer dans l’esports.

Typiquement, un streamer aura plus de valeur s’il a des compétences en audiovisuel, son, lumière, etc. Un commentateur, c’est presque pareil. On va te recruter pour tes compétences ou parce que tu as un CV intéressant. Tu sais comment travailler.

Il faut mener ces deux choses de front. Ensuite il va falloir bosser dur et accepter de se remettre en question. L’ego gâche un peu tout ça dans l’esports.

C’est le plus grand défaut de l’homme de ne pas se dire « c’est ma faute, comment je m’améliore ? ».

Sans cette réflexion, tu ne progresses pas. Il faut accepter la critique, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Il faut la comprendre et l’accepter, même une critique de chat Twitch aussi basique soit-elle, il faut comprendre le point de vue de la personne derrière.

Tu as toujours un gars qui te dit que tu commentes mal. Parfois, c’est quelqu’un qui ne comprend juste rien au jeu, d’autres fois, est-ce que c’est toi qui a tort ou qui a mal expliqué ?

Il faut confronter son avis et comprendre ce que tu as fait de mal. C’est comme ça que j’ai bien démarré. Je suis parti du principe que je ne connaissais rien, tout du moins dans l’audiovisuel. J’ai eu la chance d’avoir des personnes qui avaient de l’expérience et je pouvais me dire « ok, je vais me tromper, explique moi où pour que je ne refasse plus la même erreur ». Il faut garder l’esprit ouvert.

Quand quelqu’un arrive avec cette mentalité, tu ne peux pas être en colère contre lui. Personnellement, j’ai plutôt envie de lui tendre la main. C’est la meilleure façon d’avancer.

Merci Noi !

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Mon interview de Noi touche à sa fin !

J’espère que celle-ci t’en aura appris bien plus sur Noi, mais aussi sur le métier de commentateur esport.

Avant de quitter l’article, voici x leçons à retenir de cette entrevue :

  • Pour devenir caster, tu as besoin d’aimer profondément ça et être capable d’y passer la totalité de ton temps. Ce n’est pas une activité que tu peux faire « à moitié ».
  • C’est dans le meublage que tu reconnais les bons commentateurs esport, car c’est là où ton expérience et la connaissance de ton sujet se révèlent.
  • La compréhension du jeu ne suffit pas pour être à l’aise en cast, il faut également se renseigner profondément sur les acteurs de la scène, les joueurs professionnels et leurs histoires…
  • Comme le rappelle le titre de cette interview, commenter, c’est la partie facile du travail. Avant ça, il est nécessaire de réfléchir au fil conducteur de ton cast, comprendre comment construire un show et comprendre comment attirer l’attention des spectateurs avec un bon travail éditorial.
  • Tout comme Noi, il faut t’informer de façon permanente pour rester actuel et pertinent dans les prises de paroles.
  • Le métier de commentateur esport peut offrir des expériences incroyables, comme Noi l’a vécu dans des endroits magiques comme le Zénith ou au Dock Pullman, mais ça demande également une énergie incommensurable.
  • L’esport est international, et à ce titre, il faut être prêt à se conformer aux horaires parfois difficiles, ce qui peut empêcher une bonne hygiène de vie.
  • Comme le vit Noi au sein d’O’Gaming, la gestion des commentateurs esport est parfois difficile, notamment lors de grands rendez-vous. Plus que jamais, il est nécessaire de faire preuve de patience pour grimper les échelons.
  • Enfin, et Noi le rappelle encore une fois très justement, il faut faire attention avant de se lancer, car les places peuvent parfois être difficiles à obtenir. Des jeux comme League of Legends ou Overwatch sont des scènes « bouchées » par de nombreux talents déjà en place. La sécurité est donc de mise !

C’est tout pour cet article !

Si elle vous a plu, n’hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux et à suivre Noi sur Twitter, si ce n’est pas déjà fait. 

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