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Retour avec Wadid sur les Worlds : « Je veux représenter l’Europe ! »

Par Dimitry Bigot
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Les Worlds sont la grande messe de l’esport sur League of Legends. C’est dans cette compétition que des légendes naissent et d’autres s’éteignent. Mais par-delà la victoire finale, des histoires personnelles tout aussi émouvantes se créent aussi. C’est le cas de Wadid, le support des G2 Esports lors de cette compétition. Je suis alors allé à sa rencontre pour en savoir plus sur son ressenti, quels sentiments il a éprouvé à jouer non seulement en Corée mais en plus dans la ville qui l’a vu grandir. Nous sommes également revenu sur le parcours des G2 qui fut magnifique et bien au-delà des espérances que nous avions, nous, supporters, avant le début de la compétition.

Le pari de Roccat avec Wadid

L’histoire de Wadid commence en Corée et plus précisément en Challenger Korea, la deuxième division de la LCK. Wadid y est recruté par l’équipe Rising Star Gaming en mai 2016 en vue du Summer Split. Cette saison sera moyenne pour l’équipe qui finira à la cinquième position à l’issue de la saison régulière. Lors des play-off, ils remporteront leur quart de finale mais chuteront par deux fois en demi-finale et en match pour la troisième place contre SBENU et Ever8 Winners. Si ce résultat n’est pas catastrophique, rien ne laissait spécialement présager une arrivée comme titulaire en LCS EU.

C’était sans compter sur Roccat qui avait suivi le joueur et avait trouvé son profil plus qu’intéressant. C’est ainsi qu’en janvier, Wadid rejoint officiellement l’Europe pour participer au Spring Split 2017. Je me suis alors demandé si Wadid avait pour ambition à cette époque de s’expatrier ou bien s’il a saisi la chance que Roccat lui a donné sans forcément y avoir pensé avant.

Au moment où ils m’ont contacté, je n’avais pas d’équipe. J’étais donc motivé à faire tous les tests qui s’offraient à moi. Roccat m’a donné une chance de prouver mon talent et je l’ai saisi. – Wadid

Cette première année en LCS ne fut malheureusement pas couronnée de succès pour Roccat. Dans un système de deux poules de cinq équipes, ils finiront à deux reprises en quatrième place avec un ratio victoire/défaite négatif et ne participeront donc à aucun play-off.

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Wadid et Hjarnan sous les couleurs de Roccat (Crédit: LoL esport)

Le transfert chez G2

En cette fin d’année 2017, ça bouge chez G2 Esports ! Toujours aussi dominant en Europe, la bande de Perkz peine toujours à l’international avec une nouvelle élimination en poules des Worlds. En quelques semaines, l’équipe va perdre son coach et tous ses joueurs mis à part Perkz. Comme Fnatic en 2015, il va donc falloir que le champion incontesté de l’Europe reconstruise un roster en partant quasiment de zéro. Le choix va alors être fait de piocher chez Roccat pour trouver un coach en la personne de GrabbZ mais aussi, et c’est sûrement le point le plus surprenant, une botlane avec Wadid et Hjarnan.

On le sait, en botlane, la synergie et les habitudes entre les deux joueurs sont quelque chose d’extrêmement important si l’on veut de la réussite. Néanmoins, vu de l’extérieur, on a l’impression que ce duo a quelque chose de plus qu’une simple synergie. J’ai donc souhaité en savoir un peu plus.

Rester avec Hjarnan après Roccat était le meilleur choix possible selon moi. Je venais à peine de sortir de mon année de rookie et lui était déjà un joueur très expérimenté qui avait encore beaucoup à m’apprendre. Puis tu sais, pour moi on est un peu comme des frères – Wadid

Preuve s’il en faut de la relation qui unit les deux joueurs, lors de son récent transfert chez Rogue, Wadid est revenu une nouvelle fois sur la relation qui unit ces deux joueurs.

Je ne pourrais plus jouer avec Hjarnan ce qui est extrêmement triste et dur pour moi. Nous avons étudié toutes les options et je ne pensais pas que nous nous séparerions comme ça mais parfois c’est nécessaire. Merci énormément Hjarnan, tu as fait de moi qui je suis. Je me rappellerais toujours le temps qu’on a passé en temps que botlane mais aussi en temps que famille. – Wadid

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Wadid sous les couleurs de G2 (Crédit: LoL esport)

Une année en dents de scie pour Wadid et son équipe

Alors que leur roster semblait moins fort que le précédent sur le papier, G2 Esports va réussir à accrocher la deuxième place en saison régulière lors du Spring Split 2018. Ils se qualifieront par la suite pour la finale dont tout le monde rêvait, G2 esport contre Fnatic. Malheureusement pour Wadid et ses équipiers, Fnatic s’imposera trois à zéro et mettra fin au règne de G2.

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Le Summer Split sera un peu plus délicat, l’équipe terminant à la quatrième place du classement général. Pire encore, ils se feront sortir dès les quarts de finale par Misfits sur un score de 3/0. Avec cette performance, il faudra à coup sûr passer par le tournoi de qualification pour espérer voir les Worlds cette année. Ce tournoi commencera avec une victoire compliquée contre Splyce sur le score de 3/2. Une fois cette victoire acquise, G2 ont disputé la finale de ce tournoi contre la surprise de ce Summer Split, Schalke. Contre toute attente, ils finiront par l’emporter 3-1 et se qualifieront pour les Worlds. Je me suis alors demandé comment l’équipe avait fait pour se remettre de leur lourde défaite contre Misfits en si peu de temps.

Nous avons pris deux semaines de pause après le quart de finale perdu contre Misfits. On a ainsi pu s’aérer l’esprit mais aussi arriver frais pour le tournoi régional de qualification avec une seule envie, la victoire. – Wadid

Vu de l’extérieur, nous avions l’impression que G2 n’était pas dans une grande saison et au vu des précédents résultats aux Worlds, les attentes n’étaient pas forcément grandes. J’ai alors demandé à Wadid quel était l’objectif de l’équipe pour ces Worlds après ce Summer Split compliqué.

Je pense que le meilleur état d’esprit possible pour un joueur est de se dire qu’il peut tout gagner même si tout le monde dit que c’est impossible. C’est ce que j’ai fait, le reste de l’équipe aussi. – Wadid

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La déception dans la clan G2 après la défaite en quart de finale (Crédit: LoL esport)

L’honneur de jouer les Worlds à domicile

Comme vous le savez sûrement, Wadid est coréen mais saviez-vous qu’il a vécu et grandi dans la ville de Busan ? Dès lors, il est sûr que depuis l’annonce des villes hôtes de ces Worlds 2018, la phase de groupe et les quarts de finale étaient cochés en rouge sur le calendrier de Wadid. Oui mais voilà, G2 Esports se retrouve troisième seed européen et avant de pouvoir jouer à domicile, il faut passer le Play-in à Séoul. Malgré une frayeur contre Supermassive lors de la première game, G2 va plutôt bien gérer cette première partie des Worlds pour se qualifier au tournoi final. Se qualifier ainsi et pouvoir se battre aux côtés des meilleurs teams mondiales devant sa famille et ses amis n’est clairement pas anodin. J’ai alors demandé à Wadid ce qu’il avait ressenti.

C’est déjà rare pour un joueur de pouvoir participer aux Worlds. En plus de ça j’ai réussi à y participer dans ma propre ville ! En plus de ça j’ai réussi à battre la team qui était favorite de la compétition avant le coup d’envoi ! Je me suis dit « Comment cela peut-il être réel ? » J’avais l’impression de vivre dans un rêve – Wadid

Durant la phase de poules, G2 réussira, à la faveur d’un tiebreaker remporté contre Flash Wolves, à sortir de son groupe en deuxième place juste derrière Afreeca Freecs. S’ensuit alors le tirage au sort et là c’est la catastrophe. En quart de finale c’est l’ogre Royal Never Give Up emmené par un UZI, qui a en point de mire la coupe, qui se dresse face à eux.  On se dit alors que c’est sûrement la fin mais que l’équipe n’aura pas à rougir de son parcours. Mais ce qui arriva dépassa toutes nos espérances. Contre toute attente, c’est G2 qui sortira vainqueur de ce Bo après une bataille qui ira au bout des cinq games.

Quand j’ai vu Fnatic lors du tirage au sort j’ai eu un fou rire, mais à cause des règles du tirage au sort (ndlr : deux équipes d’un même groupe ne peuvent s’affronter avant la finale) nous sommes tombés contre Royal Never Give Up. À ce moment-là, je n’ai pas spécialement ressenti de pression. Au contraire, j’étais plutôt content de pouvoir tester mes limites contre l’équipe favorite de ces Worlds. Je pense que le fait de ne pas avoir de pression a été très important dans ce match. C’est ce qui nous a permis de jouer aussi bien contre RNG. – Wadid

Je suis ensuite revenu avec Wadid sur une scène de la demi-finale perdue contre Invictus Gaming. Lors de la présentation des joueurs, le support des G2 est apparu avec un drapeau coréen autour des épaules tout en étant l’un des derniers joueurs de ce pays encore en lice pour remporter le trophée. Quelle signification cela avait pour lui ?

Le drapeau c’était juste une idée comme ça. J’y ai pensé quand nous avons joué la finale du Spring Split des LCS EU et que Wunder est apparu avec son drapeau autour des épaules vu qu’il jouait dans son pays. J’étais un peu jaloux de lui je dois l’avouer, du coup je me suis dit pourquoi ne pas moi aussi le faire. – Wadid

Je me suis alors demandé si le fait d’être un des derniers représentants de son pays avait pu lui mettre une quelconque pression ou bien si au contraire cela a eu l’effet d’un coup de boost.

Je suis le type de joueur qui va juste profiter de l’ambiance du moment sur scène, la pression ne signifie plus grand-chose pour moi. – Wadid

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G2 se préparant à disputer leur demi finale contre IG (Crédit : LoL esport)

Wadid : un désir de représenter l’Europe

Au début de ces Worlds, une interview de Wadid par le stream officiel de la compétition m’a frappée. Dans celle-ci, il affirmait qu’à travers cette compétition, il espérait prouver que son choix d’aller en LCS EU était le bon. J’ai donc désiré en savoir plus sur ce lien qu’il avait avec l’Europe.

L’Europe m’a donné la chance de pouvoir jouer sur la scène professionnelle. Elle m’a choisi et j’ai grandi en temps que joueurs des LCS EU. C’est pour cette raison que je veux représenter l’Europe ! – Wadid

Ce choix a d’ailleurs été confirmé dans les derniers jours. Avec l’arrivée de Mikyx en tant que support titulaire des G2 esport, Wadid a donc dû se trouver une nouvelle maison pour la saison qui arrive. Il a alors opté une nouvelle fois pour une team européenne, Rogue. Pour cette année à venir d’ailleurs, Wadid a de grands espoirs. Lorsque nous avons évoqué les Worlds 2019 qui se tiendront en Europe, je lui ai demandé si après cette année où l’Europe a échoué si près du but, elle finirait par remporter un deuxième titre à domicile selon lui.

J’en suis convaincu. Je serais là moi aussi et je remporterais les Worlds pour l’Europe ! – Wadid

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Cette année fut riche en émotion pour Wadid. Le défaitisme aurait pu l’envahir lui et le reste de l’équipe après un Summer Split en deçà des espérances. Néanmoins, G2 a réussi à rebondir et à se qualifier pour les Worlds alors que tout le monde pensait que ce troisième seed reviendrait à Schalke. Durant ces Worlds, une fois encore l’équipe a su déjouer tous les pronostics en sortant des groupes puis en s’imposant en quart de final contre l’ogre Royal Never Give Up. Une telle performance était inattendue. Pouvoir la réaliser devant sa famille et ses amis dans la ville où il a grandi restera sûrement un, si ce n’est le plus beau souvenir de la carrière esportive de Wadid.

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Durant cette interview, j’ai (et je l’espère vous aussi) pu découvrir un homme qui aime vraiment l’Europe pour tout ce qu’elle lui a apporté. Bien qu’il soit coréen, il est fier de représenter notre région et a envie de l’emmener jusqu’au titre suprême, celui de champion du monde. J’ai aussi découvert un homme fidèle en amitié de par son duo avec Hjarnan et l’émotion suscités par le fait de devoir se séparer de lui pour la saison qui arrive. Les Worlds nous réservent de belles histoires, celle de Wadid en est définitivement une.

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