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Krok : « Je veux donner la voix aux spectateurs »

Par Lenaic Leroy
Krok : Je veux donner la voix aux spectateurs

Créateur de contenus d’analyses de la scène League of Legends, Krok est l’un des pionniers du secteur.

Tout comme ce blog tente de décrypter les mécanismes inhérents à l’esport et au divertissement, Krok cherche à comprendre la scène. Grâce à des formats innovants et adaptés, il transmet cet intérêt et suscite l’engouement de la communauté.

Une nouvelle fois, nous allons nous intéresser à la production d’un contenu innovant. Krok est depuis longtemps maintenant dans le secteur et il n’a jamais quitté sa scène de cœur : League of Legends. 

Nous avons eu l’occasion d’échanger avec lui, il y a de ça 4 ans. Une première interview de Krok consacrée à l’usage des chiffres à retrouver sur le site. 

À l’époque, Krok s’intéressait avant tout à ce travail de data et au cast qu’il avait déjà entamé depuis 2014. En 2019, il développe des premiers formats indépendants, le plus célèbre étant le podcast Push to Talk. Pour Krok, c’est un enjeu, alors qu’il se lance en indépendant, mais aussi une ambition qu’il porte en lui depuis ses débuts. 

On le sait un peu moins, mais avant de se lancer dans le cast ou chez Panda Score, Krok avait son blog et écrivait déjà ses analyses de la scène, comme quoi il n’y a pas de fumée sans feu. 

Le format écrit, il ne le pratique presque plus aujourd’hui. Krok s’exprime avant tout sur Twitch, par ses VOD ou encore sur les plateformes d’audio-diffusion et les réseaux sociaux. Un enjeu majeur, la transposition du contenu vers tous ces réseaux pour répondre à différents besoins autour d’un même thème. 

Une interview qui a été réalisée sur la chaîne Twitch de Krok et qui permet de comprendre son engagement et sa relation à la création de contenu. Une réflexion aussi, sur l’appréhension des plateformes et sur le rôle central de Twitch, pour fédérer les fans d’esport autour du créateur. 

Separateur webp

Salut Krok, très content d’être sur ta chaîne Twitch pour cette interview. Quand on regarde ton parcours, tu as toujours voulu faire de l’analyse, tu veux bien en faire la rétrospective ? 

Je viens des métiers de la communication, je suis un curieux de base. J’étais intéressé par le journalisme, mais je ne me suis pas engagé sur cette voie. Cependant, j’ai créé un blog dès 2011. Lorsque j’ai découvert l’esport et League of Legends, j’ai su que je ne serais pas un grand joueur, mais j’avais pressenti qu’il y allait avoir beaucoup de contenu à créer autour. 

Avec l’arrivée des premiers mondiaux, j’ai réalisé qu’il y allait avoir des histoires à écrire autour des joueurs et de leurs équipes. Je ne savais pas encore ce que, moi, j’allais construire, mais j’avais une bonne idée de ce qui pouvait être fait. En 2014, j’ai rencontré Chips et Noi. Je ne voulais pas forcément commenter du jeu, mais créer ce contenu additionnel sous forme d’émissions, de podcast, car je pensais déjà que les gens y accorderaient autant d’intérêt que pour le jeu en lui-même. 

À l’époque, le business model ne permettait pas d’être rémunéré pour ce genre de contenu. Être payé pour commenter une partie, c’était possible mais le reste était hors d’atteinte. 

Dans les contenus auxquels tu participes, on retrouve tes productions, mais aussi tout un travail de co-production ou de conseil qui se distinguent. 

Aujourd’hui, ça dépend sur quel aspect j’opère. Il y a tout ce travail sur la Division 2 où je participe à la réalisation de la ligue en amont et pendant, tout en conservant mon rôle de caster. J’encadre le media day, je réalise des interviews, je prends la température, mais aujourd’hui la casquette de caster est entièrement dédiée à cette division 2. Le reste du contenu que je produis est indépendant, ou en collaboration avec d’autres personnes. 

«En 2019, j’ai réalisé qu’il ne fallait pas juste regarder les autres faire.»

Actuellement, j’ai Radio LFL / LEC avec Duke, j’ai Hashtag Analyse avec l’équipe d’OTP et les Cafés Krok sur ma chaîne Twitch. Il m’arrive d’avoir des à-côtés ponctuels. Pour la Société Générale, j’avais fait des pastilles sur le mercato ainsi que des contenus avec Logitech dans Ultra Late Game.

Des contenus très différents qui n’ont pas tous la même vocation, mais qui ont tous participé à me faire grandir. Il y a eu Push To Talk qui pourrait revenir bientôt et qui a permis de me lancer dans la production de contenu autonome. En 2019, j’ai réalisé qu’il ne fallait pas juste regarder les autres faire ; il fallait produire, car c’était l’héritage que je laisserai derrière moi. 

Ce déclic en 2019, il est intéressant. Tu n’étais pas totalement passif avant. Tu avais un rôle d’observateur, de conseiller, principalement dirigé vers les professionnels. 

Ça, c’est ce que j’ai appris à faire dans ma formation. J’ai un Bac+5 en intelligence économique et en communication stratégique. Un de mes rôles préférés, c’est de conseiller et d’accompagner. Je l’ai fait avec l’incubateur de Poitiers, avec celui de Paris ou encore avec Flavien chez Panda Score pendant 2 ans. 

Cependant, j’ai compris que j’allais devoir m’accompagner moi-même si je voulais pouvoir suivre les autres. Je navigue entre ces facettes encore aujourd’hui. 

Malgré le développement de la scène, du côté de la création de contenu, il n’y avait pas une grande diversité dans les propositions ?

C’est les années où la télévision s’intéresse à l’esport. On voit beaucoup d’émissions, le Canal Esport Club, BEINesport, cette période de profusion de contenu de qualité auxquels je ne participe pas beaucoup. 

C’est une période de vulgarisation du contenu pour le grand public, mais on propose assez peu de contenu pour ceux qui sont déjà intégrés au secteur. Dans ce contexte, comment est-ce que tu envisageais de réaliser ta première émission ? 

La réalité, c’est que je vois tous ces projets, et je vois que beaucoup d’entre eux s’effondrent rapidement. Je me dis qu’il faut produire quelque chose qui me passionne et pour moi, c’était déjà Push to Talk. À ce moment-là, ça fait des années que j’ai un brouillon avec un projet d’une émission qui ne parle que de League of Legends. Il y avait des trucs autour du jeu et des nouveaux patchs, d’autres autour de l’esport, de la blague ou des saynètes qui serait l’équivalent à l’époque de Bref ou de Broute maintenant. Un format où l’on s’amuse de situations dans le jeu ou dans le secteur pris en dérision.

Krok caster Division 2

Très tôt dans sa carrière, Krok se tourne vers le cast et apporte une dimension analytique très forte.

Cette émission n’a jamais vue le jour, car c’était trop de temps, trop d’investissement. J’ai toujours essayé de trouver la balance entre faire quelque chose de réaliste et pouvoir manger à la fin du mois. Ça a été un vrai défi, car en 2019, je viens de quitter Panda Score et je dois trouver des solutions pour vivre de mon statut de créateur indépendant. 

Avant de créer Push to Talk, on voit naître quelques ébauches comme Planète LOL. À ce moment-là, tu es dans une dynamique de création ?

J’ai pensé que le streaming était le meilleur moyen d’expérimenter sur ce que j’aime faire. Je ne voulais pas attendre d’avoir des moyens techniques et financiers pour un réalisateur, un plateau, une équipe et des invités. La réalité c’était de se faire plaisir à mon échelle, d’arrêter de regarder les autres faire. J’ai décidé de prendre le temps de faire les choses. Je ne suis généralement pas dans l’exécution, mais j’adore imaginer de nouveaux trucs. 

Planète LoL était déjà une itération d’un contenu à valeur ajoutée qui me semblait ne pas exister. J’avance alors à tâtons et j’ai du mal à garder le concept sur une longue durée. Je regarde surtout qu’est-ce qui plaît ou déplaît au public. 

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C’était un critère majeur dans ton appréhension de tes productions ? 

Pas uniquement. Une fois que le concept me semble bien, j’ai souvent envie de laisser quelqu’un d’autre prendre la place. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la réflexion pour aboutir au résultat. Aujourd’hui, les choses ont changé, car j’ai trouvé la bonne balance avec Radio LFL. 

Fin 2019 arrive finalement Push to Talk, ta première émission en format podcast. Comment est-ce que tu envisages ce projet, combien de temps avant de voir le premier épisode sortir ? 

Push to Talk vient de mon réseau dense de joueurs, de créateurs ou de coach. C’était trop dommage de ne pas entendre toutes les belles choses qu’ils avaient à raconter. Je voulais les entendre, alors pourquoi pas le public ?

Durant la période du mercato 2019, je voulais parler de la nouvelle équipe de Hans Sama et je fais le lien : pourquoi ne pas directement parler de son parcours ? 

À l’époque, j’écoute des podcasts qui dessinent des portraits en prenant le temps de revenir sur certaines étapes de vie. J’ai la conviction, que ces joueurs partagent une certaine vérité et une interrogation sur leur psychologie, leurs attentes du secteur. C’est avec cette envie ethnographique que je lance l’émission. 

Je demande à Dafuq de me réaliser une direction artistique qui corresponde à une ambiance chaleureuse pour l’émission. C’est le premier projet dans lequel j’ai investi de l’argent sans savoir si la somme allait me revenir, mais avec l’idée qu’il correspondait à mes attentes. 

Tu le sais comme moi Krok, l’interview de joueurs n’est pas l’exercice le plus simple. On ne parle pas des acteurs les plus loquaces de la scène. 

Ce qui a fait le succès de Push to Talk, c’est le travail de préparation en amont des interviews. Je connaissais beaucoup de choses sur eux et leur parcours, et ils étaient souvent étonnés par la quantité de choses que je voulais partager avec eux. Je vais chercher des choses chez eux, dans un passé qui a été éludé par leur succès plus récent, qui a su plaire et donner envie de s’investir dans l’émission. 

Ces joueurs et créateurs ont très peu de temps pour prendre du recul, je pense que c’est plaisant à faire avec moi pendant une heure. Commencer avec Hans Sama qui a été un véritable parrain de la première saison, cela a été une possibilité incroyable pour l’émission. Autant pour moi que pour eux, c’était un très bon moment. 

Le choix de faire de Push to Talk un podcast et pas une émission live, c’est un choix assumé dès le lancement ? 

La réalité, c’est qu’à l’époque je suis encore un peu néophyte dans la réalisation d’un stream. Je commente déjà, mais je n’avais pas lancé de stream de mon côté. Une deuxième réalité plus subtile, c’est le calendrier. Je pouvais réaliser l’enregistrement à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et certains joueurs avaient des emplois du temps bien serrés. Je m’en rends d’autant plus compte aujourd’hui avec une émission qui reçoit chaque semaine un invité en direct. 

C’était une question pratique et une facilité logistique qui me semblait plus adaptée. L’échange comme on le fait actuellement, entre nous, il n’invite pas les spectateurs à interagir. 

Trois saisons pour Push to Talk, un arrêt fin 2020. Comment est-ce que tu envisageais l’évolution du format ? 

J’hésitais à reprendre, mais il y avait un certain nombre de personnes dans la communauté qui en voulaient plus. J’ai retravaillé le concept et développé une seconde saison. La première saison, elle est réalisée avec des gens avec qui je suis à l’aise, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises. La seconde glisse progressivement vers les créateurs de contenus ou des gérants d’équipes. Je cherche des joueurs que je connais moins, je quitte les sentiers battus. 

Push to talk

Dans Push to Talk, Krok réalise le portrait de joueurs, plus tard d’acteurs de la scène League of Legends.

À la saison 3, j’ai fait des changements dans les visuels, je renouvelle les thématiques, je cherche à donner une structure centrale pour développer un attrait particulier dans chaque épisode. Je suis assez content du résultat, mais je suis épuisé. Déjà au niveau des ressources, il s’agit de renouveler les invités et je cherche toujours des gens qui ont déjà un peu accompli pour que l’on prenne du recul sur leur parcours. 

Quand tu termines la saison 3, tu envisages qu’il s’agit de la dernière ? 

J’avais eu l’occasion de beaucoup plus découvrir le live et d’en faire une nouvelle priorité. Je me dit que les gens veulent du direct, de la rencontre et de l’instantané. Je mets totalement de côté l’idée de faire un podcast durant toute l’année 2021, car je pense avoir fait le tour de la question. 

Je vois que cela décolle un peu, mais c’est assez disparate selon les épisodes. Le public est présent avant tout pour la personne que j’interview, plutôt que pour le travail que je produis, ce qui est normal. Néanmoins, après 30 épisodes mon projet n’était pas d’aller chercher les personnalités qui ont déjà donné leurs approches du sujet chez d’autres créateurs. 

C’était l’occasion de réfléchir à tout ce qui avait été fait. Encore aujourd’hui, on me parle de Push to Talk, j’ai été identifié au sein de la scène française comme un créateur de contenu grâce à l’émission.

Parlons du financement de tes émissions. J’imagine que la plupart d’entre elles ont un coût très faible comme le Café Krok, tu envisages d’investir plus dans tes émissions ? 

J’ai très vite compris qu’il était illusoire d’espérer récupérer de l’argent sans en investir auparavant. J’ai envie d’explorer la création de tous les angles et rapidement, j’ai décidé de dépenser un peu, ne serait-ce que pour l’aspect visuel, de sorte à ce que la crédibilité que j’apporte à mes invités ne soit pas dévalorisée par un manque d’investissement. 

C’est ma première décision avec Push to Talk, on discute avec Mathieu de la direction artistique, on échange sur cet univers néon. C’est un investissement dont je ne connais pas la rentabilité, mais ce qui a été investi à des retombées sur ma légitimité et sur le développement de nouveaux projets qui ne sont pas directement quantifiables. 

«Je trouve ça trop dommage de laisser le public écouter passivement pendant que l’on parle. Ce n’est pas ça un média et du journalisme aujourd’hui.»

Aujourd’hui, je dépense encore pas mal pour actualiser mes visuels, pour réfléchir à de nouveaux contenus, pour prendre du temps afin de développer l’image de la marque Krok, que ce soit dans la communication, des shootings photos. Ça coûte un peu, mais cela m’amène à faire des projets que je n’aurais jamais réalisés comme la Division 2 ou avec OTP. 

Dans cette question du financement, il y a une part d’investissement dans l’humain, tu t’entoures de personnes comme Duke pour consolider tes projets ? 

Dans Radio LFL, je n’avais pas la possibilité de voir l’intégralité des matchs dans les temps. Depuis janvier, je travaille avec quelqu’un qui prend des notes durant les matchs, qui met en lumière les principales actions à voir avant l’émission. C’est aussi une aide sur le choix des thèmes à mettre en avant pour l’hebdomadaire.

Quelle serait ton émission idéale, si tu pouvais t’affranchir des limites techniques et financières ? 

Il y a deux formats que j’aimerais développer. Radio LFL est une itération de cette idée, un After Foot sur League of Legends. Entendre des voix que l’on aime, que l’on critique ou que l’on déteste, et qui nous parlent des matchs, de la façon dont ils les perçoivent. 

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Comme le fait Gilbert Brisbois, j’aimerais donner la voix et la main à ceux qui veulent en parler : le supporter, le sportif, le chroniqueur ou le détracteur d’une équipe. Je pense que l’on peut réitérer ce format sur l’esport et je pense qu’on le réussit déjà avec Duke. 

Un autre format de divertissement, plus documenté, une sorte de Rendez-vous en terre inconnue. Allez voir l’esport directement là où il se façonne. Dans des équipes, chez des fans, pourquoi pas à l’autre bout du monde. L’esport est un phénomène qui a un engouement aux quatre coins du monde qui est parfois différent. Aller voir le vécu au Japon, au Brésil ou pourquoi pas en Espagne. Qu’est-ce que c’est de vivre la Nordic League dans la peau d’un fan ? Aller rencontrer des passionnés, c’est ça l’essence de ce que j’aime faire. C’est ce qu’on fait en ce moment sur Twitch avec des passionnés sur le chat. 

Tu es inspiré dans l’appréhension du contenu et sa production, tu as des modèles ?

Je pense au podcast de Tony Parker, la Génération Do it Yourself de Mat. J’écoute beaucoup de contenu France Inter, ce qui me donne cette idée radio. L’ After bien évidemment, l’équipe du soir, Trashtalk, tout ça, c’est des inspirations pour essayer d’utiliser ce qui fait leur force sur d’autres thématiques, car je pense qu’il y a plein de passerelles à faire. 

Des formats qui ont progressivement pris sens sur ta chaîne Twitch. Ce matin, tu me reçois durant un Café Krok, un rendez-vous matinal détendu. Tu as réfléchi au format où il s’agit d’un moment d’expression libre avec le public ?

Le meilleur moment de la journée pour moi, c’est le matin. Commencer un stream entouré de gens qui sont dans la même dynamique, pouvoir parler et partager notre expérience de fans, ça m’attire. Ça dépasse l’esport, ce matin, on parlait de jardinage ou de la production, je ne suis jamais lassé des discussions. On est déjà à 3 heures de live et j’adore vraiment ce genre de moments. 

Ultra Late Game

Ultra Late Game porte une grand part de l’ambition de Krok, une émission qui fait le tour de la scène avec des invités notable du secteur.

Je pense que c’est aussi ce vers quoi Twitch tend. Il y a plus d’intérêt à échanger avec quelqu’un face caméra plutôt que d’attendre qu’il soit mort dans son jeu pour lui poser une question. Aujourd’hui, tu peux jouer sur Twitch pour partager ta passion, mais c’est aussi possible de le faire en discutant, dans des formats longs inexistants sur d’autres réseaux. 

Une émission qui est née sur Twitch, c’est Ultra Late Game, comment est-ce que tu la définis ? 

Ultra Late Game était le condensé de tout ce que j’aimais faire en live. C’était d’abord une à deux heures de discussion suivie d’une interview et d’une discussion avec le public. Les laissés-pour-compte de Twitch, ce sont les spectateurs. Dans beaucoup d’émissions, ils ne peuvent que discuter dans le chat, mettre des emotes ou voter sur une action durant l’émission. J’ai toujours aimé avoir une heure pour discuter et échanger avec moi, c’est un format que j’ai décidé de garder dans Radio LFL / LEC. 

Ça existe à la Radio et cela peut se transposer sur Twitch. Je trouve ça trop dommage de laisser le public écouter passivement pendant que l’on parle. Ce n’est pas ça un média et du journalisme aujourd’hui. 

Pour faire une interview, tu as deux options sur Twitch. Tu développes ton questionnaire et tu gardes ton fil conducteur ou comme le fait Samuel Étienne, tu peux prendre dans le public des questions « sans filtre », bien que conditionnées par la sélection. 

Moi, j’aime bien l’idée, mais je trouve que c’est une forme de populisme avec des questions que tu n’aimes pas trop. Sur Radio LFL, on prend des questions qui sont en rapport avec le thème et dont on pense qu’elles peuvent apporter à l’histoire. Elles apportent de la valeur ajoutée plutôt que de prétendre mettre en face-à-face l’invité et le public. 

C’est une promesse qui est risquée, car elle ne garantit pas la qualité des questions, mais qui demande de tricher sur le format. Certes, Samuel Étienne prend des questions, mais c’est un tremplin pour poser ses propres interrogations auxquelles il veut des réponses. 

Ce que j’ai appris ces dernières années durant mes émissions, c’est d’apprendre à suivre le rythme et d’avoir une préparation plus rapide et efficace. Quand j’ai commencé Push to Talk, j’avais énormément de fiches et je ne suivais pas forcément le rythme naturel de l’échange. Je voulais passer par des étapes très précises et j’ai appris avec les lives à ne pas forcément respecter l’ordre établi. Je me stresse moins et j’y vais avec plus de feeling, car j’ai confiance dans le fait que cela va bien se passer. 

Ton dernier contenu en date, Radio LFL, développé en tandem avec Duke. Vous recevez des invités, vous faites toujours de l’analyse, de l’échange sur la scène League of Legends, qu’est-ce qui démarque l’émission des autres ? 

On s’approche un peu plus du format des Afters Foot que j’évoquais précédemment. On a quelqu’un qui a une voix forte avec des convictions, celle de Duke, ancien coach avec une réflexion propre. Il aime débattre dans sa vie privée et l’avoir en débat dans le milieu professionnel, c’est stimulant. Au détour d’un restaurant, on a mis en place le projet. Il n’avait pas d’équipe intéressante à rejoindre comme coach et il voulait se développer avec le streaming. Faire une émission partagée plutôt que deux émissions en solo était une bonne occasion de se rassembler. 

«Tant que tu n’as pas créé assez de contenu, tu ne peux pas trouver de partenaire et sans partenaire, tu ne peux pas créer le contenu espéré.»

Il y avait pleins d’embûches, sur le créneau, le format, les invités, mais aujourd’hui, on a déjà plus d’une vingtaine d’émissions et on tient la route. Je crois que c’est une réussite pour une émission qui s’est imposée comme un format complémentaire autour de la LFL et du LEC en très peu de temps. 

Avoir des invités en plateau, c’est de l’organisation, vous arrivez à avoir de la visibilité sur vos futurs intervenants ? 

Pas toujours et je n’ai actuellement pas encore mon invité pour la prochaine émission. La réalité tombe sous le sens, il arrive parfois que les invités se succèdent et c’est assez facile, d’autres fois où c’est plus dur, il y a des trous, de nouvelles organisations. 

Plus la saison avance, plus c’est difficile. On a déjà entendu un certain nombre de personnes et d’une semaine à l’autre on ne veut pas retrouver les mêmes. Il y a de moins en moins de joueurs actifs au fil de la saison et on cherche toujours à ce qu’ils aient une valeur ajoutée à apporter. 

On essaye toujours d’aller chercher la personne qui nous semble la plus adaptée pour répondre à la question. Demain, on parle des EUM, le top serait d’avoir un joueur de Vitality ou Karmine Corp, mais ils travaillent tous dur pour pouvoir faire le main stage. On va peut-être plutôt recevoir quelqu’un qui a observé attentivement cette thématique et qui pourrait nous éclairer sur des choses qui nous échappent. 

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D’un côté ce brouillard et en même temps, tu as sûrement déjà des idées sur le développement de l’émission la saison prochaine ? 

C’est pour ça que je suis accompagné aujourd’hui. On fait en sorte avec Pierre de connaître nos priorités et de s’orienter pour que tout se fasse. Il faut une bonne logistique et pas mal de passion, et cet aspect pratique ne vient pas tout seul, je pense que c’est important d’être bien entouré. 

Sans oublier que cette activité de création de contenu, elle rejoint ton activité principale. 

On a eu de la chance de pouvoir sponsoriser cette saison de Radio LFL/LEC. On ne perd pas au change, mais la réalité, c’est que pour des émissions comme Café Krok, je dépends des abonnements du public pour pouvoir réitérer ces émissions et renouveler la charte graphique. 

Une partie est issue de l’investissement personnel, l’autre de partenaires qui acceptent d’investir. Tant que tu n’as pas créé assez de contenu, tu ne peux pas trouver de partenaire et sans partenaire, tu ne peux pas créer le contenu espéré. Pour moi, avec de l’argent et surtout beaucoup de temps, il faut créer son propre contenu pour pouvoir développer des partenariats. Je pensais l’inverse et depuis que j’ai changé d’approche, tout va mieux. 

Une émission doit être adaptable à toutes les plateformes, pourtant avec Push to Talk, tu faisais le choix du podcast. Aujourd’hui, avec Radio LoL, on est sur du live, de l’audiovisuel, malgré un nom qui laisse à penser le contraire.

Je pense que tout est une histoire de condensé, d’un soupçon de stratégie et de connaissance du secteur. Aujourd’hui, Twitch est la meilleure plateforme pour parler aux esportifs et aux fans. De l’autre côté, on a Youtube, la meilleure plateforme de VOD pour stocker les contenus qui sont faits sur Twitch.

S’ajoute à cela la mise à disposition de tous ces contenus au format podcast. J’y tiens beaucoup, car je suis moi-même consommateur du format. On retrouve ce côté radio et podcastable, mais la plateforme reine pour trouver les fans, c’est Twitch.

Radio LoL Duke Tweeks Krok

Radio LOL emprunte les codes du podcast sportif et les applique à Twitch avec un duo, Duke et Krok ainsi qu’un nouvel invité chaque semaine.

C’est aussi l’endroit où l’on retrouve la meilleure rémunération. Une personne qui donne 4 €, c’est directement 2 € de revenu, face aux 18 000 pubs sur Youtube pour le même résultat. Je préfère réaliser un contenu de niche pour une niche, qui me le rend bien avec son abonnement, plutôt que de le faire pour une masse insatisfaite. 

Lorsque tu développes le contenu de ton émission, est-ce que tu prends en compte les particularités de chacune de ces plateformes ? 

Je réfléchis beaucoup à travers Twitch, car je trouve que c’est là où il y a le plus de valeur ajoutée. C’est aussi là que les fans sont le plus récompensés. Je veux faire en sorte que ce contenu soit disponible sur les différentes plateformes avec leurs codes. Demain, si l’on se dirige vers Tik Tok, une partie du contenu produit dans Radio LFL, Ultra Late Game ou Push to Talk peut être réutilisé avec les codes du réseau. 

La meilleure mécanique, c’est de pouvoir faire du contenu sur Twitch, l’uploader sur Youtube puis le découper pour les réseaux Instagram, Twitter ou Tik Tok. C’est abreuver l’intégralité de tes réseaux avec un seul super contenu. 

Cependant, il existe la barrière de l’image qui sépare les VOD du podcast et dans ton contenu, on peut perdre des éléments en supprimant l’image. 

J’ai la sensation que la nouvelle génération attend d’avoir une image en plus de son audio. Je pense que la plupart des personnes qui nous écoutent ne suivent pas l’intégralité des images du stream, qu’elles écoutent et suivent le contenu en ayant une autre activité en simultané. 

Le live, c’est un des meilleurs compromis, une forme d’instantanéité, de communion avec le reste de l’audience, et en même temps le risque du direct, de ne pas pouvoir recouper comme dans un podcast. Le son est primordial dans le métier de streamer, mais l’image apporte ce supplément d’âme.   

En regardant tous les projets que tu as menés, est-ce que certains pourraient revenir au goût du jour ? 

J’aimerais pouvoir développer le contenu en plateau, avoir plus d’expériences uniques. J’aimerais avoir plus de saisonnalité dans les contenus, un début, un milieu, une fin bien identifiée. Quelque chose qui soit bien réfléchi et qui tombe au bon moment pour l’audience. Ce sont sûrement les trois axes sur lesquels je vais itérer dans les prochains mois. 

Tu peux nous en dire un peu plus sur la suite des événements ? 

Radio LFL se transforme progressivement pour devenir Radio EUM avec quelques surprises. Il n’y a pas d’énormes transformations, mais l’intersaison, c’est le retour de la période de mercato. Le retour de contenu comme les Mercato Show.

«Sur Twitch, on a vu beaucoup de gens se forcer à faire des choses qui leur déplaisent»

J’ai envie de m’ouvrir à de nouvelles choses. Je ne veux pas être un énième streamer multigaming, mais ma curiosité va au-delà de League of Legends. J’aimerais sortir de ma zone de confort et produire des choses autour du jardinage, de l’écologie, des thématiques qui me sont propres. 

Potentiellement que cette curiosité peut amener à de nouveaux formats à l’avenir. Un matin, le Café Krok va être un Jardin Krok. On voit ce qui se passe pendant une heure de live, les retours de la communauté et pourquoi pas une suite. Je pense que c’est comme ça qu’il faut faire, sinon la passion et l’envie peuvent être freinées par le risque d’être catalogué le monsieur écologie de Twitch.

On arrive à la fin de mon questionnaire. Krok, un mot de la fin ? 

Merci pour la possibilité d’avoir échangé sur ce sujet. C’est une réflexion du quotidien avec mon acolyte Dus, on est devenu des chercheurs de plus en plus chevronnés sur la thématique des réseaux. On apprend tous les jours comment faire ressentir des choses aux autres en partant de ce qui nous plaît. Sur Twitch, on a vu beaucoup de gens se forcer à faire des choses qui leur déplaisent, car il y a un public. Il est temps que l’on puisse faire des contenus qualitatifs qui soient reconnus par le public. 

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Vous arrivez au bout de cet article et je vous remercie pour votre lecture assidue. 

Grâce à cet échange avec Krok, il est évident à mes yeux qu’il existe plusieurs facteurs clé qui sont essentiels au développement du contenu sur la toile. 

Tout d’abord, un contenu qui a du sens à la fois pour le spectateur, mais aussi pour celui qui le produit. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous lisez aujourd’hui des articles sur la production de contenu, la question m’interroge et de plus en plus, l’envie me prend d’explorer ces formats de l’audiovisuel. 

Dans un second temps, il faut bien comprendre que produire un contenu va aller de pair avec une plateforme et son écosystème. Produire du format audio sur Twitch, pourquoi pas ; mais comment faire alors que la norme du face caméra s’est très largement imposée ?

À l’inverse, est-il possible de transposer tous les formats vidéos au podcast sans en perdre l’essence ou la plus-value ? Une interrogation essentielle pour quiconque décide de produire du contenu aujourd’hui, car pour assurer la visibilité de son travail, il doit être disponible sur un maximum de réseau qui correspond à son public, tout en ayant l’accessibilité du plus grand nombre. 

Une réflexion qui ne s’arrêtera pas à cette seule interview, nous ouvrons probablement la boîte de Pandore avec le présent papier. Rendez-vous pour la prochaine itération. 

Je remercie Krok pour cette interview et je vous invite à suivre ses réseaux sociaux ainsi que ses futurs contenus en direct de sa chaîne Twitch

 

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