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Agent de joueur esport : Sasha Brodowski nous dit tout !

Par Alexandre Hellin
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L’esport devient gigantesque. Les sommes d’argent qui y sont générées feraient pâlir d’envie Zerator du haut de son manoir. Tous les choix ont dorénavant une incidence critique sur la carrière des joueurs, que ce soit sur le plan compétitif ou la gestion de leur image.

Structuré en partie comme peut l’être le sport traditionnel, l’agent de joueur esport a naturellement trouvé sa place dans un écosystème en pleine croissance.

Mais quel est son objectif exactement ? Pourquoi est-ce un métier si mystérieux ? Vous voulez absolument tout savoir ?

Ça tombe bien car je suis parti à la rencontre de Sasha Brodowski, fondateur de Bang Bang Management, la plus grande agence de talent esport française !

N’hésitez pas à nous dire dans les commentaires si vous avez appris des choses intéressantes (il y a 2-3 surprises plutôt cools) 😉

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Pour commencer, peux-tu te présenter toi et ton rôle au sein de Bang Bang Management ? Comment tu en es venu à faire ça et quelle a été pour toi la première motivation à faire ce projet ?

Je m’appelle Sasha, j’ai maintenant 33 ans. J’ai été dans l’esport pendant 3-4 ans de 2003 à 2007. J’avais une web radio avec d’autres potes : Game Arena, qui avait pour vocation de shoutcaster des games de Counter Strike 1.6 et Warcraft. On se déplaçait pas mal à l’époque. Je me souviens des premiers ESL à Cologne notamment.

C’est à cette époque là que j’ai rencontré l’un de mes futurs associés, qui lui, éditait HLTV FR et qui permettait de spectate les games. C’était à Lille Eurolan en 2004. Du coup, j’ai un peu fait ma balade dans le milieu de l’esport qui n’avait rien à voir avec aujourd’hui bien sûr.

J’ai quitté complètement ce milieu en 2007 et cela pendant 5 ans. Une grande partie de la génération d’aujourd’hui, je ne l’ai pas croisée avant. Quand j’ai commencé à monter Bang Bang Management, je me souviens avoir des remarques du genre « on était là avant » ou « on était là avant toi ».

Ça me faisait légèrement sourire, j’étais là depuis bien avant en vérité. J’ai quitté l’esport pendant 5 ans parce que la vie t’emmène à droite à gauche, et puis, à ce moment-là, l’esport était très limité si tu avais envie d’en vivre. Soit t’allais dans la salle, soit tu te battais pour avoir un slot sur une HLTV, soit t’écoutais une game qui était shoutcastée… À l’époque, même des joueurs touchaient des t-shirts en cashprize, ce n’était pas un métier, alors qu’aujourd’hui, c’est devenu un vrai business.

Et puis en 2012, je ne sais pas pourquoi, je faisais un tournoi FIFA régulièrement avec des potes chez moi, et là, j’invite Bruce Grannec, qui à l’époque est 2x champion du monde de FIFA. Je voulais faire une blague à mes potes.

C’est comme ça que ça a commencé d’ailleurs. Je lui envoie un message et je lui dis « écoute, viens, on fait un tournoi ce soir, il y a 200€ à prendre pour le gagnant ». Il n’était pas sûr de venir mais finalement, il est venu avec son frère. Clairement, s’il n’était pas venu, on ne se parlerait probablement pas maintenant. Il n’y aurait pas eu ce qui s’est passé ensuite.

Donc, il est venu, il a mis une taule à tout le monde, et un de mes potes en rigolant nous dit « mais, c’est le champion du monde ou quoi ? »

Eh bien, il ne croyait pas si bien dire [rires].

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Bruce ‘SPANK’ Grannec, champion du monde FIFA et premier talent de Bang Bang Management.

Après, il est revenu plusieurs fois et c’est comme ça qu’on a sympathisé. Avec Bertrand Amar, que je connais depuis l’époque où j’étais animateur sur NRJ, on a compris qu’il y avait peut-être un truc à faire.

Il avait déjà monté des boites avant et il connaissait bien le gaming, et moi l’esport. Après, pourquoi le management ? Tout simplement car avant ça, j’avais monté une entreprise de gestion de DJs dont un qui est devenu très connu aujourd’hui. Ça m’a plu, c’est de l’humain, je voulais continuer là-dedans. Les DJs, y a une notion d’artistique, c’est compliqué à gérer.

Dans les joueurs pros esport, il y a aussi des artistes, mais les DJs ont une mentalité particulière, alors que l’esport c’est de la compétition. Tu es premier ou tu ne l’es pas, fin de l’histoire.

Pour moi, c’était plus simple. Tout ce passif a fait que j’ai monté Bang Bang Management au printemps 2012 et qui est donc racheté par Webedia en décembre 2016. On fait donc maintenant partie du groupe Webedia aux côtés de mes ex-associés Bertrand Amar et Raul Leibel.

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Raul Leibel, Sasha Brodowski et Bertrand Amar, fondateurs de Bang Bang Management.

Moi, je m’occupe chez Webedia de tout ce qui est esport sur les talents, la gestion des joueurs professionnels. On en a 28 sous contrats avec aussi des influenceurs liés de près ou loin à l’esport. Je vais te donner Domingo, Doigby, Kameto… Ce sont des gens qui ont transité par-là, ils sont proches de cette sphère. Tous les autres (Youtuber, etc.) sont gérés par Mixicom qui est l’entité youtubers de Webedia. Ensuite, à côté, je gère les clubs esport donc Millenium Club et le PSG Esport.

Super ! Quelle est l’importance aujourd’hui d’un Bang Bang Management, ou d’un agent esport plus simplement pour un joueur ? Comment vous l’aidez dans sa progression et les axes de supports ?

Aujourd’hui, l’esport, c’est un marché mondialisé. Même si sur certains jeux, tu as des règles d’imports (c’est le cas sur League of Legends notamment, ndlr), tu as une compétition entre joueurs qui est vraiment mondiale. C’est difficile aujourd’hui d’aller au très très haut niveau. Y’a une poignée de joueurs qui en vivent très bien et tu en as d’autres qui vivotent correctement. Quand je te dis correctement, ils vont être payés 3 ou 4000 euros par mois sur facture, donc tu enlèves les impôts tout ça… Quand tu gagnes 2000 euros par mois, si tu t’arrêtes et que tu n’as pas fait de cursus scolaire particulier en parallèle, tu vas assez rapidement bosser dans un fast-food.

C’est précaire encore finalement.

Oui, très peu de joueurs aujourd’hui en Europe gagnent plus de 10k euros par mois. Je n’ai pas le chiffre exact mais ils ne sont pas tant que ça.

On dépasse la centaine tu penses ?

Hum… Tu vois par exemple en LCS, je dirais qu’il y en a 2/5 qui doit être à 10000$ ou plus. Donc sur les 10 équipes présentes, y a 50 joueurs et parmi eux, tu dois en avoir 20.

Ça va probablement changer avec les Franchises en EU ?

Je n’ai pas les chiffres de tout le monde mais ça doit être dans ces eaux-là. Sur CS:GO, c’est un peu plus. C’est là où tu gagnes le mieux ta vie en tant que joueur pro.

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Crédits : Adela Sznajder

Nous, notre job c’est de repérer des joueurs qui sont jeunes et de les aider à grandir, professionnellement et personnellement. On a commencé avec des joueurs très connus comme Yellowstar, par exemple, mais ils avaient déjà une carrière établie. Aujourd’hui, on ne cherche plus à signer des joueurs qui sont connus. Travailler avec un champion fantastique comme Rekkless, alors lui aussi ça ne l’intéresserait peut-être pas [rires], mais ce n’est plus notre but premier.

Notre travail, c’est de scooter les joueurs de demain, de les formater professionnellement parlant. Donc on est souvent dur avec eux, c’est vrai. Mais on les aime [rires] On ne leur laisse rien passer. C’est notre travail, donc on râle, on gronde, ils sont jeunes. Ils ont 16-17-18 ans, mais on le fait toujours dans leur intérêt pour leur progression. Après, c’est une relation particulière, on n’est pas leur patron. C’est vraiment une relation de confiance. L’idée, c’est de les accompagner sur l’ensemble de leur carrière. On est aussi leur confident dans des moments où ils ne peuvent pas parler à leur équipe. Par exemple, ça peut être des problèmes avec un autre joueur de l’équipe, le coach, avec des filles aussi parfois, parce qu’ils découvrent ça à cet âge-là.

On a un rôle de grand frère et de conseiller. À la fin, c’est eux qui ont, en ultime ressort, la décision quand il s’agit d’aller dans une équipe. On leur donne juste des conseils sur ce que nous avons appris depuis 2012.

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On les accompagne au quotidien pour trouver des équipes. D’ailleurs, les équipes, on leur parle beaucoup. Notre position fait qu’on a des contacts avec toutes les équipes EU et asiatiques. Aujourd’hui, sur différents jeux, on essaie de scooter les bons profils et de les proposer aux équipes.

On fait de la rédaction de contrat, la négociation, on fait tout ce processus de recrutement. Par contre, ce qu’on ne fait plus, c’est toute la partie communication. On les aide un peu, mais on ne la fait plus comme on le faisait auparavant.

Tu peux revenir sur la relation avec un joueur comme Hans Sama (joueur Misfits League Of Legends, ndlr), pour qu’on puisse avoir une idée de comment se fait finalement la création d’un contrat et comment se passent les premières relations ? On peut prendre un autre exemple si cela est plus parlant.

Pour Steven, en fait, on en avait parlé bien avant. Je crois que c’est Domingo qui m’en avait parlé. J’avais déjà entendu son nom, mais souvent, ce sont des talents qui me parlent d’autres talents. Domingo m’a dit que c’était vraiment une brute. Ça remonte à un peu plus de 2 ans. Bora (Yellowstar, ndlr), m’a mis en contact avec lui.

Il était chez Millenium. Ça ne se passait pas bien avec l’équipe à cette époque. Il était plus ou moins en fin de contrat. C’était compliqué, et du coup je commençais à parler avec lui.

Très rapidement, ses parents ont demandé à me voir car il était mineur. On a fait un diner avec lui et ses parents donc il y a eu une grande discussion. Ensuite, on s’est occupé de le faire venir chez Misfits (Équipe League of Legends en LCS EU, ndlr). On a tout géré pour lui quand l’équipe était en Challengers series. Ça a commencé comme ça, c’est aussi bête que ça. Il y a une relation de confiance qui s’est créée.

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Hans Sama, talent Bang Bang Management et joueur Misfits. Crédits : Lol esports

Je fais pas mal de choses donc je n’ai pas le temps de m’occuper de tous les joueurs. Chez Bang Bang Management, ce sont Cyril et Nathan qui gèrent le tout. Les deux seuls joueurs dont je m’occupe encore, c’est Nisqy et Hans Sama. Déjà, parce que j’aime ça, c’est mon métier de base mais je veux garder le contact avec le terrain. Après, je peux le dire, il y a une attache avec eux, ça ne s’explique pas. Ce sont mes petits frères [rires] !

Aujourd’hui, tu as une casquette visiblement assez large au sein de Bang Bang Management, mais peux-tu nous expliquer ton quotidien en tant qu’agent esport même si c’est plus global ? C’est quoi la journée type de Sasha le matin quand il arrive et le soir quand il termine ?

Il n’y a pas vraiment de journées types parce que ça va dépendre de plein de facteurs. Chaque sujet et chaque entité a sa période creuse et sa période forte. Aujourd’hui pour moi, c’est essentiellement un job de bureau. Je voyage beaucoup moins qu’avant.

Il y a une époque, j’étais une agence de voyages à moi tout seul, clairement. Il fallait se déplacer beaucoup à l’époque ou BBM était indépendant. Il fallait suivre les joueurs, les accompagner partout où ils allaient. Aujourd’hui, on a des gens qui font ça très bien chez nous.

Quand Bruce Grannec allait faire une tournée pour Auchan à Bordeaux, j’y allais avec lui. On gérait une équipe Call Of Duty qui s’appelait Hyper Games, quand ils allaient à Los Angeles pour les championnats du monde, j’y allais aussi.

Je faisais un peu tout, aujourd’hui mon travail, c’est de faire avancer tout le monde ensemble. C’est plus un job de chef d’orchestre et de savoir où on va dans les prochaines semaines et prochains mois, et surtout comment. C’est, en tout cas, ce qu’on attend de moi dans le groupe Webedia.

Il y a beaucoup de réunions. Je n’aime pas trop ça, ça mange du temps donc j’essaie de les faire les plus courtes et efficaces possibles.

On commence assez tard chez nous, vers 09h30-10h00 au bureau. Par contre, on termine tard. Par exemple, nos Social Media Managers qui suivent nos talents, à midi, il ne se passe rien donc ils travaillent plus les soirs et WE.

Les talents se lèvent, il est 11h ou 12h. En gros, ma vie perso est organisée plus le matin parce que le soir, je sais qu’à 21h ou 23h, soit je parle aux talents, soit je regarde les matchs des joueurs et de nos équipes.

Pour moi le soir, c’est du travail, là où les gens rentrent chez eux. En général, la journée, je fais tout ce qui est réunion, travail de gros, réponse aux mails etc.

À partir de 17 ou 18h, je vais être avec les talents. Je vais parler avec eux, regarder les matchs de nos différentes équipes de Millenium, PSG ou celles des talents. Certes, en joueurs pros, je n’ai que Hans Sama et Nisqy, mais je regarde leurs matchs de LCS. Ça fait partie du truc. S’il te parle du match, faut que tu sois capable de répondre. Sinon, où est ta crédibilité ? Après, y a de la veille pour savoir ce qu’il se passe partout dans le monde.

Une partie de mon travail est de récolter et d’analyser tout ce qui se passe, par exemple, aux USA. Je n’ai pas de journée type, c’est particulier et ça ne conviendrait pas à tout le monde, surtout si dans ta vie, tu veux commencer à 09h et finir à 17h. Après, aucun problème, chacun met son curseur où il veut mais si tu veux ça, faut pas faire ce métier-là, c’est sûr.

Comment vous détectez les talents, comment se passe le processus de choix ? Il faut quoi pour que vous vous disiez, ok c’est lui ?

C’est du scooting, pour le coup. Aujourd’hui, on a deux personnes qui font ça toute la journée. Ils regardent toutes les ligues, tous les matchs, sur différents jeux etc. Ils cherchent vraiment le joueur de demain.

Après nous, on les contacte. Aujourd’hui, c’est plus simple car BBM a une très bonne image et est respecté dans le milieu. Puis on discute avec et on voit un peu où ils en sont et comment on peut les aider. Ça ne veut pas dire qu’on signe avec eux. Le processus est long, de plus en plus long d’ailleurs.

Avant les joueurs s’en foutaient un peu. Maintenant, une carrière, ils comprennent qu’ils n’en ont qu’une et qu’il y a des enjeux. Ils lisent mieux les contrats. Avant ils signaient même dans les plus grandes équipes sans lire. Et je te parle seulement d’il y a 3 ans.

Maintenant les joueurs lisent 4x le contrat. Soit c’est eux, soit c’est leurs parents. Certains prennent même des avocats ou leur agent. Donc entre le moment où on contacte le joueur et la signature, il peut se passer entre 3 et 6 mois. C’est vraiment assez long.

Plus globalement, pour une personne qui aimerait se lancer en tant qu’agent, ou potentiellement rentrer chez Bang Bang Management, quelles sont les compétences particulières à avoir ? Il faut faire quoi pour maximiser ses chances d’y arriver ?

De l’audace, voilà ce qu’il faut. Il faut être smart et avoir de l’audace.

C’est de l’humain. Certes tu peux apprendre, mais par exemple, faire des études dans le juridique ou une formation d’agent de joueurs sportif, ça ne peut être que bénéfique. C’est une certitude, en particulier le juridique.

Nous, on a un juriste aujourd’hui chez BBM qui fait que ça parce que c’est devenu très important. Il ne faut pas se planter. Tu te plantes une fois, c’est fini. Les joueurs parlent entre eux et ça serait quasiment terminé pour nous.

J’ai eu la chance quand j’ai commencé qu’il n’y avait pas encore cet aspect aussi prononcé. Je ne faisais pas n’importe quoi, mais j’ai relu les premiers trucs, et ce n’était pas optimisé comme aujourd’hui, soyons franc. C’était le début du truc aussi. Il y a 5 ans de ça, voilà quoi…

On était même les premiers à faire des contrats donc on a un peu défriché le terrain en France. Après, il faut être capable de convaincre les gens. Il faut saisir sa chance. Les joueurs aujourd’hui, ils sont de plus en plus entourés, ce qui était moins le cas avant.

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C’est devenu un peu comme les joueurs de foot donc faut être là au bon endroit au bon moment et savoir saisir sa chance.

Donc pour faire ce métier, il faut du bagout, faut aimer parler et être avenant. Mais, il faut être droit. C’est un métier où tu ne peux pas réussir si tu brises une relation de confiance. Tout se sait. Tout finit par arriver aux oreilles des uns et des autres.

Existe-il aujourd’hui une différence entre la gestion de talents entertainer comme Domingo et un joueur comme Hans Sama ou Nisqy ?

Complètement, je vais aller encore plus loin. Les influenceurs, ils font de l’artistique.

Regarde, tu peux aimer ou ne pas aimer Faker, mais c’est le meilleur joueur du monde, fin de l’histoire. Après, on peut disserter dessus mais voilà [rires].

Par contre, tu peux ne pas aimer Domingo, Kameto ou Bruce, mais tu ne sais pas pourquoi. Le cœur a ses raisons et tu connais la suite. Donc c’est de l’artistique. Eux même ont une ligne éditoriale et artistique et donc, ce sont des artistes, avec tout ce que ça engendre en termes de questionnement : « est-ce que ce que je fais, c’est bien ? Est-ce que ça va plaire aux gens ? Etc.

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Domingo, figure emblématique de l’entertainment gaming, talent chez Bang Bang Management.

L’accompagnement n’est pas du tout le même que pour un joueur pro. Lui, sa question, c’est de savoir s’il est le meilleur. Là, tu as des compétitions pour savoir si c’est le cas. Pour les streamers, y’a l’audience mais ça ne tient pas qu’à ça. Pourquoi certains arrivent mieux que d’autres ? Parfois, le contenu n’est pas toujours au niveau d’autres gars qui performent moins bien…

Dans notre accompagnement, il y a cette part de subjectif qu’on doit prendre compte, plus qu’avec les joueurs pros et évidemment, tout l’artistique c’est vraiment une question d’égo, enfin pas dans le sens ils ont le boulard, mais… C’est comme-ci d’un côté, on allait gérer M Pokora, et de l’autre David Beckham. C’est deux métiers différents, car un joueur pro, il y a des contrats marketing, mais beaucoup moins que les influenceurs. Pour ces derniers, on va gérer des OP, alors qu’on en fait peu avec les joueurs pros. Ce n’est pas la même chose du tout. Un joueur pro, ça va se jouer sur la valorisation de son contrat, alors qu’un influenceur, ça va être ses KPI donc son audience en gros.

Vous avez une notion de résultat dans les contrats ? Que ça soit pour les joueurs pros avec ses résultats ou un influenceur sur son audience.

Alors non, il n’y a pas ça dans les contrats, encore une fois, on n’est pas dépendant d’un influenceur en particulier. On n’est pas son patron. Notre job, c’est de faire l’intermédiaire avec les marques et de prendre une commission sur ce qu’on génère. On n’a jamais touché 1€ sur les revenus Twitch d’un streameur.

Donc s’il n’a pas envie de streamer pendant 1 an, il ne le fait pas. C’est plus pour lui. Moi, ça ne change pas ma vie. Il n’y a pas d’obligations particulières sur le papier. Après, il y a l’affect que j’ai avec eux. Ça m’est déjà arrivé et tout récemment d’ailleurs ! J’ai râlé parce que c’est aussi mon droit et mon devoir. Un de mes talents se laissait couler alors que le plus dur est passé. Ce n’est jamais acquis. Ils en sont quasiment tous conscient à différents degrés. Ça peut s’arrêter demain un influenceur juste parce qu’il peut être passé de mode. Mais après, ils ne nous doivent rien au final et nous non plus. Si demain, il ne fait plus d’audience, on ne le vend plus quoi. C’est le but du jeu.

Superbe transition pour évoquer vos rapports avec les marques. Comment ça se passe finalement ?

La réponse va être assez courte et efficace. On propose des choses, on a des idées et on les pousse aux marques auxquelles ça pourrait coller et vice versa. Certaines marques ont des besoins et sont en contact avec Webedia car évidemment euh…

Tout le monde est en contact avec Webedia.

Oui voilà, évidemment, disons clairement les choses. Ils nous sollicitent et après c’est comme tout, on a des appels d’offres, on a des concurrents. Parfois on ne gagne pas. Je lis des choses assez folkloriques sur le groupe Webedia, donc euh…

On ne gagne pas tout. On est proactif et on essaie de gagner quand il y a des appels d’offres. De faire en sorte que ça soit nous et parfois, on a aussi de bonnes idées. Certaines passent et d’autres pas. On n’attend pas que ça se passe et ça correspond bien à ma mentalité, je n’aime pas attendre que ça se passe.

Vous envoyez un dossier à une marque choisie lorsque vous avez une idée d’événement ?

Ça va dépendre de la philosophie de la marque. On a des commerciaux chez Webedia qui le font très bien. Je ne veux pas trop parler à leur place mais c’est en fonction du talent, de ce qui colle avec la marque etc.

On fait vraiment un travail très ciblé. C’est beaucoup d’années d’expérience chez les uns et les autres. Malgré ce que je peux lire, il y a des personnes très compétentes chez Webedia, qui au quotidien, se la donnent vraiment, qui aiment leur métier et qui se donnent à fond pour faire des trucs cools. C’est le but, ça a toujours été mon leitmotiv. Il faut que je kiff ce que je fais, sinon j’arrête. Peu importe, c’est ma philosophie depuis que j’ai 20 ans.

Je suis parti d’NRJ, j’ai démissionné et je crois être le seul animateur à l’avoir fait. Je l’ai fait le jour de mes 25 ans. J’en avais marre et quand c’est le cas, je ne reste pas. Je retrouve ça ici. Je ne vois personne arriver à Webedia en trainant les pieds. Il y a une énergie pour faire avancer les choses donc c’est plutôt cool. Chacun est assez libre donc on peut tous apporter notre pierre à l’édifice quand on a une bonne idée.

Demain, j’ai un mec à la production qui a une idée pour une OP, il peut la proposer. On ne va pas lui dire « mec, ce n’est pas ton job, monte tes caméras. ». Ça fonctionne comme ça dans énormément de boites, mais pas ici. C’est une ruche, un melting pot d’idées et on essaie d’en tirer le meilleur.

Tu évoquais Hans Sama et le fait que tu étais en contact avec Misfits pour l’intégrer dedans. Finalement, comment vous définissez que cette équipe, c’était la bonne, c’est là que mon joueur va aller. C’est l’équipe qui va proposer le meilleur contrat ou là où y a le plus d’affinités ?

Ça ne marche pas comme ça, malheureusement. Je ne peux pas te donner d’exemple. Enfin si ! Cet hiver, un truc m’est resté au travers de la gorge. Disons qu’on n’est pas passé loin d’avoir un joueur belge célèbre au côté d’un joueur français célèbre. Ça ne s’est pas fait et j’ai mis un peu de temps à le digérer. Ce n’était pas le moment, pour plein de choses.

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Nisqy, joueur chez Splyce, aurait pu jouer aux côtés d’Hans Sama chez Misfits. Crédits : Lol esports

On dissocie l’affectif de leur intérêt en fait. Si ça passe par aller dans une équipe où tu vas moins gagner ou une équipe moins en vue mais que c’est là où tu vas pouvoir progresser plus, bah go !

Misfits, c’était assez simple. Il voulait déjà Steven. Il y a eu un nouveau propriétaire pour le club à ce moment-là et en gros, il a dit soit y a Steven, soit je ne viens pas. Je te schématise mais dans l’idée, c’était ça.

Mais je le comprends ! Je suis un véritable fan d’Hans Sama ! Pour moi, il fait partie des 5 meilleurs joueurs du monde tous postes confondus. J’en fais peut être un peu beaucoup [rires].

Écoute, on rentre dans le truc typique où je suis du même avis que toi, vraiment. Mais c’est ce que j’ai déjà dit à Steven, nous notre avis, à la fin, ce n’est pas ce qu’on retiendra. On retiendra le nombre de titres qu’il a gagné. Un Domingo, on peut se dire la même chose mais y a aucun moyen de le prouver. Hans Sama, lui, c’est les titres.

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Webedia en 2017 a acquis une agence américaine qui s’appelle BlackDot qui gère des talents et tout à l’heure tu disais que c’était un marché mondialisé. J’aimerais savoir, vous êtes dans le même groupe mais dans deux continents différents, êtes-vous en relation ? Et si oui, comment fonctionne-t-elle ?

Pour le moment non, parce que c’est surtout des influenceurs et non des joueurs pros. Il n’y a pas trop de synergies. Après Webedia est très présent dans de nombreux pays. Les USA ça commence mais le Brésil, on y est un peu plus par exemple.

Là, notre objectif cette année, c’est d’essayer de voir comment on peut tous mieux travailler ensemble. Mais BlackDot, c’est un cas à part. C’est comme Mixicom chez nous pour les Youtubers. Il n’y a pas beaucoup de liens pour le moment mais le but c’est de voir comment on peut travailler ensemble. On a pas mal d’idées donc on va faire avancer tout ça quoi.

Effectivement, cette question se rapportait aux influenceurs YouTube que vous pouvez gérer comme par exemple un Domingo ou un Doigby qui se séparent un peu de Twitch pour avoir une aura un peu plus globale.

Pour les influenceurs, on va faire de plus en plus de choses entre Bang Bang Management et Mixicom par exemple, parce que l’esport devient mainstream, que ça plaise ou pas. C’est ce qu’on appelle chez nous de l’esportainment.

Le cas du Barriere Show avec Gotaga en est un bon exemple. On tend de plus en plus vers là. Et évidemment, Mixicom, ce sont les leaders du marché en France. Il y a plein de choses à imaginer en termes d’esportainment pour démocratiser l’esport au cours de ces prochains mois.

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Gotaga Show Barrière. Crédits : Cloumzy

Encore une superbe transition ! Finalement, comment tu vois le futur d’agent esport mais plus globalement de la gestion des talents que ça soit des joueurs professionnels ou des influenceurs gaming au niveau des contrats et du support que vous leur apportez ? Quand on pense aux agents dans le football, les gens se mettent à rêver, tu vois de l’argent, des gros contrats mais pas forcément tout le travail qu’il y a derrière. De plus, tu parles d’esportainment, est-ce qu’on s’y dirige vraiment pour toi ?

Dans 5 ou 10 ans, c’est compliqué à dire. Sur les joueurs pros, je dirais qu’on est à 20% de ce qu’on sera dans 5 ou 10 ans, parce qu’il y a plein de joueurs qui n’ont pas d’agent et les contrats c’est encore… même les équipes c’est encore un vaste chantier pour un grand nombre d’entres-elles.

Ah ouais ?

Oui, tu vois passer des trucs…

Je sens que tu veux me dire quelque chose.

Je ne peux pas mais c’est incroyable… Allez si, je peux te donner un exemple !

On a voulu envoyer un joueur dans une équipe en Turquie, sur la scène pro LOL. En gros, l’équipe disait, « je vais payer 60% de son salaire en contrat et le reste je lui file en cash et il le passe à l’aéroport sous la ceinture. »

Étonnant d’ailleurs, je pensais que tu allais parler d’une ligue espagnole ou un jeu mineur.

Je pourrais t’en donner des exemples comme ça. On voit des trucs complètement incroyables. Tous les jours je me dis « bon, je vais être blasé, on va cesser de me surprendre », mais non, il y a toujours plus d’imagination dans le n’importe quoi.

Il y a encore beaucoup de travail pour professionnaliser tout ça. On est dans les balbutiements du truc. Aujourd’hui y a vraiment très peu de joueurs pros dans tous les aspects. En France, il y a 5 joueurs pros qui gèrent tous les aspects du métier je dirais. Je ne parle pas d’avoir juste le taf et le label joueur pro.

Les influenceurs par exemple, c’est des mecs qui savent très bien où ils vont. Ils ont une très forte notion de leur communauté et du business associé. Ils savent qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi avec n’importe quelle marque peu importe le prix.

Tu prends les 10 plus gros influenceurs français, ils ne sont pas là par hasard. Ce sont des entrepreneurs avec tout ce que ça implique. Il y a 10 ans, ça n’existait pas forcément et ce n’était pas pareil. Depuis 2-3 ans, on sent qu’ils deviennent vraiment pro.

Ouais, ils savent ce qu’ils doivent faire, tout est calculé.

Oui ça se sent.

Et puis ce sont des bosseurs, tu n’arrives pas à ce niveau-là en te la coulant douce. Pour eux, on a beaucoup moins de travail. Les montants risquent de monter en plus. Twitch passe un palier notamment grâce à Fortnite qui a ouvert l’audience et ça profite à tout le monde. Tous les streamers sont en hausses, donc après une stagnation d’un an, c’est bien.

Est-ce que tu as un dernier mot pour ceux qui veulent se lancer en tant qu’agent esport ou qui rêvent d’en faire leur métier mais aussi aux lecteurs qui vont découvrir l’interview ?

Il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus, que ça soit joueur ou encadrement. Ça reste assez minime. Aujourd’hui, y’a assez peu de monde qui vit de l’esport. Il ne faut pas lâcher et saisir sa chance. Chez moi, je vais te donner un exemple. J’ai eu plusieurs fois des gens qui sont venus bosser, soit en stage soit en CDD et qui ont lâché dans leurs têtes, ils se sont dit « ça y est j’y suis, c’est bon ». C’est un milieu tellement difficile en termes d’accès comparé à la restauration par exemple. Une bonne partie de ma famille est là-dedans et je n’aurais jamais pu y travailler car c’est très difficile. Mais demain, tu peux rebondir en restauration, à Paris il y en a 5000. Dans l’esport, en France, ça ne marche pas comme ça. Aujourd’hui tu as Webedia, Vitality, LDLC, GO, O’Gaming, Solary euh…

Gentside ?

Oui mais je ne les mets pas encore. Ce n’est pas qu’ils sont trop petits, mais ils ont encore besoin de grandir un peu. Même si leurs résultats sont bluffants, vraiment bluffants. D’ailleurs, ils peuvent être contents. Je suis impressionné.

T’as vraiment ces entités-là qui existent. Si on vous donne une chance dans l’une de ces boites, ne comptez pas vos heures, donnez-vous, et ça c’est super important. Il y a très peu d’opportunités, donc si vous avez un pied dans le bateau, vous avez fait le plus dur, mais devenez l’une des hélices du bateau.

Je le redis mais, je pense que ça manque de cadrage dans l’esport en général. Même nous, on apprend tous les jours. Il y a encore pas mal de travail à faire de partout. Tu as un avantage compétitif si tu viens du monde juridique aujourd’hui pour l’esport et en tant qu’agent, car les sommes deviennent vraiment très importantes donc évidemment, tu cadres tout ça. Un background de juriste est un vrai + pour l’esport en France. Évidemment, si tu veux être social media manager, ça n’aide pas, mais pour tous les métiers autour, c’est une vraie corde en plus.

On est dans un métier tellement jeune, si tu veux entreprendre de toute façon, tu entreprends, ça s’apprend pas, tu as l’âme ou pas.

Les gens s’imaginent beaucoup la belle vie d’un entrepreneur que l’on met en avant avec l’argent et tout ça, mais en fait non…

Ouais, c’est difficile, mais passionnant. Je me flageolais à moitié quand j’ai créé BBM. Je me demandais pourquoi je faisais ça, mais le résultat est là.

Après les écoles, si tu veux faire droit, fais une école de droit, si tu veux être agent, deviens agent sportif, ça sera un plus. Et si tu veux devenir joueur professionnel, ça sert moins car soit t’as un don, et ça ne s’apprend pas, soit tu n’as pas de don et malheureusement tu fais autre chose. Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec les écoles esport que je vois passer. Et d’ailleurs, on m’a sollicité pour donner des cours, j’ai jamais donné suite…

Si un jour, je vois un vrai cursus universitaire, alors ce sera probablement différent. Mais pour le moment, je ne suis pas convaincu par ce que je vois passer. Mais seul le temps dira si toutes ces nouvelles écoles ont une vraie utilité ou pas. J’attends d’être convaincu.

Merci à toi pour l’interview Sasha !

Interview terminée ! J’espère que vous en savez maintenant plus sur le métier d’agent de joueur esport ! N’hésitez pas à venir parler avec moi dans les commentaires pour me donner vos retours ! 😉

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2 Commentaires

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